« La cobotique a occupé les discours en 2010-2020, la décennie à venir sera celle de la robotique mobile. » Pour le nouveau responsable de la branche robotique France de Stäubli, Jacques Dupenloup, l’affaire est entendue. L’enjeu est celui de l’hybridation entre bras robotiques et robots mobiles autonomes (AMR). Les premiers juchés sur les seconds pour « prendre et déplacer des charges entre les machines, au sein d’usines où la mobilité sera de plus en plus présente ». Des sortes de droïdes manipulateurs donc, à l’image de Helmo : un bras collaboratif monté sur une plate-forme cylindrique (à la fois plan de travail et moyen de locomotion) présenté par le roboticien suisse dès 2018.
Le concept est ancien. Dès le début des années 2000, le laboratoire toulousain d’analyse et d’architecture des systèmes (Laas), expert de la robotique mobile, greffait un bras robotique sur son chariot autonome Hilare 2bis. Mais l’heure est à l’industrialisation. Gamme KMR chez Kuka, version mobile du robot à deux bras Yumi chez ABB, intégration de bras sur de multiples plates-formes mobiles tierces chez Fanuc, Yaskawa ou encore Universal Robots… Les grands roboticiens sont tous positionnés. Sans compter la multitude de start-up (Fetch Robotics, Pal Robotics, Hello Robot…), visant le plus souvent les services et la recherche.
De la ligne aux flux
Les AMR sont à la mode, mais la manipulation autonome est peu intuitive et ne trouve pas, pour l’instant, sa place dans l’organisation de la production.
— Frédéric Hélin, directeur du cluster Coboteam Auvergne-Rhône-Alpes
Une vague qui trouve son origine dans les progrès technologiques. Ceux de la cobotique d’abord, mais aussi de la robotique mobile, qui peut compter sur de meilleures batteries, des processeurs plus puissants et des algorithmes de repérage plus sophistiqués qu’il y a dix ans pour s’imposer. Ensuite, il s’agit simplement de coupler l’ensemble, souvent via des intégrateurs. « Nous prenons une base mobile, sur laquelle nous installons un bras collaboratif, qui peut se déplacer, identifier des points de repère à différents endroits grâce à une caméra et y travailler », décrit Bruno Adam, le directeur robots mobiles d’Omron Europe. Des manipulateurs mobiles « encore en partie à l’état de concept », précise-t-il. En quête d’usages, mais aussi de certifications suffisantes pour travailler en contexte industriel.
« Les AMR sont à la mode, mais la manipulation autonome est peu intuitive et ne trouve pas, pour l’instant, sa place dans l’organisation de la production », résume Frédéric Hélin, le directeur du cluster Coboteam Auvergne-Rhône-Alpes. Autrement dit, pour que ces assistants trouvent une utilité, l’agencement de l’usine devra être repensé, peut-être « en passant d’une production au long d’une chaîne linéaire à un système par îlots, de la ligne aux flux », juge Serge Nadreau, le directeur robotique d’ABB France.
« Il est possible d’imaginer une large flotte de chariots autonomes pour irriguer de manière flexible tout le système industriel et pouvoir le reconfigurer rapidement », envisage de son côté Olivier Cardin, le responsable de l’équipe pilotage et systèmes industriels du LS2N, à Nantes. En attendant cette transformation des usines, les laboratoires de chimie commencent à accueillir les assistants robotiques sur roues, bien adaptés pour traiter la multitude de micromanipulations que nécessitent les expériences.



