Pour l’heure, ni la flambée des prix des matériaux de construction, ni l’allongement des délais de livraison ne semblent effrayer les particuliers. “On ne constate pas de reports de chantiers pour le moment. Les devis changent, avec des délais de validation de nos devis à dix-quinze jours, mais les particuliers n’annulent pas. Pour l’instant, on a beaucoup de questionnements. On pourra faire un bilan plus précis du volume de chantiers en 2022”, constate Jean-Christophe Repon, président de la Confédération de l'artisanat et des petites entreprises du bâtiment (Capeb).
“Suite aux différents confinements, les consommateurs ont de l’argent disponible. Il n’y a pas encore de décalage de chantiers, mais une plus forte anticipation : nous avons pris trois à quatre mois sur la conception des projets. Nous expliquons que les prix des matériaux ont augmenté, et qu’il faudra faire des arbitrages entre du parquet ou du carrelage, par exemple. Les rétro-plannings sont repensés. Il existe aussi des effets de substitution des matériaux”, précise à L’Usine Nouvelle Matthieu Burin, président d’Hemea. Cette start-up parisienne accompagne, pour un ticket moyen de 50 000 euros, des particuliers pour leurs travaux d’aménagement-rénovation.
Les maçons, les couvreurs et les plombiers pénalisés par les hausses de prix
76% des entreprises artisanales (moins de 20 salariés) du bâtiment et des travaux publics font part d’une hausse des prix des matériaux, indique la confédération d’après une étude menée en juillet auprès de 1700 adhérents. “Nous avons une marge un peu détériorée, mais les carnets de commandes s’allongent, donc les entreprises ne sont pas exsangues. Il y a eu une perte de rentabilité sur la durée des chantiers. Mais il n’y a pas eu de clash avec les clients”, indique, soulagé, Jean-Christophe Repon.
86% des entreprises de menuiserie-serrurerie, 81% des sociétés de couverture-plomberie-chauffage et 80% des entreprises d’aménagement-décoration-plâtrerie témoignent de fortes hausses de prix dans leurs secteurs respectifs, qui apparaissent comme les plus touchés. “La moitié des entreprises n’ont donc pas pu répercuter les coûts de façon systématique, leurs marges faisant office de variable d’ajustement”, précise le président de la Capeb.
26% des entreprises artisanales du bâtiment indiquent avoir pu répercuter l’impact de la hausse du prix des matériaux auprès de leurs clients. 39% n’ont pas pu le faire; et 26% “pas tout le temps”. Les artisans du bâtiment se satisfont de la mise en place, en juin dernier, d’une médiation intra-filière par l’intermédiaire du ministère de l’Economie, des Finances et de la Relance, et n’excluent pas de faire de nouveau appel au gouvernement si la situation devait perdurer.
Le niveau d’activité d’avant-crise déjà dépassé
57% des entreprises doivent par ailleurs faire face à des ruptures d’approvisionnement. La maçonnerie (67% des entreprises de ce secteur), la couverture-plomberie-chauffage (65%) ainsi que la menuiserie-serrurerie (60%) constituent les corps de métiers particulièrement concernés. 67% des entreprises font office de retards ponctuels de chantiers. 24% d’entre elles ont dû reporter des chantiers. 19% des entreprises concernées ont recours à des matériaux de substitution.
Cette double situation de difficultés d’approvisionnement et de renchérissement des matériaux intervient dans un contexte favorable pour l’artisanat du bâtiment. Au premier semestre 2021, l’activité a progressé de 0,5% par rapport à la même période de 2019. La hausse est de 37% par rapport au premier semestre 2020, très fortement marqué par l’impact du premier confinement. Entre 2019 et 2021, la hausse est de 2,2% sur le segment de l’entretien-rénovation, tandis que la construction neuve est en repli de 1,8%. 25 000 emplois devraient être créés, cette année, par les artisans du bâtiment.



