C’est confirmé. Emmanuel Macron mise sur les petits réacteurs nucléaires modulaires. C’est même le premier objectif de son plan France 2030, présenté le 12 octobre à l’Élysée. Et il est pressé. « Nous voulons faire émerger en France dès 2030 des réacteurs nucléaires de petite taille, innovants, avec une meilleure gestion des déchets. » Pour y parvenir, il est « prêt à y investir 1 milliard d’euros d’ici à 2030, en commençant très vite avec des premiers projets très clairs [….] dans des familles de technologies différentes ». Pour le détail de ces technologies, en revanche, il faudra attendre. Etonnamment, Emmanuel Macron semble persuadé que des innovations de rupture dans le domaine du traitement des déchets nucléaires seraient dans les cartons des instituts de recherche, de grandes entreprise, mais aussi d’ETI, de PME ou de start-up.
Produire massivement de l'hydrogène vert grâce à deux gigafactories d'électrolyseurs...
Sans surprise, « devenir le leader de l’hydrogène vert en 2030 » est le deuxième objectif du plan France 2030. Comme annoncé lors de la présentation, le 8 septembre 2020, du plan hydrogène (doté de 7,2 milliards, dont 2 milliards du plan de relance 2020-22), la France veut développer une filière industrielle de l’électrolyse. Elle doit pour cela « pouvoir compter au moins deux gigafactories d’électrolyseurs » d’ici à 2030. L'une sera construite par le belge John Cockerill sur son site d’Aspach-Michelbach (Haut-Rhin), sur lequel il a déjà annoncé un investissement de 38 millions d'euros pour une mise en service en 2025. L'autre doit être installée par McPHy à Belfort. (Territoire-de-Belfort). Ces électrolyseurs permettront ensuite de.produire « massivement de l’hydrogène » en 2030. Le problème est de savoir avec quelle électricité. Si la France peut compter sur son parc nucléaire, il ne sera pas suffisant. Son parc de renouvelables non plus. « On va produire de l’hydrogène en important des renouvelables », prévient Emmanuel Macron.
... mais aussi en importer
Mais même cela ne suffira pas. « On n’aura jamais en Europe suffisamment de production de renouvelables pour faire nos grandes électrolyses et produire de l‘hydrogène vert », reconnaît le président de la République. Selon lui, si la stratégie de la France est de produire beaucoup d’hydrogène vert chez nous, car nous avons la possibilité de faire de l’électrolyse décarbonée, nous devrons aussi « aller faire des renouvelables très loin pour produire de l’hydrogène vert et le réimporter ». La France rejoint donc la stratégie de l’Allemagne, qui le prévoyait d’emblée dans son plan hydrogène, réservant 2 des 9 milliards d’euros du plan à des investissements à l’international. Selon une source au ministère de l'Economie, le volet énergies renouvelables de France 2030 est doté de 2,3 milliards d'euros (dont près de 2 milliards entrent donc dans l'enveloppe du plan hydrogène de 2020).
Décarboner l'acier, le ciment, la chimie
Emmanuel Macron a aussi annoncé, en répétant à trois reprises un étrange lapsus, que « 500 millions d’euros seront investis dans les technologies de rupture dans les énergies "non" renouvelables, éoliennes terrestres et en mer et photovoltaïque » [toutes renouvelables, bien sûr]. Le triptyque hydrogène, nucléaire et énergies [renouvelables, donc] étant selon lui la base de la politique énergétique et surtout de la décarbonation de l’industrie, troisième objectif du plan France 2030. ArcelorMittal a par exemple un projet d'unité de production d'acier par réduction direct du minerai à Dunkerque (Nord) de 2 millions de tonnes par an, qui nécessiterait un investissement de l'ordre du milliard d'euros. Dans le ciment, les initiatives sont nombreuses mais on est encore loin de la neutralité carbone.
La France s’est en effet engagée à réduire de 35 %, entre 2015 et 2030, les émissions de l’industrie, « que l’on n’a réduit que de 4 % » à ce jour, reconnaît Emmanuel Macron. Pour atteindre l’objectif fixé, « cela veut dire transformer de nos grandes cimenteries et nos grandes aciéries pour réduire leurs émissions de CO2. Ce sont des investissements massifs, de plusieurs centaines de millions d’euros par site industriel. » Ce volet décarbonation de l'industrie lourde (chimie comprise) du plan France 2030 est doté, selon une source au ministère de l'Economie, de 5 milliards d'euros. Au total, ce sont 8 milliards d'euros qui sont alloués aux trois premiers objectifs.



