Quels repreneurs pour l’usine Alstom de Reichshoffen, dans le Bas-Rhin ?

La direction d’Alstom a annoncé le 9 juillet avoir proposé à l’Union européenne de céder plusieurs activités du futur groupe après le rachat de Bombardier Transports, dont l’usine alsacienne de Reichshoffen. Les syndicats et les salariés sont abasourdis mais le nom du repreneur pourrait être connu rapidement.

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Régiolis
Les Regiolis seront toujours produits à Reichshoffen, mais par qui ?

La direction d’Alstom n’a pas l’intention de connaître la même mésaventure que pour le projet de fusion avec Siemens. Pour le rachat de Bombardier Transport, l'industriel ferroviaire français prend les devants, en espérant que le 31 juillet prochain la Commission européenne donne une réponse favorable et ne choisisse pas la phase 2 pour poursuivre les investigations. Dans l'espoir de constituer ainsi le premier groupe européen et numéro 2 mondial des transports, avec un chiffre d’affaires d’environ 15 milliards d’euros et 76 000 salariés.

Pour éviter des situations monopolistiques dans certains domaines, Alstom propose de céder certaines activités de Bombardier mais en France, le fait le plus marquant concerne la vente du site de Reichshoffen (Alsace) qui produit les trains Coradia Polyvalent (Regiolis).

"Nous sommes très en colère, il y a un sentiment d’injustice. Quand CRRC a été créé en fusionnant deux entreprises chinoises, personne ne lui a demandé de vendre des usines, proteste Patrick de Cara, délégué central CFDT. Là, on nous coupe un bras après nous avoir vendu qu’Alstom-Bombardier serait le concurrent numéro 1 de CRRC."

Des commandes jusqu’en 2024

C’est l’inquiétude pour les 780 salariés de cette usine, qui produit des TER, avec un plan de charge jusqu’en 2024 et qui devait fabriquer ensuite 100 à 300 trains Regiolis hydrogène. "Les salariés sont dépités et assommés, constate Boris Amoroz, délégué central CGT Alstom. Car il n’est pas évident qu’un repreneur se manifeste. Ce dernier n’aura pas accès à la production de bogies, du hardware électronique… Ce ne sera que de l’assemblage."

A la CFDT, on envisage des répercussions sur les autres sites. "C’est le mécano d’Alstom qui est en danger.Nous allons fragiliser tous les sites de composants" (Le Creusot en Saône-et-Loire, Ornans dans le Doubs, Tarbes dans les Hautes-Pyrénées).Si certains pensent qu’il aurait été préférable de vendre Crespin, le site de Bombardier dans le Nord, la direction considère pour sa part que la cession de Reichshoffen fait sens. "C’est le site qui peut être le plus facilement intégré dans un groupe, explique un porte-parole. Quant à la fourniture de composants, c’est un sujet à discuter avec les futurs acquéreurs."

Trois candidats européens

A Reichshoffen, on se sent trahi par Alstom, comme dans le passé (en 1995) par De Dietrich qui avait cédé le site à l’actuel leader français du ferroviaire, mais on a compris que les dés étaient jetés. "Notre site ne va pas fermer et il y a de l’activité pour des années avec les TER jusqu’en 2024, puis les trains à hydrogène même si Alstom n’a pas l’intention de céder les brevets, rappelle Daniel Dreger, délégué syndical CGT du site alsacien. Du coup, nous attendons avec impatience le nom du repreneur, si possible dès le 31 juillet."

Selon certaines sources proches du dossier, et en employant le conditionnel, trois concurrents européens d’Alstom seraient en bonne place pour reprendre Reichshoffen. 

L’espagnol CAF, déjà présent sur le marché français, qui possède une usine à Bagnères-de-Bigorre (Hautes-Pyrénées) et qui avait été écarté de manière surprenante lors de l’appel d’offres pour la méga-commande de RER nouvelle génération au profit d’une entente … Alstom-Bombardier.

L’allemand Siemens serait intéressé également. Il ne possède plus de site de production en France. Et ce serait une occasion de revenir.

Enfin, la surprise pourrait venir de Russie avec Transmashholding (TMH), société dans laquelle Alstom détient 33% du capital…

Un actionnaire de référence canadien

En attendant, la CGT s’inquiète aussi pour l’avenir de l’usine de Belfort (Territoire de Belfort ). "Bombardier a une activité forte de production de locomotives", rappelle Boris Amoroz. Et que se passera-t-il quand les carnet des commandes des deux sites nordistes de Crespin (Bombardier) et Petite-Forêt (Alstom) seront moins remplis ?

Mais le syndicat s’inquiète aussi pour l’actionnariat du futur groupe dans un communiqué publié le 10 juillet. "Le passage d’un actionnaire de référence européen, Bouygues, dont la stratégie se résumait pour Alstom à ponctionner un maximum de bénéfices à un actionnaire de référence québécois, la Caisse des Dépôts et Placements du Québec (CDPQ), secondé par des fonds financiers au premier rang desquels se trouve Blackrock, interroge. Ainsi, le premier groupe ferroviaire européen serait intégralement contrôlé par des groupes financiers non-européens alors que l’Europe est la région motrice du ferroviaire pour les années à venir, et que l’Union Européenne a consacré l’année 2021 "année du rail"", déplore la CGT.

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