"Avec une chute aussi violente de l’activité, on aurait dû avoir 9 millions d’emplois perdus. Grâce aux mesures qui ont été prises on ne devrait perdre “que” 460 000 emplois environ, qui augmenteront d’autant la hausse du chômage. C’est le cas pour les contrats courts, qui n’ont accès au chômage partiel que jusqu’à la fin de leur contrat, et pour une partie des personnes qui étaient en période d’essai...
Le choc est tellement violent qu’il y aura également des faillites. C’est un choc très hétérogène. Certains secteurs sont beaucoup plus touchés que d’autres. Le rebond sera donc lui aussi très hétérogène. La réponse économique doit être ciblée. Dans le domaine du travail, il y aura certes des changements, mais je ne crois pas au grand bouleversement. Le télétravail va se développer et notre société fera un bond dans l’utilisation des nouvelles technologies. Cela devrait améliorer notre productivité et réduire l’usage des transports.
Lorsque cette crise sera derrière nous, il faudra faire un bilan du confinement et, notamment, déterminer pourquoi il n’y avait pas d’autre choix possible. Il s’agira alors de retrouver une certaine souveraineté, dans le domaine sanitaire, bien sûr, mais aussi dans l’industrie et le numérique, afin de ne plus être aussi fortement dépendants d’aléas exogènes. Par ailleurs, le rôle de l’État est aussi de tracer une croissance économique qui pourrait être moins forte par son ampleur, mais plus résiliente et plus soutenable. Les questions qui se posaient avant la crise en termes d’inégalités sociales et environnementales sont toujours au cœur des réalités. La crise actuelle a mis en évidence la voie sans issue d’une croissance mercantiliste fondée sur un objectif de balances commerciales toujours plus excédentaires.
Il y a aujourd’hui des salariés qui sont obligés d’aller travailler. On les traite en héros, mais ils sont souvent contraints de l’être pour subvenir à leurs besoins et aux nôtres. Ces personnes occupent des emplois peu valorisés sur le plan salarial. Avec la crise, on se rend compte qu’une partie de notre productivité est liée à une utilité sociale. Mais je crains qu’une fois la crise passée, on oublie tout cela."



