L’Usine Nouvelle.- La coentreprise Genvia - qui associe Schlumberger, le CEA, Vinci Construction, Vicat et la région Occitanie - a été annoncée en début d’année 2021. Où en est votre déploiement sur le site de Cameron-Schlumberger, visité aujourd’hui par le président Emmanuel Macron à Béziers ?
Florence Lambert.- Tout va très vite. En mars, nous avons lancé la société et aujourd’hui, nous inaugurons le bâtiment, qui a été rénové. Depuis septembre, nous avons un atelier de production d’électrolyseurs qui fonctionne et nous prévoyons notre ligne pilote automatisée à l’été 2022. Aujourd’hui, Genvia compte une soixantaine de personnes, et deux fois plus si l’on intègre tout l’écosystème, notamment la recherche publique du CEA et l’ingénierie de Schlumberger.
Nous ne sommes pas une start-up : nous voulons aller vite pour répondre rapidement aux enjeux de décarbonation de l’industrie et nous faisons en même temps l’atelier et la ligne pilote. Notre usine de Béziers va produire en masse des stacks et des modules, qui seront ensuite assemblés chez nos clients pour servir d’unités de production d’hydrogène de 50 à 100 MW chacune à terme. Nous annonçons d’ailleurs plusieurs contrats ce 16 novembre, avec la filiale d’EDF Hynamics et le cimentier Vicat (qui fait partie de la coentreprise Genvia) d’abord, mais aussi avec les aciéristes ArcelorMittal [pour son usine d'acier électrique de St-Chély-d’Apcher, en Lozère], et Ugitech (du groupe Swiss Steel) [pour son usine d’Ugine, en Savoie].
Quelle est votre capacité de production actuelle ?

- 58.7+6.53
Février 2026
Cours des matières premières importées - Pétrole brut Brent (Londres) en euros€/baril
- 69.4+7.26
Février 2026
Cours des matières premières importées - Pétrole brut Brent (Londres) en dollars$ USD/baril
- 1102.98+6.11
Mars 2026
Huile de palme - Malaisie$ USD/tonne
Cela tient du secret industriel. Nous fonctionnons à partir de procédés manuels, avec la capacité de produire des électrolyseurs de A à Z, et notre objectif et d’industrialiser ce process. Dès l’été 2022, notre ligne automatisée produira 300 stacks de forte puissance par an [un stack désigne l’empilement de plusieurs cellules, au cœur desquelles a lieu la réaction de dissociation de l’eau en hydrogène et oxygène, ndlr.]. Sans entrer dans les détails confidentiels, ces stacks atteindront quelques dizaines de kilowatts chacun, mais notre objectif est de monter des modules [un assemblage de stacks, ndlr.] au-delà du mégawatt dès 2023.
Quelle est votre feuille de route ?
Nous utilisons les brevets de base du CEA, mais en revanche la technologie a été complètement redéfinie pour répondre aux enjeux de l’industrialisation. En partant de zéro. Le premier démonstrateur sera prêt au premier trimestre 2023, et pourra produire 200 kg d’hydrogène par jour. Très vite, nous produirons un démonstrateur par trimestre. Ensuite, nous monterons en puissance selon les applications. Côté production, nous visons quelques dizaines de MW en 2024, plusieurs centaines en 2026, avant d’arriver au-delà d’un GW en 2030.
Quels sont les investissements nécessaires pour lancer cette production ?
Tout ce que je peux dire, c’est que la première ligne représente plusieurs dizaines de millions d’euros, et que l’ordre de grandeur pour la gigafactory sera de l’ordre de plusieurs centaines.
Pourquoi considérez-vous l’électrolyse à haute-température comme une technologie de rupture ?
Aujourd’hui, les technos plus matures qui existent partent de l’eau liquide. Nous allons opérer dans un système entre 700 et 800°C, où l’eau est sous forme de vapeur. Dès lors, les molécules d’eau sont plus faciles à casser pour produire de l’hydrogène, ce qui permet de gagner 15% de rendement [le rapport entre l’électricité consommée par l’électrolyse et la quantité d’hydrogène produite, autour de 65 à 80% dans les électrolyseurs classiques, ndlr.]. Par ailleurs, en optimisant la conception thermodynamique de l’électrolyseur et l’utilisation de points chauds existant dans l’industrie, nous pouvons gagner 15 points supplémentaires, pour atteindre un gain de 30% ! Par ailleurs, cette techno ne pose aucun problème de dépendance à des matériaux critiques coûteux : nous utilisons de l’acier commun en sandwich dans de la céramique.
C’est une technologie sur laquelle nous n’avons plus de verrous et la question est maintenant de baisser les coûts via l’industrialisation. Que ce soit à travers une usine modèle 4.0, où en travaillant dès aujourd’hui avec des partenaires intégrateurs finaux pour optimiser nos solutions selon les applications.
Vous avez besoin de sources de chaleur à 150°C, où les trouver ?
Les points chauds de ce type sont partout dans l’industrie. On peut citer les chaudières des cimenteries par exemple. Des synergies sont même envisageables : n’oublions pas que l’autre sous-produit de l’électrolyse est l’oxygène, qui peut servir à mettre en place de l’oxy-combustion [une combustion à l’oxygène pur n’émettant que du CO2, dès lors plus facile à capter et stocker que celui issu des fumées classiques, ndlr.]. Mais ce qui est important, c’est de maîtriser la thermodynamique, qui doit être adaptée et optimisée à chaque usage. On a tendance à dire que lorsqu’on intègre une brique dans un système, tout le monde perd 10% de rendement. Je fais le pari que nous serons à -5% seulement, grâce à l’optimisation système.
Qu’en est-il de l’idée de brancher vos électrolyseurs à des centrales nucléaires ? Certains réacteurs de quatrième génération, notamment, visent entre autres la production de chaleur à haute température…
Cette technologie pourra être utilisée pour le nucléaire et demain. La chaleur issue des réacteurs peut être valorisée par la techno Genvia. La production d’hydrogène est adossée à la transition énergétique et doit donc utiliser avant tout les énergies décarbonées, aussi bien les renouvelables que le nucléaire.
Quel sera le prix de la production d’hydrogène à haute température ?
Je ne communiquerai pas sur le prix actuel, car nous en sommes encore à la démonstration. Mais en 2030 nous serons en dessous de deux euros le kilo d’hydrogène pour une hypothèse de 40 euros du MWh d’électricité. Je le répète : Genvia n’est pas une startup donc nous voyons grand. La clé de ces gains sera la technologie mais aussi son industrialisation, et c’est pour cela que nous faisons tout en même temps.



