Hipli : faire du réemploi un standard

Située au Havre, la start-up fondée par Anne-Sophie Raoult et Léa Got veut réinventer l’emballage pour l’e-commerce.

Anne-Sophie Raoult & Léa Got, Hipli
Anne-Sophie Raoult et Léa Got.

Les bonnes idées sont souvent issues des observations du quotidien. Anne-Sophie Raoult et Léa Got, toutes deux consommatrices de produits commandés sur Internet, étaient étonnées du décalage constaté entre l’engagement environnemental de certaines marques et les emballages qu’elles recevaient, régulièrement trop grands et remplis de calages en plastique. Elles étaient également découragées de voir leurs poubelles toujours aussi pleines. « Nous nous sommes dit qu’il était quand même dommage que ces emballages ne soient pas réemployés », se souvient Anne-Sophie Raoult. C’est ainsi qu’est né Hipli, en 2019, à l’initiative d’une acheteuse experte en chaîne logistique et d’une spécialiste de la data et du marketing. Et le recyclage ? « Ce n’est pas forcément une bonne solution. À l’époque, l’Asie avait fermé ses frontières et les centres français croulaient sous les déchets », souligne la cofondatrice, passée par les services achats de L’Oréal et de Carlsberg. De l’idée à la solution, il n’y a eu qu’un pas que les deux entrepreneuses ont franchi en neuf mois, le temps de mettre au point une pochette réemployable en fibre synthétique. Pour y parvenir, elles ont consulté des marques, des logisticiens, des transporteurs et, bien sûr, des consommateurs.

K-way

« Chacun a ses propres besoins, nécessairement différents de ceux des autres », affirme Anne-Sophie Raoult. L’un des principaux défis consistait à s’assurer que l’emballage, une fois réceptionné, puisse être retourné à Hipli de la façon la plus simple afin d’être inspecté et réinjecté dans le circuit. La start-up a imaginé une pochette intégrée pour replier l’emballage à l’intérieur – à l’exemple des coupe-vent de type K-way –, celle-ci contribuant à cacher l’étiquette du premier destinataire par la même occasion. Ensuite, grâce à un zip, il suffit de fermer le tout et de le glisser dans une boîte aux lettres. Et la boucle est bouclée. Le système a permis à l’entreprise de prendre pied au sein d’une centaine de marques dans le prêt-à-porter – Saint James, Oxbow, Sézane –, la cosmétique et les articles de maison Aujourd’hui, la pochette est proposée en quatre tailles. Une version rigide, en trois formats, a également vu le jour pour transporter des produits plus fragiles. Ainsi, Hipli peut actuellement compter sur une flotte d’un million d’emballages. Et ce n’est pas fini, car la start-up s’apprête à lancer une collection en carton ondulé, en partenariat avec DS Smith Packaging. « Ce sera une gamme destinée au C to C. Si le plastique peut être réemployé plus d’une centaine de fois, et donc adapté aux boucles fermées, le carton l’est beaucoup moins. Finalement, à chaque usage correspond une solution », observe la responsable.

Bonnes boucles

Se déconnecter de l’emballage, penser uniquement réemploi : là se situe l’un des enjeux les plus intéressants pour Hipli, qui estime que, demain, les échanges entre particuliers, dans le commerce de seconde main, pourraient s’effectuer par son intermédiaire. « Nous ne sommes pas des fabricants d’emballages, en revanche, nous maîtrisons la "tech" pour tracer, mesurer, créer les bonnes boucles avec les bons partenaires ». À l’heure où la vente en ligne B to C ralentit, où, en outre, le textile, secteur clé pour Hipli, affronte une conjoncture très moyenne, le C to C pourrait représenter un relais de croissance. D’ailleurs, cela rejoindrait le dessein des deux fondatrices : étendre le réemploi là où c’est possible… Comme le rappelle Anne-Sophie Raoult : « Dans un monde idéal, le réemploi devrait être la norme, et le jetable l’exception. » L’avenir seul nous le dira.

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