Quelle est cette étrange éolienne en forme de pyramide en construction dans le port de Brest ?

La jeune pousse bretonne Eolink espère installer d’ici à fin 2026 son éolienne flottante en forme pyramidale dans le site d’expérimentation en mer d’Open-C au Croisic (Loire-Atlantique). Alors que l'éolien en mer mise traditionnellement sur un modèle «un mat pour trois pale», l’entreprise de Brest (Finistère) table, elle, sur une formule à quatre mats.

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Eolink a Brest
Dans le port de Brest (Finistère), la jeune pousse Eolink espère entamer l'assemblage des flotteurs de son éolienne en mer flottante en janvier 2025.

Le bloc d’acier jaune avance lentement sur la piste. Les yeux rivés sur une console, un opérateur en gilet orange téléguide le géant de métal à travers le port. D’une hauteur d’un immeuble de trois étages, le morceau d’acier rejoint les colonnes et blocs métalliques déjà posés sur le site d’assemblage de l’énergéticien Eolink dans le port de Brest (Finistère). «L’objectif, c’est de faire comme avec des pièces de Lego. On va rassembler et souder les blocs entre eux pour obtenir un flotteur d’un peu moins de 30 mètres de hauteur», résume Alain Morry, directeur commercial d’Eolink.

Le concepteur breton de l’éolienne espère installer d’ici à fin 2026 son premier démonstrateur grandeur nature d’éolienne flottante à structure pyramidale sur le site d’essai en mer Sem-Rev, opéré par la fondation Open C au Croisic (Loire-Atlantique). D’une hauteur totale de 80 mètres, les flotteurs et mats doivent soutenir les pales d’une éolienne de 5 mégawatts (MW). Le projet doit représenter un investissement supérieur à 30 millions d’euros, auquel participe l’agence publique Ademe pour 15 millions d’euros.

La turbine doit permettre de produire de l’électricité pour l’équivalent de 6000 foyers du Croisic, pour un prix d’achat de 170 euros par mégawattheure. Pour accueillir le nouveau géant, le site d’expérimentation croisicais a terminé à l'été 2024 des travaux de raccordement afin de porter sa capacité d’injection à 10 MW/h, contre 4 MW/h actuellement – sous réserve de derniers travaux sur un poste électrique, prévus en 2025.

Des flotteurs de 1200 tonnes pour 4 mats

Projet d'éolienne flottante d'EolinkEolink
Projet d'éolienne flottante d'Eolink Projet d'éolienne flottante d'Eolink

Le haut de l’éolienne comprend un «pommeau», une pièce spécialement conçue par Eolink afin de lier la nacelle, la génératrice et le moyeu aux mâts (en bleu sur le schéma).

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«Lorsque les premières éoliennes flottantes ont été conçues à la fin des années 2000, les ingénieurs s’étaient basés sur le système classique qu’ils connaissaient déjà : un mat soutenant trois pales. Or, ils auraient pu opter pour une structure plus efficace», explique Alain Morry. Concrètement, l’entreprise parie sur une superstructure composée de 4 mats, posés sur un flotteur en forme de carré pour se rejoindre au sommet de l’édifice.

Avantage : le système réduirait les quantités d’acier nécessaire à la fabrication des flotteurs et mats en répartissant l’effort lorsque la houle frappe l’engin – tandis que les systèmes traditionnels imposent de renforcer la base de l’éolienne à coup de tonnes d’acier.

Ainsi, la masse métallique du flotteur atteindrait moins de 1200 tonnes – à titre de comparaison, les flotteurs des éoliennes flottantes de 8,4 MW de Fos-sur-Mer (Bouches du Rhône) atteignent 2200 tonnes. Dans le port de Brest, l’acier du futur flotteur ne dépasse pas les 2 centimètres d’épaisseur. «Les tôles des flotteurs traditionnels, elles, peuvent atteindre 10 centimètres d’épaisseur», avance Alain Morry.

