Tomates et turbines : faut-il bannir les usines des villes écologistes ?

Olivier Andriès, le directeur général de Safran, a créé la polémique cette semaine. Lors d’une audition à l’Assemblée nationale dans une commission sur la réindustrialisation, il a affirmé qu’il ne voulait pas investir dans les villes dirigées par des écologistes. Faut-il y voir une provocation politique ou le reflet d’un malentendu plus profond entre élus locaux et industriels ? La réindustrialisation, urgence nationale, mérite mieux qu’un échange de punchlines.

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Olivier Andries Safran Assises de l'industrie 2022
Olivier Andriès ne veut plus investir dans des villes dirigées par des majorités écologistes, a-t-il déclaré le 15 avril.

«Je n’investirai plus dans une ville dirigée par une majorité écologiste» : la déclaration le lundi 14 avril du patron de Safran, Olivier Andriès, devant la commission d’enquête parlementaire sur les freins à la réindustrialisation, a immédiatement enflammé le débat. En cause : les critiques reçues lors de l’annonce d’un projet d’usine à Rennes, situé sur l’ancienne friche industrielle de Stellantis.  «Si c'est se faire accueillir par des jets de tomates alors qu'on crée 500 emplois, ce n'est pas la peine», estimait le dirigeant.

Pour certains élus et militants écologistes, l’aéronautique reste une industrie «sale», au cœur d’un secteur polluant et militarisé. La députée écologiste de Paris, Sandrine Rousseau a répliqué sèchement : «Si c’est pour détruire la planète, ce seront 500 emplois pour un temps très court.»

Une usine qui coche toutes les cases

Pourtant, sur le papier, le projet rennais coche presque toutes les cases de la réindustrialisation moderne : relocalisation de pièces stratégiques (aujourd’hui produites aux États-Unis), innovation technologique, formation locale, décarbonation progressive et zéro artificialisation des sols. L’usine doit produire des aubes de turbines pour les moteurs des Rafale et Airbus A320 — des composants critiques pour la souveraineté industrielle.

Ce site s’ajoute aux implantations françaises de Safran, qui réalise 90% de sa recherche technologique en France. Le patron du groupe n’a d’ailleurs pas remis en cause l’usine de Rennes, dont l'ouverture est prévue en 2027, mais son exaspération traduit une inquiétude : l’industrie a-t-elle encore droit de cité dans certaines métropoles ?

Entre climat et souveraineté, une fausse opposition ?

Poser la question environnementale est plus que légitime. Le secteur aérien doit évoluer, réduire son empreinte carbone, et Safran ne s’en cache pas. Mais transformer chaque projet industriel en conflit idéologique n’aide ni la transition, ni l’emploi, ni le climat. La France a besoin d’industries pour réussir sa décarbonation. Pas de moteurs plus verts sans métallurgie, pas d’avions plus sobres sans R&D, pas de batteries européennes sans chimie. Loin des caricatures, de nombreuses villes écologistes ont d’ailleurs appris à composer avec les réalités industrielles. Et côté entreprises, beaucoup sont prêtes à des efforts accrus de transparence, de concertation, d’innovation environnementale.

Vers une nouvelle alliance locale ?

Loin des clashs, c’est peut-être une autre voie qu’il faut trouver : celle d’une alliance entre élus locaux, citoyens et industriels. Une écologie du dialogue, exigeante mais constructive. Une industrie qui s’ancre dans les territoires en intégrant dès le départ les enjeux environnementaux. Mais l’industrie ne peut plus être perçue comme un mal nécessaire. C'est une solution. Et à l’heure où la souveraineté devient un mot-clé de l’époque, refuser l’implantation d’usines stratégiques, c’est refuser de préparer l’avenir.

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