D'ici à quelques années, Dunkerque (Nord) devrait accueillir les futures usines de batteries et de matériaux utilisés pour leur fabrication des groupes taïwanais ProLogium et chinois XTC, en co-entreprise avec Orano. En Nouvelle-Aquitaine, le japonais Toray a lancé l’agrandissement de son site de production de fibre carbone à Abidos (Pyrénées-Atlantiques), tandis que plus de 2 milliards d’euros vont être investis par le laboratoire danois Novo Nordisk dans l’extension de son usine de Chartres (Eure-et-Loir)….
Stabilisation du nombre de projets étrangers en 2023
En 2023, la France a accueilli 1815 projets d’investissements étrangers, selon le bilan annuel établi par Business France, l’agence chargée de l’internationalisation des entreprises et de l’attractivité, en 2023. En valeur absolue, il marque une hausse de 5% par rapport à l’année précédente, alors qu’en 2022, l’Hexagone avait battu un record historique, en attirant 1725 projets de créations de nouveaux sites ou d’extensions.
En réalité, le bilan est plus mi-figue, mi-raisin. En tenant compte d’un changement de méthodologie, la tendance qui se dessine est plus celle d’une stabilisation - à haut niveau - du nombre de projets. Business France comptabilise désormais les investissements des groupes étrangers en faveur de la décarbonation et la digitalisation de leurs sites existants, même lorsque ces projets ne créent pas de nouveaux emplois. Pas illogique alors que la compétitivité des usines pour l’avenir dépendant beaucoup de leur capacité à réduire leurs émissions carbone. Sans cette nouvelle méthodologie, qui gonfle de 112 les chiffres de 2023, le nombre d’investissements menés par des groupes étrangers serait en baisse de 1% sur un an. La tendance à la stabilisation est la même lorsque l’on regarde les emplois créés ou maintenus par ces décisions d’investissement, avec 59 254 emplois concernés en 2023 contre 58 810 un an plus tôt.
Les Etats-Unis toujours premier investisseur étranger
Ce tassement n’a rien d’étonnant. Pour les investisseurs, le contexte est devenu moins porteur, alors que les taux d’intérêt renchérissent le coût des projets. La Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (Cnuced) a pointé l’an dernier un recul de 23% des investissements directs étrangers pour l’Europe en général. Dans ce contexte, la confiance des investisseurs américains dans l’attractivité de la France commence à s’éroder, comme l’illustre le dernier baromètre annuel de l’AmCham, la Chambre de commerce américaine en France, publié le 28 février. Longtemps un atout du territoire, la disponibilité de la main d’œuvre joue moins en sa faveur pour les maisons mères outre-Atlantique, tandis que ses handicaps traditionnels, coûts salariaux et lourdeurs administratives, sont eux bien toujours là, rappelle l’AmCham.
Ces préventions n’empêchent pas les Etats-Unis de rester les premiers investisseurs étrangers en France. Malgré l’Inflation reduction act (IRA) américain, ils ont annoncé 305 projets en 2023 (17% du total et 28% des emplois). Derrière, l’Allemagne a représenté 15% des projets étrangers (272 projets), devant le Royaume-Uni (10 %), la Belgique et l’Italie, ex aequo avec 7% chacun.
Une forte progression des implantations de nouvelles usines
La bonne nouvelle concerne surtout la réindustrialisation. Déjà première destination des investissements industriels en Europe en 2022, le pays a enregistré un afflux significatif de projets d’usines l’an dernier. Sur les projets recensés, 593 ciblent des sites de production, soit une hausse de près de 30% par rapport à 2022, selon les décomptes de Business France. 11% de ces investissements concernent la décarbonation de sites déjà existants. Mais le nombre d’implantations de nouvelles usines est en forte progression et représente 25% des projets industriels en 2023, contre 12% l’année précédente. La majorité des investissements dans le secteur restent toutefois des extensions de sites déjà existants (62%), les reprises représentant les 2% restants.
L’Elysée voit dans cette attractivité du site France les retombées de sa politique pro-business menée depuis 2017. Les réformes du travail, la réduction à 25% du taux de l’impôt sur les sociétés et la baisse des impôts de production ont allégé les coûts pour les investisseurs et redoré l’image de la France dans les sièges mondiaux, tout comme les 54 milliards d’euros du plan France 2030. «Près d’un tiers des projets se font dans les filières stratégiques France 2030», souligne-t-on volontiers dans l’exécutif. Le crédit d’impôt industrie verte, créé par la loi industrie verte, constitue par ailleurs un nouvel argument pour attirer les usines, dans le secteur des technologies vertes.
Un recul des projets de R&D
Dans l’industrie, les investisseurs étrangers ont d’abord visé le secteur automobile (19% des projets industriels), devant les machines et les équipements (16%) et l’agroalimentaire (15%). Les investissements dans des centres R&D sont en revanche en recul, avec 170 projets recensés, contre le record de 191 en 2022.
De quoi justifier de ne pas relâcher les efforts. Promise en janvier par le Premier ministre, Gabriel Attal, une loi Industrie verte 2 doit encore accélérer les délais d’implantation des sites industriels, alors que la concurrence mondiale pour attirer les usines se joue aussi sur le foncier et la rapidité d'installation. Pour le gouvernement, attirer des investisseurs étrangers doit contribuer à renforcer le tissu industriel français. Un tiers des exportations tricolores sont déjà réalisées par des filiales de groupes étrangers implantées sur le territoire. Lors du sommet Choose France en mai dernier, grand rassemblement de patrons mondiaux autour d’Emmanuel Macron à Versailles, près de 13 milliards d’euros d’investissements étrangers avaient été annoncés. Il n’est pas certain que l’Elysée arrive à le dépasser cette année, dans un contexte beaucoup moins porteur et une concurrence de plus en plus exacerbée avec les autres zones d'implantation.



