Vendredi 31 juillet, la Commission européenne a validé le projet de rachat par Alstom de Bombardier Transport, pour un montant établi à 6,2 milliards d'euros. Une opération qui pourrait contribuer à la création d'un géant du ferroviaire pour contrer la concurrence internationale du Chinois CRRC, notamment.
En contrepartie, Alstom a consenti à se séparer de son usine de Reichshoffen. Située dans le Bas-Rhin, le site emploie un peu moins de 800 personnes pour la production des trains régionaux Coradia Polyvalent. Cette plate-forme devrait également être cédée au repreneur, dont l'identité doit encore être déterminée. Trois concurrents européens se seraient déjà positionnés.
L'inquiétude de la CFDT
Pas de quoi, cependant, rassurer les syndicats. La décision de sacrifier l'usine de Reichshoffen est "dangereuse et incompréhensible", pour Patrick de Cara, délégué syndical CFDT au siège social Alstom, également représentant au Comité stratégique de la filière ferroviaire. Le syndicat ne cache pas son inquiétude quant à l'avenir du site et de ses salariés. "Même s'il devient un concurrent, on espère et on fera tout pour qu'il obtienne un repreneur qui lui assure un avenir pérenne. Certaines de ses commandes courent encore jusqu'en 2024 -2025", ajoute le délégué syndical.

- 1784.36+3.25
2024
Smic brut mensuel - moyenne annuelleen €/mois
- 145.1+0.21
Décembre 2025
Indice mensuel du coût horaire du travail révisé - Salaires et charges - Tous salariés - Industrie manufacturière (NAF rév. 2 section C)base 100 en décembre 2008
- 0.2-33.33
Trim 4 2025
Salaire ouvriers - Ensemble DE à RU% sur dernier mois du trimestre précédent
La CFDT compte également pousser le gouvernement à obtenir des garanties pour sauvegarder tous les emplois. "On s'assurera que personne ne soit laissé sur le carreau, promet Patrick de Cara. Les fournisseurs et sous-traitants, dont certains ont de gros problèmes de trésorerie à cause de la crise, doivent également être aidés. On aura besoin de tout le monde pour relancer le ferroviaire européen".
Même son de cloche du côté de Bombardier. "Tous les emplois doivent être garantis après le rachat. On aurait souhaité qu'il y ait plus de discussions entre le nouveau groupe et l'Union Européenne, pour créer un véritable Airbus du ferroviaire, complète Pascal Lussiez, délégué syndical CFDT chez Bombardier Transport. Il faut qu'un plan industriel et des synergies soient trouvés avec les autres constructeurs européens, Siemens en Allemagne et CAF en Espagne par exemple, pour contrer l'hégémonie de CRRC".
Le scepticisme de FO
De son côté, FO-Alstom fait le même constat. "Aucune information n’est donnée sur les « synergies » futures (réductions des coûts, doublons, etc…), pas plus que l’impact de cette opération sur les très nombreux sous-traitants dont certains sont totalement dépendants d’Alstom et de Bombardier. Aucune stratégie industrielle tant pour Alstom/Bombardier que pour le ferroviaire en France et en Europe n’est annoncée. Aucune garantie sur l’emploi n’est apportée tant côté direction d’Alstom que côté gouvernement… Leur silence devient assourdissant", estime le syndicat dans un communiqué.
Parce qu'il a versé d' "importants dividendes" en 2019, Alstom va "devoir assumer les besoins des deux avec les moyens d’un seul sans disposer de marge de manœuvre en cas d’événements imprévus", ajoute FO. "Cette opération est financièrement risquée, avec pour seul objectif d’être « plus gros » quitte à être amputé de certains de ses membres. Nous sommes donc très loin d’un « Airbus du rail » !"
Les doutes de la CGT
Pour la CGT, l'annonce de la création d'un nouveau géant du rail est une "totale supercherie". "Alstom rachète Bombardier Transport parce qu'il est en difficulté financière, mais on est encore loin de la création d'un Airbus du ferroviaire", explique Boris Amoroz, délégué syndical central de CGT Alstom. Prétendre vouloir concurrencer le Chinois CRRC est également une autre "supercherie". "Alstom et Bombardier ont de nombreux contrats avec CRRC. Celui-ci n'est pas plus un problème que les coréens ou les indiens, ajoute-t-il. La vérité, c'est que cette opération est réalisée sans perspectives, sans trop que l'on sache pourquoi".
La CGT se questionne également sur les intentions de la Caisse des Dépôts et Placements du Québec (CDPQ) qui, lors du rachat, va remplacer Bouygues en tant qu'actionnaire de référence. "Ses orientations restent encore très floues", précise Boris Amoroz. "L'intérêt financier de toute l'opération doit toujours être prouvée. Si cela devient impossible, Alstom devra faire des coupes pour trouver des financements. On s'inquiète à propos des deux usines de Valenciennes [qui emploient au total plus de 4 000 personnes, ndlr], dont l'une appartenait à Bombardier, qui toutes deux fabriquent les mêmes trains et métros. La production de locomotives DB Cargo se fera aussi en Allemagne, et non à Belfort".
Plusieurs demandes
Dubitative quant au projet de cession de Reichshoffen, la CGT demande à ce que le futur repreneur garantisse la pérennité du site. Son avenir n'était déjà pas rose avant le projet. Ses activités dépendaient entièrement de celles des autres usines", énonce le délégué syndical.
Si elle ne voit pas d'un bon oeil l'opération actuelle, la CGT a plusieurs revendications : "la mise en place d’une vraie stratégie industrielle, en France et en Europe, pour les industriels ferroviaires et les fournisseurs ; une implication de l’État français, voire des autres États européens, et de l’Union Européenne dans la définition de cette stratégie industrielle et dans Alstom ; une garantie et un développement de tous les emplois de l’industrie ferroviaire ; la création d de Groupement(s) d’Intérêt Économique (GIE) pour créer un vrai champion européen du ferroviaire", précise-t-elle dans un communiqué. "L'important, ce n'est pas de créer un géant européen du ferroviaire, mais de nouer des partenariats entre les différents industriels", conclut Boris Amoroz.



