Safran, Toyota… Les entreprises revoient déjà à la hausse les augmentations de salaires

Les NAO (négociations annuelles obligatoires) à peine terminées, les entreprises se retrouvent déjà sous le feu de nouvelles revendications salariales, portées par une inflation à 5,2%. Safran a ajouté 1% aux augmentations prévues, Toyota 35 euros pour les plus bas salaires et une prime de 500 euros, Orange et Thales avancent les prochaines négociations à l'automne.

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Chez Safran, l'accord sur les salaires datait d'octobre 2021. Dépassé par l'inflation, il a été amélioré de façon unilatérale par la direction.

Il était l'un des premiers industriels à signer avec ses syndicats, en octobre 2021, un accord sur les augmentations de salaires annuelles. Et désormais Safran est aussi le premier à le revoir à la hausse, au vu du niveau atteint par l’inflation (5,2% en mai sur un an). « Toutes les organisations syndicales ont demandé, dès décembre, de revoir plus tôt que prévu l’accord signé en octobre, raconte Anne-Claude Vitali, déléguée syndicale centrale CFDT de Safran. Mais la direction souhaitait attendre les résultats trimestriels, fin avril, et mesurer l’impact de la guerre en Ukraine. »

L’accord d'octobre, signé à un moment où l’inflation n’était qu’à 1,8%, incluait une clause de revoyure, au 9 mai, au cas où l’inflation serait plus forte que prévu. Direction et syndicats se sont finalement revus le 21 avril, puis le 5 mai, jour de mobilisation syndicale sur plusieurs sites Safran. Pas de négociations, la direction a décidé unilatéralement d'augmenter l'enveloppe consacrée aux augmentations.

En octobre, l’accord, exceptionnellement, concernait toutes les sociétés du groupe, qui l’ont ensuite décliné localement. Il se traduit par une enveloppe d’augmentations de 2,7 à 3% de la masse salariale, selon les filiales, dont 1,5% d’augmentations générales pour les non-cadres, à partir du 1er janvier. La direction vient d’ajouter 1%, à partir du 1er juillet, ce qui correspondra à 0,5% de hausse supplémentaire sur l'année complète. « Ca ne suffit pas, nous avions demandé plus, et nous aurions aimé que les augmentations s’appliquent à partir de janvier, réagit Anne-Claude Vitali. Mais nous sommes satisfaits de la répartition de ces nouvelles augmentations, qui s'échelonnent de 1 à 3%, bénéficient plus fortement aux salaires les plus faibles. » Même les cadres vont bénéficier d’augmentations générales, ce qui n’avait pas été vu depuis longtemps.

Les bons résultats des entreprises réveillent les revendications

A Onnaing (Nord), Toyota avait aussi terminé ses NAO avant fin 2021. L'accord prévoyait une hausse de 4,66% de l’enveloppe globale, ce qui en faisait un des plus généreux de l’industrie. Pour les non-cadres, l’augmentation générale était de 2,6%, les augmentations individuelles se partageant les 2,06 % restant. Début mai, la CFDT a demandé par courrier une réouverture des négociations salariales, la CGT lançant plusieurs débrayages pour obtenir de nouvelles augmentations. « Au regard de l’inflation, mais aussi des bénéfices colossaux de Toyota, qui par ailleurs augmente le prix de vente de ses voitures et détériore les conditions de travail », explique Eric Pecqueur, secrétaire de la CGT (troisième syndicat). La direction a lâché une prime exceptionnelle de 500 euros nets pour tous, versée fin mai. Ce n'est pas une prime défiscalisée, puisque les primes Macron étaient closes le 31 mars. Puis une augmentation de 2,25% sur le salaire d'entrée, qui avait été rattrapé par le Smic début mai, soit 35 euros. La direction a décidé de verser ces 35 euros à tous les salaires inférieurs à 2665 euros, soit 1000 euros de plus qu'un Smic. Pas de quoi satisfaire la CGT, seul syndicat à ne pas avoir signé les NAO de décembre 2021. « Les prix vont continuer à augmenter, si les débrayages ne suffisent pas, il y aura forcément une grève totale. Dans une semaine ou quelques mois, mais il y en aura une », met en garde le délégué CGT.

