Outre-Atlantique, la hausse des prix s’est élevée à 8,5% sur un an en mars, un record depuis quarante ans. Renégocier son salaire en mettant en avant l’inflation apparaît donc pertinent aux Etats-Unis, où près des deux tiers des travailleurs prévoient de demander une augmentation cette année, selon une étude du cabinet de recrutement Robert Half.
Avec la pénurie de main d’œuvre et la prolifération des lois sur la transparence sur les salaires – comme à New York où les employeurs doivent mentionner une fourchette de rémunération sur leurs offres d’emploi depuis le 15 mai – « la période actuelle est exceptionnelle pour réclamer une augmentation », a déclaré Ben Cook, qui dirige une start-up de négociation salariale, au magazine Forbes. Pour Andres Lares, un expert en négociation interviewé par CNBC, l’inflation donne effectivement une bonne raison de parler rémunération avec son manager. Google va d’ailleurs repenser les process d’évaluation de ses salariés, ce qui aboutira à des salaires plus élevés, alors que le groupe avait refusé de les augmenter en décembre malgré l’inflation, selon le média américain.
Un argument avancé lors de recrutements en France
Qu’en est-il en France ? En mai, l’inflation devrait y atteindre 5,2%. Sans aller jusqu'au rattrapage, les entreprises l'ont déjà considérée lors des négociations annuelles. L'approche doit donc être plus subtile dans l'hexagone, aux yeux de Laurent Blanchard, le directeur général du cabinet de recrutement Michael Page France. « Des salariés se manifestent auprès de leur employeur pour discuter de l’incidence de l’inflation sur leur salaire, ce qui n’était pas encore le cas il y a trois ou quatre mois. Mais je n’ai pas encore vu d’employeurs en tenir compte, donc c’est probablement un peu tôt pour le faire en dehors des négociations de branches », estime-t-il auprès de L’Usine Nouvelle. Reste qu’en cas de poursuite de la hausse des prix, une telle discussion ne pourra être éternellement évitée. Surtout dans une période de concurrence féroce des employeurs pour certains profils.
Lors des recrutements, l’inflation intervient de plus en plus dans les échanges ces dernières semaines, observe Amine Afif qui gère une équipe spécialisée dans le sourcing de fonctions support chez Robert Half. « Nous avançons cet argument pour des salaires juste au-dessus du Smic. Sur ces salaires, les pleins d’essence pour venir travailler représentent une part importante, indique-t-il. On peut s’autoriser à le faire, car le marché est favorable aux candidats. »
Les performances individuelles avant tout
Quant aux salariés en poste tentés par la demande d’une augmentation fondée sur l’inflation, ils doivent garder quelques éléments en tête. « Bien que l’inflation fasse partie de la discussion, vos réussites doivent être la pierre angulaire de votre négociation », conseille d’abord Business Insider, qui a consulté plusieurs experts du sujet. « L’inflation ne peut pas être la seule raison de votre demande, car le coût de l’activité de votre employeur augmente aussi », appuie Nadia De Ala, une coach en négociation citée par le HuffPost. Solliciter son manager quand celui-ci a du temps et compiler des données sur votre valeur sur le marché du travail sont aussi deux prérequis. En cas d’échec, enfin, il ne faut pas hésiter à demander quand cette discussion pourra se tenir à nouveau ou à négocier d’autres avantages salariaux en compensation. Bon courage !



