La hausse des prix de l’énergie et le retour de la guerre en Europe instillent le doute chez les entreprises américaines présentes en France. Selon le dernier baromètre annuel réalisé par la chambre de commerce américaine en France (AmCham) auprès de 135 de ses membres, 22% des filiales de groupes états-uniens implantés dans l’Hexagone anticipent une évolution positive de la situation économique dans leur secteur d’activité dans les deux à trois prochaines années. Un chiffre à mettre en regard des 74% recueillis en 2022 en réponse à la même question. Le nombre de filiales anticipant une dégradation de la situation économique est passé dans le même temps de 4% à 34% des répondants, le niveau le plus élevé en sept ans.
«Les turbulences actuelles renforcent les incertitudes pour les investisseurs américains. Mais ces difficultés ne sont pas propres à la France», tempère Marc-André Kamel, le vice-président de l’AmCham et associé du cabinet Bain & Company. Mais, pour l’instant, «l’attractivité du territoire reste bonne pour les maisons mères comparées à d’autres destinations». Dans les sièges de l’autre côté de l’Atlantique, qui restent les premiers investisseurs étrangers dans l’Hexagone, l’image du territoire est en léger repli en 2022, mais la glissade est limitée. 58% des groupes états-uniens considèrent la France comme attractive, contre 63% l’année précédente. Plus prudents, les investisseurs américains ne retombent donc pas encore dans le «French bashing» qui avait fait plonger leurs intentions d’investissement entre 2010 et 2015.
Une stabilité des effectifs
Le président de l’AmCham Bijan Eghbal «n’observe pas de désinvestissement de la part des entreprises américaines. En trois ans, celles-ci sont passées de 420 000 à 510 000 emplois en France». La majorité prévoit de maintenir à un niveau stable les effectifs. 27% prévoient encore des recrutements nets dans les deux à trois années à venir. Mais un tiers juge que la flambée des prix de l’énergie va limiter leurs investissements prévus.
Les subventions et crédits d’impôt massifs de l’Inflation reduction act, qui font tant peur à l’industrie européenne, pourraient pourtant inciter certains groupes à favoriser des investissements en Amérique du Nord. «L’Inflation reduction act aura probablement un impact, mais beaucoup d’entreprises continuent de voir l’Europe comme un marché très important. Par ailleurs, si la France se maintient comme le pays le plus attractif d’Europe, elle sera la dernière à pâtir de cette concurrence», veut croire Marc-André Kamel.
Le mix énergétique et l’importance de la part de l’énergie décarbonée dans sa production d’électricité figurent toujours parmi les atouts de la France aux yeux des investisseurs américains, malgré la flambée des prix en 2022. «Dans l’esprit des dirigeants, ce critère est aussi important que les progrès en matière de fiscalité pour l’attractivité de la France», pointe le vice-président de l’AmCham. L’Hexagone est toujours pénalisée selon les investisseurs états-uniens par le coût du travail, scruté de plus près cette année en raison des pressions inflationnistes fortes. De quoi légitimer la réforme des retraites aux yeux des groupes américains. «Limiter le coût nominal du travail sera difficile. Mais il faut trouver des solutions pour travailler plus, en augmentant l’emploi des seniors ou en assouplissant le temps de travail», s'aligne l’AmCham. Cela devrait aussi jouer sur la disponibilité de la main-d’œuvre. L'enjeu est en train de s'imposer en haut des agendas des investisseurs étrangers. «Les tensions sur les compétences augmentent partout dans le monde. Pendant longtemps, la disponibilité de salariés bien qualifiés a été un des atouts de la France. Il faut le conserver», pointe Marc-André Kamel.



