2,7 millions. C’est le nombre de salariés qui, en 2017, étaient exposés à des produits chimiques cancérogènes comme l’amiante, la silice cristalline ou encore le formaldéhyde. «C’est un chiffre énorme», commente Martine Léonard, médecin inspectrice du travail dans le Grand Est et l’une des responsables de l’enquête septennale Sumer. Cette dernière étudie l’exposition des salariés aux risques professionnels, en partenariat avec 2 500 médecins du travail volontaires.
En 2010, ils étaient 2,2 millions de salariés, bien qu’il soit difficile de faire une comparaison. «La liste des produits cancérogènes s’est allongée entre temps, avec notamment l’inclusion des fumées de soudure, du diméthylformamide et du dichlorométhane», explique Martine Léonard, ce qui augmente mécaniquement le nombre de salariés exposés.
Des catégories plus à risques que d'autres
La plupart des employés concernés travaillent dans la construction, mais aussi dans l’industrie : 18,3% des salariés du secteur sont soumis à au moins un produit cancérogène. «Il y a eu énormément d’évolutions dans le secteur industriel, constate la médecin du travail. Il y a eu beaucoup d’automatisation et de systèmes en vase clos, donc moins de contacts directs. Sauf pour les agents de maintenance, qui sont parmi les salariés les plus exposés.»
Selon l’enquête, les ouvriers qualifiés appartiennent à la catégorie socio-professionnelle la plus touchée : quasiment 35% d’entre eux sont confrontés à ces produits, contre 3% des cadres. Le taux d’exposition des salariés varie également selon leur statut. Ainsi, les intérimaires, qui sont par ailleurs le public le plus souvent victime d’accidents du travail, sont quasiment 20% à être soumis aux produits cancérogènes, suivis par les agents à statut de la SNCF et des industries électriques et gazières.
Des protections pas suffisamment déployées
L'exposition des salariés n'est cependant pas forcément un mauvais signe, du moment que les protections suivent. Les médecins du travail participant à l’enquête ont donc également interrogé les employés sur les protections collectives mises en place par l’entreprise. «La ventilation générale a augmenté, mais elle ne suffit pas pour les substances cancérogènes. Elle va diluer le produit dans l'air, mais il passera quand même par les voies aériennes respiratoires, indique Martine Léonard. La protection collective, c’est de l’automatisation, des systèmes en vase clos, des remplacements de produits et des aspirations à la source.» L’enquête a relevé une disparité des moyens déployés par les entreprises selon leur taille. Ainsi, on retrouve chez les TPE à la fois le plus haut taux d’exposition et le plus haut taux d’absence de protection collective.
Pour Martine Léonard, cela est dû à la difficulté pour les TPE à remplacer les produits cancérogènes par des produits moins dangereux. «Il est plus facile pour les grandes entreprises de changer de produit, parce qu’elles ont des compétences internes et des acheteurs spécialisés», constate-t-elle. La médecin du travail garde cependant espoir. «J'ai vu les entreprises de la métallurgie utiliser en masse du trichloroéthylène (cancérogène avéré, ndlr) pour dégraisser des pièces avant de les souder, se rappelle-t-elle. Aujourd'hui, on n'utilise plus de trichloroéthylène et on le voit dans les résultats de Sumer.»



