Malgré un rattrapage d’une partie de l’inflation, avec une hausse moyenne de 3,1% des salaires de la SNCF à l’été 2022, pour les syndicats, le compte n’y est pas.
Les contrôleurs (ou chef de bord) débutent une grève vendredi 2 décembre, pour tout le week-end, afin de défendre leur pouvoir d’achat et la reconnaissance de leur métier. Ils sont environ 10 000 au sein de la SNCF, dont 3000 sur les TGV et Intercités, prêts à reconduire leur mouvement pendant les fêtes de fin d’année s’ils ne sont pas entendus. Les syndicats ont été pris de court par cette grève, alors qu’un mouvement unitaire (CFDT, CGT, Sud Rail) est prévu le 7 décembre prochain, à la veille de l’ouverture des NAO (négociations annuelles obligatoires). «Nous revendiquons des augmentations générales, mais aussi une revalorisation des éléments variables, pour travail de nuit par exemple, confirme Thomas Cavel, secrétaire général de la CFDT Cheminots à L’Usine Nouvelle. Depuis la loi de 2018, les recrutements ne se font plus au statut et nous demandons des augmentations équivalentes pour ces salariés.»
De forts mouvements sociaux
Avec une inflation chiffrée à 6,2% en novembre 2022 par l’INSEE, les NAO de 2023 s’annoncent encore plus tendues que celles de 2022. Surtout dans les entreprises qui ont peu augmenté les salaires cette année. Chez GRDF, gestionnaire du réseau de gaz, un accord a été trouvé mi-novembre avec la CFDT, FO et CFE-CGC, pour une augmentation collective de 2,3%, des augmentations individuelles, une prime de partage de la valeur (PPV) et une prime conditionnée aux «bons résultats des salariés» selon l’entreprise gazière. Mais la CGT, qui n’a pas signé, demande plus et s’est lancée dans un mouvement de grève depuis plusieurs semaines, reconduit le 1er décembre. Les grévistes ont coupé l’alimentation en gaz de certains foyers, notamment en Ile-de-France, ou, c’est plus populaire, offert gratuitement du gaz à Marseille, Clermont-Ferrand et dans le Var.
Chez Sanofi, la hausse proposée est légèrement plus élevée que chez GRDF. La dernière proposition du groupe, faite le 28 novembre, inclut une augmentation générale des salaires de 3%, ainsi qu’une PPV de 2000€. La direction du géant pharmaceutique se heurte néanmoins à un conflit social, auquel participent plusieurs syndicats du groupe. «On exige une augmentation collective de 10 %», affirme Jean-Louis Peyren, coordinateur national de la CGT Sanofi.

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L’attribution de primes demeure un outil auquel font appel 35% des entreprises, selon une étude de Syndex, cabinet de conseil pour les CSE et organisations syndicales. Un outil efficace pour prévenir les mouvements sociaux ? C’est ce que l’on constate chez STMicroelectronics. «Nous devions nous joindre à un mouvement de grève annoncé par l’intersyndicale CGT le 29 septembre dernier, mais Jean-Marc Chéry, PDG de l’entreprise, nous a attribué une PPV de 1000€ le 28 septembre, nous coupant l’herbe sous le pied», explique Nadia Sahli, déléguée syndicale à l’UGICT-CGT STMicroelectronics.
Avancer les négociations pour mieux les mener
Les NAO de STMicroelectronics se dérouleront en mars 2023, dérogeant à une autre tendance remarquée cette année : l’avancement des dates de négociations. On rencontre ce cas de figure chez plusieurs grands groupes, dont Stellantis. À la demande des syndicats, le constructeur automobile a avancé la date des discussions au 1er décembre 2022, au lieu de février 2023. «L’objectif de cette journée est de négocier un accord équilibré tant pour les salariés de l’entreprise que pour la compétitivité de l’entreprise», commente sobrement le groupe. Alors que l’entreprise a enregistré des résultats record au premier semestre, les représentants des salariés militent pour une meilleure redistribution des bénéfices. La CFE-CGC dénonce «une politique salariale très modeste». En septembre, Stellantis avait annoncé le versement d’une PPV pour compenser l’inflation, mais plusieurs syndicats avaient alors rappelé l’urgence d’augmenter les salaires.
Chez Orange, la prochaine NAO a également été avancée d’un mois par rapport à la pratique habituelle, en janvier 2023. A l’issue de la précédente NAO clôturée en avril, la direction avait fini par décider unilatéralement d’une augmentation de la masse salariale de 3%. Un nouveau round de discussions à l’automne a ensuite abouti à la mise en œuvre d’une PPV de 900 ou 400 €, selon les seuils de salaire. Selon les calculs de Sébastien Crozier, président du syndicat des cadres CFE-CGC Orange, même en prenant en compte la PPV, ponctuelle, la hausse de salaire ne rattrape pas l’inflation actuelle. Lors de la NAO de janvier, la CFE-CGC Orange demandera donc un rattrapage de l’inflation de 2022. «Les marges de manœuvre ne sont pas très importantes», reconnaît Sébastien Crozier. Difficile d’augmenter les prix des abonnements des clients pour les opérateurs. «Mais continuer à appliquer une politique d’austérité salariale risque de générer un phénomène de désengagement ou de démissions», alerte le syndicaliste.
Des conditions uniques pour les négociations
Verallia a préféré anticiper. Plutôt que d’attendre les renégociations de 2023, une augmentation de 4,5% a été décidée en juillet, en plus du 1,8% distribué en janvier. L’inflation a été couverte en 2022, se félicite son patron, qui annonce une mise à jour début 2023.
Syndex, qui a analysé les procès-verbaux de 63 négociations de 2022 dans 18 secteurs différents, a découvert que 90% des accords étudiés intègrent des augmentations collectives. Très inhabituel. «On n’en a pas vu autant depuis vingt ou trente ans ! s’exclame Yoël Amar, expert en diagnostic social et économique pour Syndex. En moyenne, les augmentations collectives atteignent 2 à 2,5%. Le gâteau de la masse salariale reste inférieur à l’inflation.» D’où les appétits syndicaux pour 2023…
De son côté, le cabinet RH Mercer, dans une étude publiée fin novembre et menée auprès de 725 entreprises françaises, observe que les budgets d’augmentation pour 2023 sont au niveau de ceux de l’Italie et la Grèce, par exemple, alors que l’inflation est beaucoup plus faible en France. «Au quatrième trimestre, la médiane prévisionnelle des budgets d’augmentations pour 2023 devrait très certainement atteindre 4 ou 4,5%», avance Cyrille Bellanger, directeur conseil en rémunération chez Mercer France. Mais le contexte inflationniste crée des incertitudes. «Ces derniers mois ont été marqués par une forte indécision des entreprises, constate Cyrille Bellanger. C’est toujours extrêmement compliqué de savoir où va l’économie en 2023. »
Avec Simon Chodorge, Olivier Cognasse, Jonathan Grelier



