Pourquoi le choix de Onepoint est une étape importante pour sortir Atos du marasme

En sélectionnant l’offre du consortium mené par le cabinet Onepoint mardi 11 juin pour l’aider à sortir de sa mauvaise passe financière, Atos entrevoit une possible convalescence. La restructuration financière devrait ainsi entrer dans sa phase finale, ce qui pourrait rassurer en partie les clients du groupe.

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Atos doit faire face à 4,8 milliards d'euros de dettes.

En début d’année, Atos avait annoncé l’ouverture de discussions avec ses banques pour faire face à une situation financière périlleuse. Six mois plus tard, l’entreprise commence à apercevoir le bout du tunnel après le choix de son conseil d’administration, rendu public mardi 11 juin, de poursuivre le chantier de sa restructuration financière avec le consortium constitué du cabinet de conseil en transformation numérique Onepoint, du fonds Butler Industries et du spécialiste de la transformation numérique Econocom, par ailleurs soutenus par certains créanciers d’Atos. Ecartée, donc, l’offre rivale de l’homme d’affaires tchèque Daniel Kretinsky.

Cette nouvelle étape marque la fin d’une période de forte incertitude, quand les deux pistes étaient encore sur la table et la décision sans cesse repoussée. D’aucuns diront qu’une nouvelle phase aussi incertaine s’ouvre à présent : Atos et le consortium doivent encore parvenir à un accord définitif de restructuration financière sur lequel les créanciers bancaires et obligataires du groupe auront à se prononcer dans le cadre d’une procédure de sauvegarde accélérée, attendue d’ici fin juillet 2024.

Mais l’entreprise retrouve malgré tout des perspectives, considère-t-on du côté d’Atos. Les résultats du groupe au premier trimestre, avec une baisse de 2,6% du chiffre d’affaires par rapport au premier trimestre 2023 à périmètre et taux de changes constants, ont fait craindre une désaffection des clients. Atos avait alors mentionné des reports dans l’attribution de contrats dans l’attente de la finalisation de son plan de refinancement.

"Une étape majeure"

«Une étape majeure a été franchie ce matin et permet enfin à Atos d’engager concrètement la dernière phase des négociations relatives à sa restructuration financière, après une longue période d’incertitudes qui a heurté son activité», s’est félicité par voie de communiqué David Layani, le fondateur de Onepoint.

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La proposition de restructuration financière de son consortium doit permettre à Atos de s’extirper d’une crise financière aiguë. Le groupe doit rembourser 4,8 milliards d’euros dans les six prochaines années, dont près de 3,7 milliards d’euros d’ici à 2025. Pour retrouver un endettement plus soutenable, l’entreprise indiquait fin avril viser une réduction de sa dette brute de 3,2 milliards d’euros, soit environ 67% de sa dette actuelle. Ce sera 60% avec l’offre de David Layani et consorts, qui prévoit une conversion de 2,9 milliards d’euros de dette en fonds propres, même si des ajustements peuvent encore avoir lieu. Et 1,75 milliard de financements en dette et capital, quand Atos en attendait au moins 1,7 milliard. De quoi rendre l’offre du consortium «globalement conforme» aux attentes du groupe, selon un communiqué publié par Atos.

Bataille autour de la dette de l'entreprise

L’apport en fonds propres était plus prometteur avec l’offre de Daniel Kretinsky, avec 700 millions d’euros promis au maximum, contre 250 millions pour le consortium Onepoint. Mais la question de la réduction de la dette dans le cadre de la restructuration financière est sensible pour les créanciers d’Atos, qui la détiennent. L’offre de Daniel Kretinsky datée de fin mai évoquait une réduction supérieure de celle-ci, de 3,4 milliards d’euros. L’offre de David Layani bénéficie ainsi «du soutien d’un grand nombre de créanciers financiers d’Atos et assure ainsi avec plus de certitude la conclusion d’un accord définitif de restructuration financière», selon le communiqué de l’entreprise.

Pour Atos, la cession envisagée de trois activités considérées comme souveraines à l’Etat pourrait de toute façon rapporter entre 700 millions et un milliard d’euros d’argent frais. Les discussions sont toujours en cours dans ce dossier et une offre «plus précise» doit être remise «dans les prochains jours», a indiqué le cabinet du ministre de l’Economie Bruno Le Maire mardi 11 juin à l’AFP. Atos a d'ores et déjà annoncé être entré en négociations exclusives avec l'ingénieriste Alten pour la cession de son activité Worldgrid, qui comporte le contrôle commande des centrales nucléaires, sur un prix initial de 270 millions d'euros. 

Les salariés encore à rassurer

Sur le plan social, le risque est «considérablement réduit» grâce au choix du conseil d’administration de retenir l’option Onepoint, estime-t-on également du côté d’Atos. L’offre de Daniel Kretinsky a longtemps fait craindre un démantèlement du groupe. Dans la dernière version de son projet, datée du 2 juin, le consortium Onepoint avait rappelé son attachement à la préservation de l’unité du groupe Atos et sa volonté de s’éloigner de la logique de division du groupe en deux entités, comme c’est le cas actuellement entre Tech Foundations et Eviden. Dans le document, le consortium qualifie cette logique de «destructrice de valeur».

Mais tous les doutes sur l’offre de David Layani n’étaient pas dissipés pour autant, fin mai, dans l’esprit des salariés, comme l’avait constaté L’Usine Nouvelle. En attendant de les convaincre, le consortium Onepoint a promis un plan d’investissement d’environ un milliard d’euros dans les prochaines années pour atteindre une croissance annuelle organique de 6 à 8% et une marge opérationnelle de 800 millions d’euros d’ici à 2027.

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