David Layani sort finalement victorieux. A 45 ans, le patron-fondateur de Onepoint prend les rênes d’Atos, devenant actionnaire de référence du géant informatique français avec 20% du capital. Le conseil d’administration – étouffé par 5 milliards d’euros de dette – a validé le 11 juin l’offre de reprise de l’homme d’affaires et d’une partie des créanciers, coiffant au poteau le milliardaire tchèque Daniel Kretinsky.
Pressenti comme futur directeur général d’une des entreprises françaises phare, il veut enfin faire taire les sceptiques. Avec ses 800 millions d’euros de fortune personnelle selon Challenges, la confrontation pour le rachat d’Atos semblait prendre des airs de David contre Goliath, avec, dans le rôle de l’adversaire de taille, Daniel Kretinsky et ses 9 milliards d’euros au compteur.
Une victoire aux airs de revanche
Fondateur d’une entreprise de services numérique (ESN), avec 500 millions d’euros de revenus, l’ambitieux outsider visait un groupe dix fois plus gros que le sien, avec ses 10 milliards d’euros de chiffre d’affaires et ses 100000 salariés. La validation de la reprise, c’est l’aboutissement de deux ans de lutte acharnée. En octobre 2022, profitant de la mauvaise santé du groupe d’informatique, il offre 4,2 milliards d’euros pour reprendre la branche Eviden, regroupant les activités stratégiques d’Atos comme la cybersécurité. Le conseil d’administration l’éconduit sèchement, les épaules du patron jugées trop frêles.
Mais le fondateur de Onepoint ne renonce pas. Il débourse 80 millions d’euros, somme intégralement perdue avec la chute du cours de l’action, pour acquérir 11% du capital d’Atos, entre au conseil d’administration et embauche des conseils prestigieux, comme la banque Lazard et Saam Golshani, avocat au cabinet White & Case. Ce dernier, considéré comme l’un des meilleurs pour ce type d’opérations financières, avait travaillé sur le dossier Casino pour le compte de… Daniel Kretinsky.

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Des chevaux aux ordinateurs
Un parcours remarquable, quand on sait qu’il n’est pas né dans le monde des affaires. D’un père musicien et d’une mère travaillant dans l’événementiel, il grandit dans le quartier de Belleville, quitte le lycée à l’âge de 16 ans et commence sa carrière en 1999 dans l’entreprise informatique américaine EMC. A 22 ans, en 2002, il fonde la société de conseil en transformation numérique Onepoint avec un emprunt bancaire de 30000 euros et le soutien d’un oncle maternel.
Le jeune entrepreneur, passionné d’architecture, de chevaux et de musique, ne tarde pas à faire grossir sa société grâce au rachat en chaîne d’entreprises en difficulté. L’ancien cavalier de polo poursuit pendant plus de 20 ans sa trajectoire au triple galop. Implantée désormais dans 16 pays, Onepoint, qui compte 3300 employés, a effectué près d’une quinzaine d’acquisitions depuis ses débuts. Le groupe passe en dix ans à 50 millions d’euros de chiffre d’affaires, puis de 50 à 500 millions d’euros les dix années suivantes.
Banque, finance, assurance, énergie, industrie, médias, télécoms, secteur public… Le groupe revendique plusieurs centaines de clients. Les concurrents décrivent ce patron aux dents longues comme détonnant dans le milieu de l'informatique et du conseil, car n’étant pas ingénieur de formation.
Reconnu même au sommet de l’Etat
Une réussite qui séduit même au sein des gouvernements. Alors ministre de l’Economie, c’est Emmanuel Macron en personne qui inaugure les locaux de Onepoint dans le 16e arrondissement de Paris en 2016. Trois ans plus tard, Nicolas Sarkozy remet à David Layani l’ordre national du Mérite en présence de Gérald Darmanin, ministre de l’Action et des Comptes Publics de l’époque. A cette occasion, l’ancien président décrit l’homme d’affaires comme «un jeune qui a de l’ambition».
Une proximité qui lui causera des désagréments. Depuis octobre 2021, David Layani est mis en examen dans l’affaire des soupçons de financement libyen de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy. Une allégation vivement contestée par le patron devant la justice, rejetant «toute forme d’implication». Des déboires judiciaires qui ne l’arrêtent nullement l’année d’après, dans ces premières tentatives en direction d'Atos.
Gagner en équipe
David Layani devrait normalement devenir directeur général du groupe Atos. Le géant informatique français en a connu cinq ces quatre dernières années. Les concurrents s’interrogent : le passage de 3500 à 100000 salariés sera-t-il un défi dans ses cordes ? Le travail de l’ombre va devoir se poursuivre pour rassurer tout le monde. «Dans nos industries du conseil et de l'informatique, il n’y a pas de patrons stars. Ce sont les clients qui brillent. Et ils aiment, par-dessus tout, la discrétion», indique le patron d’une ESN rivale au Figaro. David Layani le sait. La partie pour le sauvetage d’Atos n’est pas gagnée. Le plan de restructuration porté par le consortium composé de Onepoint, Econocom, Butler Industries et certains créanciers d'Atos, doit être mis en œuvre, via une procédure accélérée, d'ici juillet 2024.
Dans la tempête, l’homme d’affaires veut montrer l’image du patron proche de ses troupes. «Mon moteur, c'est ma famille, mes collègues et l'impact que je peux avoir dans la société française», explique-t-il dans un article des Echos. S’il possède 80% des parts de sa société Onepoint, les salariés du groupe en possèdent le reste. Dans le dossier Atos, il veut aussi se montrer à l’écoute du personnel en misant sur «davantage de liberté, davantage de formations et davantage d'accès au capital». Ce qui est certain pour le directeur général pressenti, c’est qu’une belle victoire est le fruit d’un travail d’équipe.



