C’est un beau projet, né d’un week-end à Paris, en 2018. En participant à un concours de start-up, Charlotte Darmet a le déclic. Le thème ? Le « zéro déchet ». « il fallait faire semblant de monter son entreprise, en allant voir des investisseurs comme si l’on travaillait sur l’idée depuis six mois : on a gagné le premier prix », se souvient la cofondatrice d’Opopop. Les motivations sont là depuis bien plus longtemps pourtant. Sortie d’une école de commerce, la jeune femme s’occupe très tôt de marketing et d’emballage chez Cheerz, une start-up du secteur de la photographie. Les boîtes en carton, elle connaît : elle en achète en nombre chez Raja… « L’emballage est important, il fait partie de l’expérience utilisateur, mais il génère aussi beaucoup de déchets », constate-t-elle. La solution ? Un colis réemployable. Encore faut-il créer une entreprise… Sa rencontre avec Antonin Grêlé-Rouveyre, également issu d’une école de commerce, titulaire d’une licence en finance et codeur informatique à ses heures perdues est déterminante. D’autant plus que le jeune diplômé est épris, comme elle, d’environnement.
"Cousu à la main"
Opopop est fondé en 2020 à Saint-Sorlin-en-Bugey, dans l’Ain. L’emballage – une pochette textile imperméable – est rapidement mis au point, « cousu à la main », et des tests sont effectués dans la foulée. « On partait d’une page blanche. À part quelques concurrents à l’étranger, le marché n’existait pas. Il a fallu tout faire, qui plus est, en plein Covid », indique la dirigeante. Cette période, complexe, se révèle toutefois favorable à la start-up, car, en France, l’e-commerce bondit et le public prend conscience de l’urgence écologique. Les petites pochettes avec le « T » sont envoyées par courrier, récupérées, améliorées, tout va très vite. Elles sont aussi remarquées par La Poste qui propose son aide pour faciliter la mécanisation de l’emballage. Aujourd’hui, elles sont déclinées en quatre formats et sont également fournies sous la forme d’une enveloppe mécanisable, d’une boîte rigide ou d’une valisette. Actuellement, quelque 50 000 pochettes circulent, surtout dans l’Hexagone. L’entreprise est la prestataire d’une centaine de clients, parmi lesquels Kiabi, Celio et BWT.
97% de retours
Est-ce un emballage réemployable comme les autres ? « Nous avons toujours privilégié la simplicité, pour faciliter le geste du retour, essentiel pour notre activité. Cela implique le pliage, l’accompagnement du client, le sur-mesure », précise Charlotte Darmet. Autre particularité : la consigne. « C’est Antonin qui a codé la "tech", en très peu de temps », souligne-t-elle. Ainsi, à intervalles réguliers, des textos avisent les détenteurs qu’il faut renvoyer la pochette à Opopop. Avec un taux de retour de 97 %, les résultats sont très satisfaisants. Mais l’objectif est d’aller plus loin, d’élargir le parc. « Le principal défi pour une entreprise comme la nôtre est de pouvoir "passer à l’échelle", de manière à baisser nos coûts de collecte qui demeurent conséquents », explique-t-elle encore. Pas simple… En effet, si les clients adhèrent au projet, la conjoncture présente a quelque peu changé leurs stratégies. « L’environnement n’est plus une priorité pour les sociétés. C’est dommage, car les enjeux climatiques n’ont jamais été aussi importants », observe Charlotte Darmet, avant d’exprimer un vœu : « il faudrait que les entreprises passent, enfin, de la bonne volonté aux actes ! »