À la conquête du marché de l’éolien flottant

L’entreprise espère inonder les futurs parcs éoliens flottants de la façade Atlantique et de la mer Celtique depuis le port de Brest. Car le marché de l’éolien flottant pourrait se révéler très juteux. À l’inverse de son cousin, l’éolien posé, le flottant permet d’installer des parcs loin des côtes, au-dessus de grandes profondeurs d’eau, limitant les recours et offrant un potentiel plus important. Pourtant balbutiante, la technologie se fraie déjà un chemin dans les appels d’offres européens pour des parcs commerciaux à grande échelle. En France, le gouvernement a annoncé, en mai, les premiers lauréats d’un appel d’offres pour de l’éolien flottant au large de Belle-Île-en-Mer (Morbihan), pour une capacité de 250 MW.

Reste à l’entreprise bretonne de prouver la validité de son concept d’éolienne pyramidale en grandeur nature. «On met la machine à l’eau et on voit ce qu’il se passe», résume Marc Guyot, fondateur d’Eolink. «Ce démonstrateur doit nous servir de preuve de validité du concept pour vendre notre machine.»

Mat et flotteur : un seul fournisseur

L’entreprise n’est pas seule sur ce créneau. Le flotteur semi-submersible à trois colonnes en acier du spécialiste Principle Power a prouvé sa viabilité en juillet 2016, et se trouve déjà installé dans des fermes éoliennes au Portugal ou encore en France. Au Croisic, le démonstrateur d’Eolink pourrait se trouver juste à côté du flotteur semi-submersible en carré de la jeune pousse BW Ideol, dont l’éolienne tourne depuis 2018. Néanmoins, l’entreprise d’une trentaine de salariés se targue d’être la seule à assembler actuellement une éolienne pyramidale. «Actuellement, les développeurs doivent acheter un flotteur à un fournisseur, puis se tourner vers un second fournisseur pour le mat. Notre technologie, elle, doit arriver en un bloc. Ils n’auront plus qu’à passer par un seul fournisseur», avance Marc Guyot.

Démarrage de l’assemblage début 2025

Encore occupé à la conception, Eolink n'a pas encore industrialisé son innovation. Pour monter le démonstrateur, l'assemblage se fait façon puzzle : les pales, la nacelle, la génératrice et le moyeu ont été récupérés en seconde main depuis la Hollande en février. Les fondations et les quatre mats, eux, ont été fabriqués en Chine, avant d’être débarqués sur le port de Brest mi-décembre. La jeune pousse compte sous-traiter l’assemblage de son premier grand modèle. L’opération doit être effectuée au sein de ses deux hectares de chantier dans le port de Brest. La maintenance est assurée par l’opérateur spécialiste des énergies renouvelables Valorem, également financeur du projet.

Au milieu des blocs, dans une aire de la taille d’un terrain de football, Alain Mory lève les yeux. «On réfléchit à l'installation d’un échafaudage de plusieurs dizaines de mètres juste ici, pour ériger les 4 mats», explique le directeur commercial. L’assemblage doit démarrer début 2025 pour une durée minimale d’environ deux ans. «On pensait que l’assemblage irait vite. Mais nos fournisseurs potentiels ne cessent de nous répéter : "Ça, j’ai jamais fait"», souffle le cadre.

Aux abords du port de Brest, une structure rouillée surplombe la route. Après un an de service sur le site d’expérimentation de l’Ifremer à Sainte-Anne-du-Portzic (Finistère), le premier démonstrateur en mer d’Eolink – version réduite de 22 mètres – avait quitté la mer en 2019. Le nouveau venu doit, lui, accueillir une pale pointant à 150 mètres de haut une fois installée. «90% du temps de nos équipes est dédié à cette machine, explique Alain Morry. Les 10% restant, on les occupe déjà sur une future unité, plus grande encore, de l’ordre de 200 mètres.»

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