A Versailles, 200 patrons étrangers et une pluie de milliards pour Choose France 2023

13 milliards d’euros d’investissements étrangers vont être détaillés lundi 15 mai par le président de la République lors de la sixième édition du sommet Choose France, un record. Parmi les projets, l’Elysée se félicite de l’annonce d’un site de fabrication de panneaux solaires à Sarreguemines (Moselle).

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Macron Sommet Choose France
Plus de 12 milliards d'euros d'investissements devraient être annoncés par le chef de l'Etat lors du sixième sommet Choose France.

Jusqu’à la dernière minute, les équipes de l’Elysée ont travaillé d’arrache-pied pour débloquer les dernières décisions d’investissement. Pour sa sixième édition, le sommet Choose France s’annonce comme un cru «record», se félicite l’entourage du chef de l’Etat. Le président de la République Emmanuel Macron va recevoir lundi 15 mai un peu plus de 200 patrons étrangers au château de Versailles. Une affluence là aussi supérieure aux années précédentes.

13 milliards d'euros de projets annoncés 

Après la séquence compliquée de l’adoption de la réforme des retraites, l’événement est l’occasion d’une démonstration de force de l’attractivité indiscutable de la France auprès des investisseurs étrangers. Au total, près de 28 décisions d’implantations totalisant 13 milliards d’euros d’investissement doivent être officialisées à l’occasion de ce sommet Choose France. Un montant supérieur aux 10,8 milliards d’euros annoncés lors des deux éditions organisées en 2022.

Emmanuel Macron s’est déjà réservé deux des plus belles annonces vendredi 12 mai, à l’occasion de son déplacement à Dunkerque : l’arrivée du fabricant taïwanais de batteries électriques ProLogium et de la co-entreprise entre Orano et le chinois XTC. Le premier doit investir 5,2 milliards d’euros dans une gigafactory de batteries, la quatrième localisée dans les Hauts-de-France. Le site devrait créer 3000 emplois. Les seconds vont implanter dans la cité portuaire nordiste une unité de production de matériaux de cathode et de précurseurs, qui servent de matières premières à la fabrication de batteries. L’usine devrait représenter 1,5 milliard d’euros d’investissements pour 1000 nouveaux emplois.

Une usine de panneaux solaires en Moselle

Les autres annonces les plus spectaculaires concernent le secteur de l’énergie. La start-up du nucléaire Newcleo va investir 3 milliards d’euros dans les prochaines années en France pour y développer son petit réacteur nucléaire SMR, et a déposé un dossier dans le cadre de France 2030. Autre bonne nouvelle fortement symbolique : la start-up Holosis, issue des rangs de l’EIT Innoenergy, prévoit d’installer une usine de production de cellules et modules photovoltaïques à Sarreguemines (Moselle) pour un montant de 710 millions d’euros. Elle va remplacer le projet de Rec Solar, qui prévoyait lui aussi des panneaux photovoltaïques à Sarreguemines, abandonné en 2022 par le groupe indien. A l’horizon 2027, 1700 emplois pourraient être créés par le projet d'une capacité de 5 GW.

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S’y ajoutent aussi un investissement de 66 millions d’euros du fabricant de câbles italien Prysmian, qui dispose déjà d’usines dans l’Yonne pour y augmenter sa capacité de production de câbles très haute tension. Mais aussi l’ouverture d’un centre de R&D sur le plateau de Saclay pour la start-up allemande Marvel Fusion, qui travaille sur la fusion nucléaire. Ces implantations sont d’autant plus stratégiques pour l’Elysée que la concurrence dans le monde autour de ces projets d’industrie verte s’est intensifiée depuis le déploiement de l’inflation reduction act l’été dernier.

Plus d'un milliard d'euros d'investissements dans la santé 

Près d’un milliard d’euros d’investissements vont être réalisés par ailleurs dans le secteur de la santé, pour la plupart par des groupes déjà bien implantés en France. Pfizer, qui avait déjà annoncé 500 millions d’euros d’investissements dans ses sites français, va à nouveau engager 500 millions cette année dans l’Hexagone. Idem pour le laboratoire britannique GSK qui doit étendre la capacité de production de trois de ses sites industriels pour un montant de 400 millions d’euros. D’autres investissements vont être réalisés par les laboratoires italiens Chiesi sur son usine de Chaussée-Saint-Victor (Loir-et-Cher) et Sapio, qui promet 200 millions d'euros d'investissements sur trois ans.

