Commercialisée depuis une quinzaine d’années, la cobotique se distingue, sur le marché de la robotique, par une promesse : mettre l’automatisation à la portée de tous. Bien que minoritaires en volume (sur 377 000 robots industriels installés dans le monde, 18 000 cobots ont été vendus en 2019, selon Jacques Dupenloup, le directeur commercial France et Benelux du roboticien suisse Staübli), ces robots collaboratifs gagnent du terrain.
«Les tâches réalisées habituellement à la main sont dans les cordes du cobot», résume Adrien Poinssot, le directeur commercial France d’Universal Robots (UR). Il constate «un engouement des entreprises de l’emballage et du conditionnement pour la cobotique». La palettisation est montée dans le top 3 des applications des cobots du fabricant danois, qui a démocratisé ces bras polyarticulés et accapare plus de 50% du marché. Chez Omron, dont le premier modèle a été dévoilé en 2018, neuf cobots sur dix sont destinés à l’emballage. À l’été 2020, ils représentaient plus de 15% des ventes, le reste étant réalisé par les robots.
Encaissage et palettisation
«Les cobots sont rapides à installer, faciles à programmer et permettent d’ajuster au mieux les opérations entre le robot et l’individu», explique Adrien Poinssot. Déjà utilisés dans l’automobile et l’électronique, ils se révèlent particulièrement adaptés aux tâches de pick and place, d’encaissage et de palettisation. À l’ère des séries courtes et différenciées, ce robot collaboratif promet souplesse et compétitivité, deux impératifs renforcés par la crise du Covid-19.
«Les demandes de solutions visant à pallier l’absentéisme se multiplient», reconnaît Olivier Ledey, le responsable des marchés agroalimentaire et biens de consommation d’Omron. Recruter pour effectuer des tâches simples et répétitives s’avère aussi de plus en plus compliqué, notent de nombreuses entreprises de l’emballage. «La crise fait la part belle à l’automatisation», confirme Mathilde Derouet, la responsable marketing de l’intégrateur MG-Tech, qui conçoit et produit des lignes de conditionnement. Son carnet de commandes affiche complet jusqu’en avril. Et cela devrait se poursuivre avec les subventions proposées dans le cadre du plan France relance.
Programmation intuitive
À Fresnoy-le-Grand (Aisne), Sofresco, filiale du groupe Houtch, travaille avec deux cobots et envisage d’en acquérir un troisième. La PME spécialisée dans le conditionnement à façon pour l’agroalimentaire et la cosmétique a installé le premier en 2016. «Nous voulions supprimer les tâches répétitives et les risques de troubles musculo-squelettiques (TMS) et améliorer la compétitivité», résume Jean-François Leroux, le directeur du site. C’est un modèle UR qui a été retenu plutôt qu’un Kuka, plus performant, mais plus coûteux. «Nous n’étions pas en quête de cadences élevées, mais d’une solution flexible de fin de ligne pour gérer les petites et moyennes séries», explique le manager.
Le dénommé Musclor a remplacé une opératrice, devenue conductrice de ligne. Son bras préhenseur maison encaisse neuf étuis à la fois. Un peu plus loin, le «grand frère» empile des gourdes de compote dans des cartons. «Nous travaillons deux fois moins vite, mais deux fois plus longtemps, avec moins de personnel», témoigne Rémy Bachelet, le directeur adjoint, qui se félicite d’avoir réduit le coût de revient et gagné des marchés. Rapide à installer, l’automate se distingue des robots par une programmation intuitive fonctionnant sur un mode mimétique. Il suffit de lui prendre le bras et de lui faire exécuter le mouvement attendu. Paramétré pour encaisser le matin, il peut être reconfiguré pour palettiser le soir.
Quelques désillusions
Ce pragmatisme a séduit Albéa. En 2015, le fabricant d’emballages pour la beauté s’essaie aux cobots. «Ne pas avoir besoin d’expert en programmation est un grand avantage», souligne Philippe Soulis, son directeur industrie 4.0 et stratégie industrielle. Tout comme l’absence d’enceinte de protection. Mais l’espoir a laissé place à la désillusion. «Le cobot manquait de force pour assembler des pièces. Il se mettait en défaut dès que l’on élevait la cadence», se souvient le responsable.
Albéa découvre aussi que la flexibilité a ses contraintes. À chaque changement d’environnement, il faut procéder à une analyse de risque, nécessitant l’intervention du fabricant ou de l’intégrateur. Finalement, le cobot se révèle un frein plus qu’une opportunité. Le cas d’Albéa n’est pas isolé. «Il y a cinq ans, le marché était immature, rappelle Olivier Ledey (Omron). Des entreprises qui avaient fait des tests à grande échelle ont démonté leur équipement. Aujourd’hui, nous posons beaucoup de questions au moment de définir le projet et concluons parfois que le client n’a pas besoin de cobot.»
