"Je suis convaincue que cette crise va changer beaucoup de choses et, pour tout dire, je le souhaite. Rien ne serait pire que de faire comme si rien ne s’était passé. Il faudra repartir de là où l’on sera, pas de là où l’on était. Autrement dit, il faut penser un “reset”, qui intégrera de nombreux nouveaux paramètres, et ne pas se limiter à un “restart”. Notamment dans les entreprises. Je trouve par exemple remarquable la vitesse à laquelle beaucoup se sont adaptés aux visioconférences. Le travail est aussi efficace, et même parfois plus productif que dans de classiques réunions physiques !
Le dialogue social va également devoir trouver de nouvelles voies. Si la relation entre les salariés, leurs représentants et leurs employeurs reste à soigner, car elle est primordiale, il est temps de se demander comment ouvrir cet échange très – trop ? – codifié. À la sortie de la crise du Covid-19, toute stratégie d’entreprise, comme toute politique économique, devra davantage prendre en compte les enjeux environnementaux et climatiques. Allons jusqu’au bout du triptyque fondateur du développement durable et convions des ONG à des réunions de CSE [comité social et économique, ndlr] ! De même, on va devoir revoir la façon dont on aborde la question de la santé au travail. Il faudra sortir des carcans bureaucratiques, développer des approches multidisciplinaires et des services individualisés.
Le télétravail va se maintenir et prendre de nouvelles formes. Il pourra concerner des services entiers. Il est apprécié car il favorise un certain écrasement des hiérarchies souhaité par les salariés. Il est vertueux car il encourage un travail coopératif, souple, réactif. Sans compter qu’il résout de nombreux problèmes de transport. Les partenaires sociaux, au niveau national, dans les branches et les entreprises, ainsi que le législateur vont devoir s’adapter pour redéfinir des cadres correspondant à ces nouvelles pratiques.
Je ne prétends pas avoir toutes les solutions ni même des idées bien définies. Mais je me demande si, en France, il ne faudrait pas lancer, à la sortie de la pandémie, un Grenelle du Covid-19 où l’on opérerait une mise à plat de ce qui s’est passé, où l’on identifierait les évolutions observées pendant cette période de travail confiné. Les salariés, les chefs d’entreprise, les indépendants auront tellement d’expériences à partager ! On a vu naître de nouveaux outils. Qui connaissait Zoom au début de l’année ? Nul doute qu’à l’issue de la crise, naîtront également de nouveaux désirs à l’égard du travail."



