Chronique

Non, il ne manque pas la moitié des technologies pour lutter contre le changement climatique

Malgré sa popularité chez les décideurs, le message selon lequel la moitié des technologies nécessaires pour atteindre la neutralité carbone sont encore à inventer, est contestable. Si la R&D et l'innovation vertes sont nécessaires, leur place contre le changement climatique dépendra d'un arbitrage entre technologies et sobriété énergétique. 

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Daimler batterie
Parmi ces briques, dont les batteries nouvelle génération, l’enjeu est celui de la R&D pour gagner en maturité.

De Fatih Birol, le patron de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), à Bill Gates, en passant par les industriels parcourant le salon Vivatech, le mot d’ordre s’est répandu : pour le climat, point de salut hors la technologie. Pour preuve la dernière feuille de route de l’AIE, dont la publication fin mai a marqué les esprits, et souvent simplifiée en une idée phare.

Pour rester sous les 1,5°C degrés supplémentaires en 2100, près de la moitié des réductions d’émissions de gaz à effet de serre nécessaires pour atteindre la neutralité carbone en 2050 proviendront de technologies encore absentes aujourd'hui. Tout est-il à inventer pour ne pas brûler la planète ? En réalité, notre arsenal est déjà bien rempli. Le fameux rapport ne parle pas de technologies fictives, mais de briques non-disponibles commercialement, qu'elles soient au stade du prototype ou du démonstrateur.

Innovation et Sobriété

Parmi ces briques, dont l’hydrogène vert, les batteries nouvelle génération, les bioénergies ou encore le captage de carbone, l’enjeu est donc celui de la R&D&I (recherche, développement et industrialisation) pour gagner en maturité et être techniquement et commercialement viables au plus tard en 2030. Un plan insuffisamment financé, car seuls 25 milliards de dollars sont budgétés sur ces technos, quand il en faudrait 90 pour résoudre le problème des secteurs les plus durs à décarboner (comme le fret lourd ou la production de ciment et d'acier) chiffre l'AIE.

Mais faut-il mettre tout les oeufs dans le même panier, composé de technologies à venir. « Nous avons toutes les briques technologiques pour suivre la bonne trajectoire d’atténuation d’ici à 2030 et elles doivent être associées à une maîtrise de la demande énergétique », rappelle Julien Lefèvre, ingénieur au Centre international de recherche sur l’environnement et le développement. Référence aux panneaux photovoltaïques, aux éoliennes, aux voitures électriques et aux pompes à chaleur qui aident déjà à limiter nos émissions et qui doivent se multiplier. 

Surtout entre sobriété et innovation, un éventail de scénarios de transition est envisageable. Même l’AIE, qui fait le pari de la technologie, anticipe une part de sobriété, via l’amélioration de l’efficacité matière et un changement des comportements, comme la réduction des vols aériens, pointe le chercheur.  « D’autres scénarios plus ambitieux sur la sobriété reposent moins sur des technologies incertaines à développer et à déployer à grande échelle », insiste Julien Lefèvre, soulignant que ces futurs seraient aussi moins néfastes pour la biodiversité et la pollution de l’air. Paradoxe de l’urgence, il faut investir vite dans la R&D verte, mais elle ne suffira pas. 

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