À Tours (Indre-et-Loire), dans l’atelier de conditionnement de Sanofi, les bras robotisés ont au contraire prouvé leur utilité. En juillet, le site a équipé la dernière de ses neuf lignes de conditionnement de comprimés sous blister. La palettisation assurée jusque-là par des opérateurs est désormais réalisée par des UR 10 d’Universal Robots, dont la compacité a été déterminante. «Nous avions un problème d’encombrement en bout de ligne, précise Sébastien Pain, le responsable de l’atelier. Installer des robots était impossible.»
M. de Coatpont La compacité des cobots a permis d’optimiser les processus. Un automate gère deux palettes simultanément et réduit la pénibilité et les risques de TMS. © M. de Coatpont
Les caristes retirent directement la marchandise tandis que le cobot charge une seconde palette, alors qu’auparavant les opérateurs devaient la déplacer pour en mettre une nouvelle. De deux personnes par ligne, l’organisation passe à trois pour deux lignes. «Nous accomplissons les mêmes tâches avec moins d’opérateurs, tout en réduisant les risques de TMS», se félicite le responsable. L’opération se traduit par un gain de 25% de compétitivité, sans nuire à l’emploi. Au cours des trois dernières années, Sébastien Pain a recruté neuf salariés pour répondre à une hausse d’activité.
© Florent Robert © Florent Robert
À chaque usage son budget
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BUDGET 30 000 à 80 000 euros
FONCTION Encaissage collaboratif
OBJECTIF Assister les opérateurs à la mise en caisse de produits. Coopérer, effectuer les tâches pénibles, répétitives et laisser à l’opérateur le contrôle qualité et les autres tâches à valeur ajoutée.
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BUDGET 70 000 à 120 000 euros
FONCTION Palettisation collaborative
OBJECTIF Concentrer les opérations humaines sur le processus de fabrication et laisser la manipulation sans valeur ajoutée au cobot. Déplaçable et réadaptable, une cellule collaborative peut travailler sur plusieurs palettes de format différent.
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BUDGET 120 000 à 200 000 euros
FONCTION Formage, encaissage et palettisation
OBJECTIF Flexibiliser le conditionnement en fin de ligne. Le cobot forme la caisse, la remplit, la ferme, l’étiquette et la palettise. Système adapté aux lignes à faible cadence.
Des financements pour s’équiper
Le 27 octobre, les ministres de l’Économie, des Comptes publics et de l’Industrie ont signé un décret précisant les modalités d’un soutien financier à la modernisation des PME et ETI industrielles. Dans le cadre du plan France relance, le gouvernement a alloué 280 millions d’euros à l’investissement dans les technologies de l’industrie du futur. L’aide, sous forme de subventions, se décompose en trois enveloppes : 40 millions jusqu’à la fin décembre, 140 millions en 2021 et 100 millions en 2022. «Si vous achetez une machine qui est dans la liste, vous envoyez la facture et recevez l’argent», résumait Agnès Pannier-Runacher, la ministre de l’Industrie, en présentant en septembre les mesures de soutien à la modernisation des usines.
«La Direction générale des entreprises nous a écoutés, reconnaît Olivier Dario, le délégué général du Syndicat des machines et technologies de production (Symop), qui a milité pour le principe de subvention. Avec cette mesure sur trois ans, on va au-delà de la crise. Les montants vont jusqu’à 40%, c’est une opportunité pour entrer dans l’industrie 4.0.» Les aides s’appliquent aux achats d’équipements neufs ou d’occasion pouvant être inscrits à l’actif immobilisé, dans huit catégories (robotique et cobotique, impression additive, machines de calcul intensif, capteurs, logiciels, réalité augmentée et virtuelle…).

Agnès Pannier-Runacher, la ministre de l’Industrie, à l’usine SFOB de Lagny-sur-Marne (Val-de-Marne), le 7 septembre. © G. Bassignac/Divergence
Une aide de minimis
Outre le soutien à la modernisation des PME, deux régimes d’aide sont mobilisables : un règlement de minimis, dans la limite de 200 000 euros, et l’aide temporaire Covid-19 (sous réserve de difficultés de trésorerie avérées), avec un plafond de 800 000 euros. Dans le cadre du régime de minimis, si l’entreprise n’a pas encore perçu ou demandé d’aide, elle peut bénéficier d’une subvention égale à 40 % de l’assiette éligible, dans la limite de 200 000 euros. Si elle en a déjà reçu une pour d’autres investissements, le montant accordé est déduit d’un solde de 200 000 euros. Pour en bénéficier, un dossier est à adresser à l’Agence de services et de paiement, qui gère le guichet unique.



