Etude

Quelles technologies vertes subventionner (ou pas) pour sauver le climat ?

Pour les économistes Jean Tirole, Pascal Blanchard et leurs 24 confrères français et étranger réunis dans la commission sur « Les grands défis économiques », la lutte contre le changement climatique passe principalement par une taxe carbone mais l’innovation a aussi un rôle clé à jouer. La puissance publique doit soutenir la R&D dans les technologies vertes. Mais lesquelles ? Ils livrent une grille de lecture pour fixer des priorités.

 

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L'argent public doit irriguer en priorité certaines technologies vertes pour résoudre le défi climatique, comme celles favorisant les émissions négatives

En matière de subventions, la première recommandation des économistes, avant même de d’investir dans les technologies propres, consiste déjà à supprimer toutes celles qui alimentent les énergies fossiles. Ils les chiffrent à 6,5 % du PIB mondial et la France n’est pas exempte de ces pratiques avec la sous-tarification du gazole, des subventions versées aux compagnies aérienne à bas coût, les aides à l’exportation de Bpifrance pour des projets de prospection gazière ou des terminaux GNL… Et il semble bien difficile de s’en défaire. Ainsi, la hausse prévue du gazole pour les entreprises du BTP prévu pour le 1er juillet 2021 a été repoussée au 1er Janvier 2023 pour cause d’inflation sur les matériaux que subit déjà le secteur.

La commission classe les technologies favorables au climat en cinq grands domaines.

Elle estime que les gouvernements doivent en subventionner certaines de manière prioritaire, d’autres de manière complémentaire au secteur privé car la tarification du carbone remotivera leur intérêt, d'autres sont intéressantes mais doivent relever exclusivement du secteur privé,  enfin un dernier type de technologies est carrément à éviter.

1 - Les technologies à subventionner en priorité

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Les technologies vertes se substituant aux énergies fossiles

C’est-à-dire des technologies déployables à la bonne échelle qui permettent de produire et de stocker des énergies renouvelables. C’est sur celles-ci qu’il faut mettre le paquet pour faire baisser les coûts et rendre obsolètes les fossiles. Elles sont essentielles pour avoir un impact sur le changement climatique à l’échelle mondiale. Par un transfert de propriété intellectuelle, elles serviront des pays qui n’ont pas les ressources propres pour contribuer à la réduction des émissions de carbone. « Dans plusieurs régions du monde, les technologies renouvelables présentent déjà plus d’avantages que les combustibles fossiles, même en l’absence d’un prix du carbone, comme l’électricité photovoltaïque à Hawaï ou au Chili. »

Les technologies d’émissions négatives

Captage direct du carbone atmosphérique, stockage dans les sols agricoles, altération forcée dans des minéraux, investir sur ce sujet semble essentiel aux économistes tant pour s’assurer d’atteindre l’objectif de 2 degré de réchauffement que pour limiter l’ampleur des dommages causés par le réchauffement. La séquestration de carbone dans les sols et le boisement peuvent en effet avoir un effet additionnel pour atténuer les risques de tempêtes et d’incendies. Au-delà de fonds substantiels en R&D amont, la commission propose de lancer des grands concours internationaux d’innovation en garantissant l’achat d’émissions négatives à prix initial fixe (150 à 200 € la tonne de CO2 captée) pour les premiers projets capable de produire des émissions négatives peu coûteuses.  Cette démarche ne devrait pas concerner la séquestration d’émissions anthropiques pour la même raison que celles évoqués pour la captation de CO2 des centrales électriques. (voir partie 3)

2 - Les technologies à subventionner en partie

Les technologies d’économie d’énergie

Ce domaine va des led à la construction écologique, en passant par les grids ou  les processus de production moins énergivores. Aujourd’hui les pouvoirs publics financent la recherche et développement et la mise en œuvre de nombreuses technologies d’efficacité énergétique. La commission Tirole-Blanchard ne propose pas de lever le pied mais estime qu’il existe d’autres leviers comme la réglementation et les normes, comme celle par exemples sur les moteurs, les appareils ménagers … Là aussi une hausse du tarif du carbone devrait jouer un rôle pour accélérer les innovations du secteur privé. Les économistes alertent toutefois sur des secteurs réglementés comme la distribution de gaz naturel ou d’électricité qui seraient moins incités à l’innovation. (Que celui qui a compris comment économiser de l’énergie grâce à son compteur Linky se lève.)

3 - Les technologies qu’il ne faut pas subventionner

Les technologies réduisant les émissions des combustibles fossiles

Il s’agit principalement du captage et du stockage de CO2 dans les centrales électriques. Les économistes estiment que ce n’est pas à la puissance publique de les financer, car l’instauration d’une taxe carbone élevée dans les pays riches les plus en pointe contre le changement climatique incitera les entreprises privées à investir sur le sujet. D’autant qu’au final, ces techniques de captages peuvent continuer d’alimenter une économie de combustibles fossiles susceptible d’alimenter des fuites dans d’autres pays. « En d’autres termes, utiliser de l’argent public pour financer de la R & D en faveur du captage et de la séquestration du carbone, c’est subventionner l’Arabie saoudite et la Russie. Ainsi, nous nous prononçons contre l’usage de fonds publics pour la recherche et développement en lien avec les combustibles fossiles »

4 - Les technologies à éviter

Les technologies de géo-ingénierie

Modifier directement le climat semble un pari hasardeux et à n’utiliser qu’en dernier recours d’autant que cela ne résout pas la menace sur les écosystèmes, à savoir la hausse du CO2 dans l’atmosphère. « Au-delà de conséquences géopolitiques et environnementales très incertaines, cette technique peut nuire à la crédibilité et à l’engagement des gouvernements en matière de réduction des émissions »

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