L’Etat reprend l'initiative sur le dossier Atos. Bercy a annoncé le 28 avril avoir fait une offre non engageante de rachat des activités souveraines du deuxième groupe français de services du numérique après Capgemini. Atos confirme le 29 avril la réception de cette proposition pour une valeur indicative de 700 millions à 1 milliard d’euros. Une phase d’audit a commencé en vue de la soumission d’une offre ferme au début du mois de juin.
L'Etat profite ainsi du droit préférentiel d'achat octroyé le 8 avril en contrepartie du prêt de 50 millions d’euros qu’il a accordé à Atos. Celle action préférentielle lui donne le droit de racheter les activités souveraines s’il estime que les intérêts nationaux sont menacés. Le cabinet du ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, justifie son activation maintenant par la dégradation de la situation financière de l’entreprise.
Besoin de plus de liquidités
Dans le nouveau cadre de son financement, publié ce 29 avril, Atos réclame 1,2 milliard d’euros de liquidités et 600 millions d’euros de prêts pour tenir jusqu’à fin 2025, ainsi qu’un effacement de sa dette brute de 3,2 milliards d’euros. Dans le précédent cadre de financement, publié le 8 avril, la direction demandait 600 millions d’euros de liquidités, 600 millions de prêts et l’effacement de sa dette brute de 2,4 milliards d’euros.
L’offre de l’Etat porte sur trois activités considérées comme souveraines : Advanced computing (supercalculateurs, serveurs à hautes performances et quantique), Mission-Critical Systems (systèmes critiques de communication comme ceux fournis à l’armée), Cybersecurity Products (modules matériels de chiffrement utilisés pour le cryptage des données). Selon Bercy, elles représentent un effectif de 4000 personnes, majoritairement en France, et un chiffre d’affaires annuel d’environ 900 millions d’euros. Elles font partie de la division Big Data et Security (BDS) qui compte environ 9 000 personnes et un chiffre d’affaires annuel de 1,4 milliard d’euros.

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L'Etat en position d'actionnaire de référence
Le cabinet de Bruno Le Maire précise que l’Etat se donne un rôle moteur pour la protection dans la durée de ces activités stratégiques pour la nation mais n’a pas autant vocation à gérer cette future entreprise. C’est pourquoi il travaille à la constitution d’un consortium le plus large possible qui inclut des industriels clients des activités souveraines d’Atos dans des domaines comme la défense, la sécurité ou l’énergie. Parmi ces clients figurent Airbus, Thales, Safran, Dassault Aviation, EDF et le CEA. L’Etat entend cependant prendre une position de "Golden Share", c’est-à-dire d’actionnaire de référence qui lui assure le pouvoir d’influencer les décisions de l’entreprise. Sa participation au capital sera gérée par l'APE, l’Agence des participations de l’Etat. Airbus, qui a tenté d’abord de prendre une participation de 30% dans le capital d’Eviden, la division qui réunit les activités d’Atos dans le digital, le calcul intensif et la cybersécurité, puis de racheter BDS, pourrait prendre la position de leader.
Le timing de l'intervention de l'Etat semble opportun. Atos devait clôturer la réception des offres des investisseurs le 26 avril. Mais le groupe n’aurait reçu que l’offre de Onepoint. Cette entreprise est française mais son offre cache un investisseur pour le moins polémique : Carlyle, un fonds d’investissement américain suspecté d’être proche de la CIA. Quant à l’homme d’affaires tchèque Daniel Kretinsky, qui voulait racheter la division Tech Foundations regroupant les activités d’infogérance et de services numériques aux entreprises, il aurait préféré s’abstenir de peur d’être bloqué ensuite pour des considérations de souveraineté des activités sensibles. L’intervention de l’Etat clarifie la situation. Les investisseurs potentiels savent maintenant sur quel périmètre d’activité ils peuvent faire des offres sans risquer de véto de l’Etat. Plus rien ne s'oppose au dépôt d'une offre de Daniel Kretinsky. D'autant que le montant de la dette à effacer a été augmenté conformément à ses voeux. Les investisseurs ont jusqu'au 3 mai pour soumettre leurs offres.
Autres activités critiques
Et qu’en-t-il des autres activités critiques de services de cybersécurité et du numérique fournis par Atos dans des secteurs publics comme la santé, l’énergie, les transports ou encore les Jeux Olympiques, qui engagent l’image de la France ? Le cabinet de Bruno Le Maire précise que l'Etat continuera à suivre de près le devenir de ces activités via le CIRI, Comité interministériel de restructuration industrielle, celui-là même qui a accordé le prêt de 50 millions d’euros à Atos. Mais pas avec le même degré d'attention que les activités souveraines.



