Portrait

[Prix de l'ingénieur de l'année 2021] Jean Botti, pionnier de l’avion électrique

Avec sa start-up VoltAero, l’ex-directeur de l’innovation d’Airbus, Jean Botti, apporte une réponse concrète à la transition énergétique du secteur.

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Jean Botti
Jean Botti, fondateur de ValtAero, veut développer un avion à propulsion thermique et électrique.

Les start-uppers sexagénaires ne courent pas les rues. Avec 64 printemps au compteur, Jean Botti n’a pourtant rien à envier aux fougueux entrepreneurs sortis d’école. Via sa start-up VoltAero, créée en 2017, à Royan (Charente-Maritime), il a tout ce qu’il faut pour vendre du rêve : un projet en rupture, une ambition répondant au défi de la décarbonation de l’industrie et une concrétisation industrielle imminente. Mais l’ingénieur possède aussi deux atouts plus rares, de la bouteille et un charisme évident, offrant à son projet la crédibilité qui fait souvent défaut aux néophytes.

Son dessein ? Un avion hybride électrique capable de proposer des vols régionaux décarbonés. À l’heure où l’empreinte environnementale du transport aérien est pointée du doigt, Jean Botti dégaine – en partie – la solution. « Les avions pourront effectuer des vols 100% électriques sur moins de 200 km, puis passer en mode hybride au-delà », précise le dirigeant. Cette année, son démonstrateur, Cassio 1, a effectué un tour de France et la traversée de la Manche. Alors que les premiers avions de série (de quatre à douze places) sortiront de son usine de Rochefort (Charente-Maritime) en 2023, VoltAero a déjà engrangé environ 70 précommandes pour une valeur de 70 millions d’euros.

En France, Jean Botti est l’un des pères fondateurs de l’aviation électrique et sera le premier à en faire une réalité industrielle. Une place incontestée. Il la doit aux projets de petits avions électriques qu’il a portés chez Airbus, peu après son arrivée dans le groupe en 2006, en tant que directeur de la technologie et de l’innovation : le Cricri et, surtout, l’E-Fan. Jean Botti porte haut les couleurs de l’électrique avec son compère Didier Esteyne. Au premier revient le rôle de chef d’orchestre, au second la mise au point technique de l’appareil.

Une grande ténacité

« J’avais déjà travaillé sur le sujet de la propulsion électrique aux États-Unis, au sein de l’équipementier Delphi, ayant participé dans les années 1990 au développement du véhicule électrique EV1 », se remémore Jean Botti. Une expérience déterminante dans le monde automobile, en avance en matière d’électrification par rapport à l’aéronautique, entamée chez Renault puis General Motors. Mais en 2016, Jean Botti quitte Airbus, désireux de tenter l’aventure ailleurs, en l’occurrence chez Philips, en tant que directeur de la stratégie et de l’innovation. Au bout d’un an, l’escapade tourne court. Dans le même temps, son successeur chez l’avionneur, Paul Eremenko, jette l’E-Fan à la corbeille.

« J’ai alors décidé de reprendre à mon compte l’idée d’un avion électrique, sourit Jean Botti. À 60 ans, je suis passé du statut de haut dirigeant de grande entreprise à celui d’ingénieur qui devait faire ses preuves. Plus d’un aurait renoncé à mon âge, mais je ne regrette pas d’avoir persévéré. » Une ténacité héritée du rêve de son père, chef de chantier italien, fasciné par ce que l’homme était capable de réaliser et qui voyait déjà son fils ingénieur ?

En la matière, il a été servi : Jean Botti cumule les diplômes, obtenus à l’Institut national des sciences appliquées (Insa) de Toulouse, à la Central Michigan university, au Massachusetts institute of technology (MIT) et au Conservatoire national supérieur des arts et métiers (Cnam). Goûtant autant le business que les technologies, l’entrepreneur survolté parvient, entre une impasse professionnelle et un projet porteur mis à la poubelle, à s’en sortir par le haut. Et d’un mauvais cru, à tirer un millésime. Après sa décision de reprendre lui-même le flambeau en 2017, il rassemble en quelques mois une équipe, composée en partie d’anciens de l’E-Fan. Très vite, il reçoit le soutien d’Alain Rousset, le président de la région Nouvelle-Aquitaine, qui a cru au projet dès le début.

Un mouvement vertueux 

Signe de son influence à l’échelle nationale, l’essaimage de son ancienne équipe chez Airbus. On retrouve ainsi l’un de ses membres au sein du projet de dirigeable Flying Whales, mais aussi une pleine grappe chez Ascendance Flight Technologies, qui parie sur les taxis volants électriques. « Jean avait cette capacité de pousser les équipes dans leurs retranchements tout en les préservant des perturbations extérieures qui peuvent nuire à ce genre de projets, témoigne Jean-Christophe Lambert, le patron de la start-up. Le projet E-Fan a suscité un mouvement vertueux au sein de la filière française, créant un précédent historique et structurant pour l’aviation décarbonée. » Une reconnaissance unanime, même de la part des concurrents, comme Aura Aero. « Jean Botti et Didier Esteyne ont ouvert une brèche, tout leur travail a permis l’existence d’une nouvelle voie en France », admet Jérémy Caussade, le patron de la start-up toulousaine.

Pour autant, Jean Botti ne peut pas encore se reposer sur ses lauriers. Il peine à trouver les financements nécessaires, le coût global de son projet avoisinant 45 millions d’euros. « Les aides financières sont très peu nombreuses en France en ce qui nous concerne, regrette l’intéressé, qui milite pour que la France, nation aéronautique, soit au cœur de l’aviation électrique. Au point que je me suis demandé plusieurs fois si j’avais fait le bon choix d’ancrer mon projet dans l’Hexagone. » Pour se ressourcer, Jean Botti retourne souvent dans son bercail familial, dans la région de Parme, où il découvre le plaisir de faire son propre vin. Et peut confirmer que le bon vin se bonifie avec l’âge. 

Un appareil made in France

VoltAero est en passe de faire de l’avion électrique dédié au transport de passagers une réalité industrielle. Une première en France. Et c’est Rochefort (Charente-Maritime) qui a été choisi pour accueillir la future usine de production des avions Cassio, à côté de l’aéroport. Sa construction va démarrer en 2022, et la production (avec au moins 50% de pièces fabriquées en France) dès le deuxième semestre 2023. Elle représente un investissement de 2 millions d’euros et générera quelque 100 emplois directs. La chaîne d’assemblage, les zones logistiques et les bureaux s’étendront sur près de 7 000 m². VoltAero affiche un ambitieux calendrier industriel : 30 appareils en 2023, puis 90 en 2024 et 150 en 2025, soit le rythme de croisière qu’il s’est fixé. Trois types d’appareils seront assemblés, dénommés suivant leur niveau de puissance, entre 330 et 600 kW : le Cassio 330 (quatre à cinq places), le Cassio 480 (six places) et le Cassio 600 (dix à douze places). VoltAero a déjà séduit Safran, qui va équiper en moteurs électriques les premiers Cassio. De quoi permettre des vols régionaux plus propres et plus flexibles. Et faire émerger un nouveau segment dans le transport aérien.

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