Cela n’a encore rien à voir avec le "french bashing" que le pays avait connu il y a dix ans, lorsque l’image de la France était au plus bas dans les sièges des grandes multinationales. Mais l’attractivité de la France se dégrade pour les investisseurs américains. Pour la deuxième année consécutive, le baromètre annuel de la chambre de commerce américaine en France (AmCham), qui a interrogé 140 de ses entreprises membres présents dans tous les secteurs économiques, pointe une dégradation de l’image de la France auprès des maisons mères américaines, qui restent les premiers investisseurs étrangers dans l’Hexagone.
En 2023, 52% des filiales françaises estimaient que leur direction mondiale conservait une bonne image de la France. En 2022, ils étaient 58% à faire ce constat et 64% en 2021. Dans le même temps, la part de dirigeants recommandant la France comme destination d’implantation est à son plus bas niveau depuis 2016.
«Il y a pas mal de bonnes nouvelles : les indicateurs macroéconomiques semblent tenir, un socle d’entreprises pense que la France a toutes les cartes en main pour réussir. Mais on ne peut ignorer les messages d’alertes», reconnaît Marc-André Kamel, membre du board de l’AmCham et associé du cabinet Bain & Company. A court terme, les entreprises américaines implantées en France estiment que leurs perspectives d’activité à horizon deux ou trois ans se sont améliorées depuis 2022, bousculées par la crise énergétique et la guerre en Ukraine. Elles sont aussi un peu plus nombreuses que l’année dernière à prévoir d’augmenter leurs effectifs tricolores (32% contre 27% en 2022).
La France n’a pas perdu tous ses atouts. La qualification de la main d’œuvre, les infrastructures, le contexte économique, restent plébiscités par les groupes américains. L’approvisionnement énergétique et le coût de l’énergie sont aussi vus comme un facteur positif par rapport aux autres destinations européennes potentielles. Mais les coûts salariaux, la lourdeur de la législation sociale et les coûts du licenciement exaspèrent les entreprises américaines, même si elles reconnaissent que la France a fait des progrès sur ces deux derniers freins. «Il y a une polarisation. Les forces de la France deviennent plus fortes et les irritants de plus en plus irritants», souligne Marc-André Kamel, d’autant plus que l’inflation et la hausse des taux tendent la situation financière des groupes américains.

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Inquiétude sur la disponibilité de la main d'oeuvre à long terme
L’attractivité du pays se dégrade aussi dans l'un des domaines qui a longtemps constitué un de ses points forts : la disponibilité de la main d’œuvre, qui est un des critères importants de choix de destination des investissements. Les investisseurs américains considèrent désormais que celle-ci est devenue un frein à leurs projets d’investissements. En 2022, 98% des investisseurs américains ont rencontré des difficultés de recrutement, à tous niveaux de qualification. Pour 2023, les difficultés concernent encore 92% des répondants. Or, les groupes américains estiment que ces difficultés risquent de s’accentuer à long terme. Près de la moitié d’entre eux jugent que la France ne forme pas assez aux métiers d’avenir dans le numérique ou la transition écologique.
Autre point de vigilance : la concurrence des subventions massives de l’Inflation reduction act, le grand plan de soutien en faveur de l’industrie verte, pourrait aussi freiner les décisions d’investissements en dehors des Etats-Unis pour près de 28% des filiales françaises. Pour maintenir la France au premier rang des destinations des investisseurs étrangers en Europe, il va falloir «maintenir la dynamique pro business et envoyer un signal fort en concrétisant les réformes déjà engagées», plaide la présidente de l’AmCham et de Disneyland Paris Natacha Rafalski. Ils encouragent en particulier le gouvernement à accélérer en matière de simplification et à limiter les sur-transpositions de réglementations européennes.
Les chantiers de simplification prioritaires
«Il n’y aura pas de passage à l’échelle sur la réindustrialisation sans simplification massive des contraintes administratives», renchérit Natacha Rafalski, qui appelle à ne pas toucher au Crédit d’impôt recherche et à supprimer effectivement la CVAE en 2027. Assouplir encore le droit du travail, garantir un accès à un tarif stable à l’énergie, accompagner le déploiement de l’IA et renforcer les formations aux métiers de demain doivent aussi permettre de renforcer l’attractivité tricolore.
Des préoccupations qui recoupent en partie les chantiers prioritaires lancés par le gouvernement pour les prochains mois. Notamment sur la simplification : le Premier ministre Gabriel Attal a annoncé une loi «Industrie verte 2» afin d’accélérer les implantations d’usines et Bercy planche sur son grand chantier de simplification. Une loi d’attractivité pour la place financière est aussi en cours de finalisation, qui doit faciliter l’implantation de banques étrangères. Pas de quoi pourtant convaincre les investisseurs américains. Interrogés par l’AmCham, les deux-tiers d’entre eux reconnaissent douter de la capacité du gouvernement à mener les réformes identifiées d’ici à 2027.



