Les fabricants français de machines et de biens d’équipement profitent des hausses de prix en 2022

Evolis, qui fédère les producteurs de machines et biens d’équipement pour l’industrie, a présenté son bilan 2022, qui anticipe une croissance de 5 à 10% du chiffre d’affaires du secteur. Si celui-ci bénéficie d'un effet prix grâce à l'inflation, l'organisation professionnelle reste optimiste pour 2023.

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Si les ventes de biens d'équipements affichent de belles performances, c'est en partie lié à un "effet prix" artificiel dû à l'augmentation des prix des composants et qui ne dit rien de la santé des entreprises fabricantes de machines.

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, «2022 est globalement une bonne année». Ce constat est d’autant plus réjouissant pour l’industrie française qu'il est dressé par Rudolph Ganzel, directeur économique de l’organisation professionnelle Evolis, qui fédère les fabricants de machines et biens d’équipement pour l’industrie, un secteur dont la santé économique témoigne directement de l’investissement consenti par les clients: les entreprises industrielles.

A gros traits, Evolis estime que selon les secteurs, la croissance moyenne du chiffre d’affaires de ses entreprises adhérentes (calculée à partir des prises de commandes) oscillera entre 5 et 8% à la fin de l’année, selon un bilan provisoire pour 2022 dévoilé jeudi 1er décembre. La fédération dit rester confiante malgré les incertitudes pour 2023.

Des ventes dopées par les exportations

«Il y a un effet prix important en raison de l’inflation, qui fait mécaniquement gonfler le chiffre d’affaires et permet à de nombreux secteurs d’afficher des croissances à deux chiffres, modère Rudolph Ganzel. Mais même en soustrayant cet effet prix pour regarder les volumes, on retrouve des moyennes entre 0 et 5% et très peu de secteurs en retrait.» Des chiffres principalement poussés par l’export (autour de +10%), alors que le marché français est un peu moins dynamique (en croissance de 3 à 4%).

Du côté des machines-outils, l’un des secteurs suivi précisément par Evolis (qui rassemble 600 entreprises adhérentes au sein trois organisations professionnelles que sont le Symop pour les machines industrielles, Cisma pour la manutention et le BTP et Profluid pour les pompes, agitateurs et compresseurs), le marché devrait connaître une croissance de 6 à 7% (avec un effet prix qui devrait être de l’ordre de 5 points) en 2022, puis de 4% en 2023, pronostique l’organisation professionnelle.

Une bonne nouvelle pour le secteur dont les ventes en France, selon les chiffres consolidés d’Evolis parus à l’automne, étaient en croissance de 26% à 1,08 milliard d’euros, après une baisse de 29% en 2020. Une dynamique en partie tributaire d’importations puisque la production française de machines-outils, elle, a atteint 800 millions d’euros (+18%) en 2021, après une baisse de 31%.

L’auto porte la demande, la chimie et l'agro à la peine

Dans le détails des secteurs clients, le bâtiment, quelques secteurs industriels tels que l’aéronautique et l’automobile (porté par le boom de l’électrique), et l’automatisation logistique ont les meilleurs résultats. «Dans le BTP, on a même des adhérents ravis, avec un carnet de commandes à 10 ou 11 mois, car le secteur doit renouveler son parc matériel», témoigne Rudolph Ganzel, en soulignant que l’activité ne s’est pas arrêtée. A l’inverse, «d’autres secteurs, comme la chimie, l’agroalimentaire et l’emballage, sont impactés par les prix de l’énergie et revoient leurs investissements à la baisse», liste l’expert, qui estime que ces filières devraient afficher des investissements productifs «en retrait l’année prochaine».

Ce bon bilan ne doit pas faire oublier qu’en fin d’année, «les taux d’utilisation des capacités de production [des adhérents d’Evolis, ndlr] sont stables mais en dessous des niveaux moyens», écrit l’organisation professionnelle, qui note que seule l’industrie automobile et la fabrication d’autres matériels de transport prévoient une augmentation de leurs dépenses d’investissement.

Incertitudes mais «confiance» pour 2023

«Notre prévision en volume pour 2023 est à peu près identique à 2022, voire en très légère baisse par rapport à cette année», chiffre Rudolph Ganzel, qui souligne qu’en termes de chiffre d’affaires (sans correction de l’inflation), «la tendance reste encore bien orientée pour 2023, avec des évolutions entre +5 et +9% globalement pour l’ensemble des secteurs». Un constat marqué par les «incertitudes», reconnaît l’expert, pour qui les impératifs de décarbonation et d’amélioration de la production favorisent tout de même les investissements face au vieillissement des flottes et du matériel.

«Dans des périodes économiques troublées, les clients cherchent des solutions pour être plus compétitifs, se distinguer et éventuellement gagner des parts de marché», note l’économiste. Il assure cependant rester confiant, et constate même «un contraste entre ce que l’on entend de la situation dans les médias, qui parlent des risques de récession, et ce dont témoignent beaucoup d’industriels, qui ont des carnets de commandes forts et des perspectives de développement.» Un optimisme à moyen terme, qui pourrait néanmoins faillir face aux difficultés de l'hiver à venir.

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