Quelques jours avant le déconfinement, le DRH Groupe de PSA, Xavier Chéreau, a pris tout le monde de cours en annonçant dans une vidéo publiée sur LinkedIn qu’il envisageait de mettre en télétravail 3,5 à 4 jours par semaine, tous les collaborateurs de PSA non liés à la production. La CFDT du groupe automobile a sondé les cadres et techniciens concernés. Résultat publié le 22 juin : un sujet "clivant", conclut le syndicat, puisque 56% des 3372 répondants sont opposés au projet de télétravail massif, quand 44 % y sont plutôt favorables.
Quelques semaines plus tôt, un sondage de la CFE-CGC montrait 46% d’opposants à 4 jours de télétravail par semaine, 33% de personnes favorables sous certaines conditions, 15% de franchement favorables. Les salariés habitant dans un petit logement, notamment, ne souhaitent pas y passer l’essentiel de leur temps de travail… Selon les salariés interrogés par la CFDT, l’avantage principal du télétravail repose sur le temps gagné sur le trajet domicile-travail, cité à 80%, et l’économie sur les transports (51%). Autre enseignement intéressant : ce sont les sites pratiquant le plus le télétravail qui sont le plus hostiles à sa généralisation.
Sur la base du volontariat
Dans son allocution du 6 mai, Xavier Chéreau indique qu’il souhaite que le télétravail devienne "la référence" pour ses équipes. Une négociation est en cours avec les organisations syndicales pour en définir les contours, une réunion se tient d’ailleurs mercredi 24 juin dans l’après-midi. Leur principale attente : que le télétravail continue à se pratiquer sur la base du volontariat. A L’Usine Nouvelle qui l’a interrogée, la direction a répondu : "pour les salariés non intéressés, nous verrons au cas par cas pour bien comprendre leurs raisons". Il est impossible, de toute façon, d’imposer le télétravail à un salarié sans accord d’entreprise en-dehors d'une situation d'urgence.
Depuis 2017, chez PSA, il est déjà possible de télétravailler jusqu’à 3 jours par semaine. "Ce sont surtout les cadres et techniciens de région parisienne qui ont utilisé le télétravail, pour éviter de prendre les transports, indique Anh-Qan Nguyen, délégué central de la CFE-CGC. Les cadres supérieurs font très peu de télétravail, parce que dans la culture PSA, le chef doit être sur le terrain…" De plus, un accord autorise les salariés non-télétravailleurs (sans avenant à leur contrat de travail) à prendre jusqu’à 30 jours de travail à distance (TAD) par an.
7% sont en télétravail 3 jours par semaine
Bilan : en France, sur 12 000 cadres et ingénieurs et 8 000 techniciens, 18 000 peuvent théoriquement recourir au télétravail (2 000 interviennent directement en production). 3 900 ont un avenant de télétravail à leur contrat : 51% restent chez eux un jour par semaine, 41%, deux jours, 7% seulement prennent les 3 jours auxquels ils ont droit. La CFE-CGC défend donc l’idée de convaincre plus de salariés de prendre un à trois jours, avant de pousser tout le monde à en prendre quatre…
Même vision du côté de la CFDT, qui ne veut pas plus de 3 jours de télétravail par semaine. Dans son enquête, on voit que les salariés craignent avant tout la perte du lien social, mais aussi la rupture du lien managérial et les coûts induits. Les syndicats sont d’ailleurs dans les starting-blocks pour réclamer des grands écrans, des sièges ergonomiques, voire un dédommagement pour le chauffage que d’habitude ils coupent dans la journée. Ils craignent aussi que les risques psycho-sociaux ne deviennent invisibles, et que les progressions de carrière soient plus difficiles quand un manager ne verra son collaborateur qu’une fois par semaine. Le risque, surtout, est selon eux de rendre beaucoup plus facile l’externalisation, ou la réalisation dans des pays low cost, de certains tâches.
Déménagement du siège avancé
Ce développement massif du télétravail souhaité par la direction de PSA va dans le sens de sa stratégie immobilière, antérieure à la crise du Covid-19. Le siège de Rueil-Malmaison (Hauts-de-Seine), qui devait être abandonné en septembre, l’est dès à présent. A la sortie du confinement, les 700 salariés du siège ne sont pas retournés dans leurs anciens locaux. Ils seront progressivement répartis entre le site tertiaire de Poissy et celui de Vélizy (Yvelines). L’immeuble de PSA à Gennevilliers doit aussi fermer, et le personnel ira à Poissy.
Ces sites pratiquaient déjà le "flex office", un système dans lequel un salarié ne dispose pas d’un bureau personnel mais s’installe là où il y a une place. Il sera généralisé. "60 à 80% des effectifs ont une place, indique Anh-Qan Nguyen. La réduction de l’empreinte immobilière était déjà présente, la crise du Covid et le développement du télétravail l’ont accélérée."
Selon le DRH, il s’agit pour l’entreprise d’améliorer son empreinte carbone, en diminuant son emprise immobilière, et en réduisant les trajets domicile-travail. "Cette crise a été une opportunité pour accélérer notre transformation, pour tous les projets", affirme Xavier Chéreau. Toutes les équipes de PSA dans le monde sont concernées par cette massification du télétravail.