Dans les transports, le groupe italien Iveco prévoit d’étendre ses sites d’Annonay (Ardèche) et Bourbon-Lancy (Saône-et-Loire). L’équipementier automobile allemand Continental devrait créer 500 nouveaux emplois, notamment sur ses deux centres de R&D de Toulouse et Rambouillet. Il faudrait encore mentionner l’arrivée de l’entreprise agroalimentaire sud-coréenne SIAS dans le Bas-Rhin, l’extension de l’usine de laine de verre de l’allemand Knauf à Illange (Moselle), la création de 500 emplois par Nokia entre ses sites de Paris-Saclay et Lannion ou l’ouverture d’un centre sur l’IA collaborative par l’Américain Palantir...

De nouveaux participants à Choose France

L’Elysée espère faire encore grossir cette liste à l’issue du sommet de ce lundi. Et maintenir ainsi le rang de la France comme première destination européenne pour les investisseurs étrangers confirmé par le baromètre EY qui fait référence. L’objectif de cette réception en grande pompe de patrons étrangers sous les ors de la galerie des glaces est de leur vanter les vertus du site France et de les convaincre d’y localiser leurs prochains projets. D’où l’importance accordée par l’Elysée au fait que la moitié des patrons reçus - représentants 50 nationalités différentes dont 20% de Nord-Américains et 15% d’Asiatiques – participent pour la première fois à Choose France. «Il y a un cercle vertueux : quand vous obtenez de belles signatures, vous attirez d’autres bons investissements», résume Laurent Saint-Martin, le directeur général de Business France.

L’arrivée de ProLogium à Dunkerque est, pour l’Elysée, l’illustration du bien-fondé de sa méthode. Le PDG du groupe taïwanais Vincent Yang avait rencontré Emmanuel Macron en tête-à-tête lors de la précédente édition du sommet, en 2022. «L'objectif est de recevoir des patrons qui ont des projets d'investissement en cours de confirmation et pour lesquels on estime qu'une demi-heure de temps présidentiel peut être de nature à déclencher un investissement», analyse un conseiller. Cette année, outre les PDG de Disney et des laboratoires pharmaceutiques Pfizer et NovoNordisk, Emmanuel Macron devrait rencontrer en tête-à-tête le PDG du conglomérat thaïlandais Charoen Pokphand group, très présent dans l’agroalimentaire, et la PDG de Solvay. Une façon de lire les projets sur lesquels l’administration fonde le plus d’espoir.

Au total, 400 rendez-vous individuels devraient avoir lieu à Versailles, avec des membres du gouvernement ou le chef de l’Etat. «Vu de l’étranger, l’implication et l’incarnation du chef de l’Etat changent tout selon les patrons que l’on rencontre. Ils ont besoin d’être rassurés sur la trajectoire d’un pays», commente Gil Avérous, le maire de Châteauroux, dont le territoire est en balance avec d’autres pays européens sur plusieurs projets d’investissements qui doivent être validés d’ici à l’été.

Pas d'usine de Moderna dans les projets annoncés

Pour les convaincre, Emmanuel Macron va pouvoir vanter sa stratégie d’accélération en faveur de l’industrie verte, tout juste dévoilée à l’Elysée jeudi 11 mai. Inscrit dans la prochaine loi de finances, le crédit d’impôt industrie verte, de 25 à 40 % du montant des investissements, devrait permettre à Paris de s’aligner encore davantage sur le niveau de subventions accordées par les Etats-Unis aux projets d’usines de panneaux solaires ou de batteries électriques. Et le gouvernement promet de mettre le paquet pour réduire par deux les délais d’implantations en France, l’un des points noirs encore de l’attractivité du territoire, et d’accélérer la mise à disposition de très grands sites.

Mais la bataille pour attirer des usines reste rude. La liste des projets dévoilés lors de cette édition de Choose France compte un grand absent : Moderna. Le laboratoire américain de biotechnologies discute depuis des mois avec plusieurs Etats européens, dont la France, autour de l’implantation d’une usine de vaccins ARNm, multi-produits, dans l’Union européenne. Mais rien ne semble encore fixé. «Le dossier n’est absolument pas enterré» et «continue à être suivi de très près», souffle-t-on à l’Elysée. Moderna sera également représenté à Versailles lors de cette édition de Choose France et «il y aura des échanges bilatéraux», indique encore un porte-parole de l’Elysée. Mais pas avec le président de la République. Même chose pour le constructeur automobile chinois BYD, qui prospecte depuis plusieurs mois pour installer sur le vieux continent un site d’assemblage de véhicules électriques. Il pourrait mettre le cap sur l’Espagne, selon la presse ibérique.

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