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Le retour des clauses de revoyure

Face aux incertitudes sur l’inflation, les accords portant sur les augmentations de salaires prévoient de plus en plus souvent une « clause de revoyure ». Dans la grande distribution, notamment, Auchan et Carrefour l'ont prévue, voire déjà dégainé pour augmenter une nouvelle fois les salaires. Chez Orange, où la direction a décidé unilatéralement en avril une augmentation de 3% de la masse salariale, parce que les syndicats avaient refusé l’augmentation de 3,3% qu’elle proposait, les syndicats n’ont pas réussi à imposer la clause de revoyure qu’ils réclamaient. « La direction s’y refuse de façon dogmatique, regrette François Dechamps, en charge des NAO pour la CFE-CGC d’Orange. A la place, elle a prévu d’avancer les NAO à l’automne, alors qu'elles se tiennent habituellement en février. Vu l’inflation qu’on aura en fin d’année, elle aurait mieux fait de nous augmenter en début d’année ! En plus, l’augmentation de salaire de notre nouvelle directrice générale passe mal... Elle gagne plus que Stéphane Richard alors que la fonction de PDG a été éclatée et qu’un nouveau président a été nommé… » Les négociations pourraient s’ouvrir dès novembre.

Dans l’aéronautique, la plupart des accords viennent d’être signés, après des mois de mobilisations et de négociations tendues, sur fond d’inflation de plus en plus forte. « Un accord a été signé il y a un mois, ça va être dur de renégocier ! » reconnaît Cédric Guzman, délégué CGT de Dassault Aviation. Alors que deux syndicats (UNSA et CFE-CGC) avaient signé un accord avec la direction en décembre 2021, CFDT et CGT sont repartis au combat début 2022, jusqu’à un accord de fin de conflit trouvé début avril, rétroactif au 1er janvier. Sans avoir participé à la mobilisation, les cadres ont vu leur enveloppe d’augmentations passer de 3,75% de la masse salariale à 4,1%, au nom de l'inflation. Alors qu’il n’y avait pas de clause de revoyure dans l’accord de fin 2021, elle apparaît dans l’accord d’avril. Chez Dassault comme dans d'autres groupes de l'aéronautique, les syndicats espèrent que les mobilisations de début 2022 auront mis en garde les directions sur leur capacité à mobiliser sur la question des salaires. Et que les prochaines négociations se passeront mieux. D'autant que le nouveau gouvernement met la pression sur les entreprises pour qu'elles augmentent les salaires, alors que l'Etat prendra sa part dans la défense du pouvoir d'achat en présentant un projet de loi sur le sujet en conseil des ministres le 29 juin.

Chez Airbus, la négociation a abouti à des augmentations échelonnées : + 3,9% au 1er juillet 2022 et + 2,9% au 1er juillet 2023. Une clause de revoyure est bien prévue, mais au printemps 2023, pas avant. « Aucun syndicat n’a demandé une réouverture des négociations pour le moment, indique le délégué CFDT Bernard Tagneres. On est occupé à renégocier tous les accords sociaux, à intégrer la nouvelle convention collective de la métallurgie… Pourtant, 3,9%, ça ne couvre pas l’inflation ! » Chez Thales, les syndicats n’ont pas obtenu de clause de revoyure à l’accord signé en avril, après trois semaines de conflit. Mais les prochaines NAO se tiendront plus tôt que d’habitude, en novembre au lieu de janvier.

Les négociations annuelles se sont heurtées à la hausse automatique du Smic, prévue par la loi quand l’inflation atteint un certain seuil. Mais ce sont surtout les branches et leurs grilles salariales qui sont impactées. Depuis la hausse de 2,65% du Smic au 1er mai, après celle de 0,9% au 1er janvier, 146branches professionnelles, soit 85%, se retrouvent avec des minimas inférieurs au Smic, selon le calcul du ministère du Travail. Celles qui les avaient mis à jour après l'augmentation de janvier n'ont pas prévu de recommencer... Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT, dénonçant « une paresse patronale » pour mettre à jour les grilles de branches, réclame d’instaurer par la loi une augmentation automatique des bas de grilles, à chaque augmentation du Smic. Habituellement, les branches négocient leurs minimas une fois par an seulement. Le niveau actuel de l'inflation pourrait les pousser à être plus réactives.

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