Pour devenir “le champion français de la machine-outil”, le groupe d'ingénierie Fives a racheté fin octobre une partie des activités d’usinage du groupe Dufieux (Isère) à la barre du tribunal de commerce. Une opération qui vient alimenter un portefeuille déjà garni. En 2019, l’activité machines-outils du groupe représentait 414 millions d’euros de chiffre d’affaires, pour quelque 2 000 collaborateurs dans le monde. Pour comprendre la stratégie de l’ingénieriste, habitué des rachats de savoir-faire technologiques, L’Usine Nouvelle s’est entretenue avec Raphaël Constantin, président de la division High precision machines du groupe.
L’Usine Nouvelle. - Vous avez annoncé le 28 octobre la reprise de Dufieux à la barre du tribunal de commerce. Comment allez-vous l'intégrer ?
Raphaël Constantin. - Nous n’avons repris qu’une partie des actifs de Dufieux. L’offre de reprise que nous avons déposée concerne 25 personnes, sur un total de 65, ainsi que toute la propriété intellectuelle et les technologies, des machines de démonstration qui servent aussi à la production, et enfin la marque Dufieux. Pour que la reprise soit pérenne et dans un souci de préserver les compétences, nous resterons dans le même atelier, à Echirolles (Isère). Il sera intégré à Fives Machining SAS et deviendra notre centre d’excellence pour l’usinage de tôles minces.
A quoi servira cette acquisition ?
Tout d’abord, nous sommes attachés à l’histoire de l’industrie française. Dufieux est une entreprise avec 50 ans d’histoire, créée par des anciens de Forest-Liné [un spécialiste français de l’usinage de grande dimension racheté par Fives en 2013, ndlr]. Nous ne voulions pas la voir disparaître ou passer aux mains de capitaux étranger. Par ailleurs, Dufieux est l’un de nos concurrents sur les machines-outils 5-axes, mais est complémentaire dans d’autres activités. Il a notamment développé avec Airbus le Mirror miling system (MMS). Une technologie qui permet de remplacer l’usinage chimique de tôles minces par des procédés mécaniques, et donc de réduire l’impact du procédé sur l’environnement. Acquérir cette techno nous permet d’enrichir notre offre. Enfin, nous voulons créer le champion français de la machine-outil pour accompagner nos clients sur le long-terme, avec une offre de solutions françaises, notamment dans le secteur de la défense.
Depuis la crise sanitaire, la machine-outil est en mauvaise passe. Était-ce bien le moment d’acheter ?
Dufieux n’était pas en mauvaise santé. C’est un fleuron de l’industrie française, disposant de savoir-faire et compétences reconnues sur un marché de niche. Mais il était dépendant de l’aéronautique et a connu un problème de liquidités face auquel son actionnaire a choisi de ne pas continuer... Il est vrai que la crise va être longue et violente pour la machine-outil, mais chez Fives, nous avons choisi de tenir car la machine-outil est stratégique. Nous sommes le plus grand acteur mondial dans la machine de grandes dimensions et haute performance et nous sommes convaincus d’avoir des atouts suffisants pour rebondir.
Ce rachat est-il le signe d'une consolidation du secteur ?
Oui, la machine-outil entre en phase de consolidation. Chez Fives, nous allons profiter de cette période pour renforcer nos investissements de R&D, nous diversifier et renforcer nos partenariats de long-terme avec des acteurs de la défense. Un marché porteur. Évidemment que nous souffrons, mais l'activité est solide. Nous sommes sereins et convaincus que nous sortirons de la crise plus forts. Par ailleurs, nous comptons sur une régionalisation. Peut-être que les clients qui faisaient venir des machines de l’autre bout du monde pour gagner quelques point de pourcentage changeront désormais de stratégie. Bien sûr, il faut pour cela que nos machines soient compétitives et performantes, ce à quoi nous nous attachons.
Avez-vous d’autres projets d’acquisition externe ?
A ce stade, nous n’avons pas de discussions avancées pour d’autres reprises.
A quelle échéance voyez-vous la sortie de crise ?
Le secteur de l’aéronautique représente 20 à 25% de notre activité et a été réduit de trois-quarts. L’auto de moitié. Nous avons bénéficié de mesures d’accompagnement de l’Etat et nous avons réduit nos coûts au maximum. Globalement, nous aurons une réduction du chiffre d’affaires de l’ordre de 20%, qui nous permet de rester rentables sur l’activité machines-outils en 2020. Et nous prévoyons de l’être en 2021. D’autant que l’activité de service est restée très forte, et représente 40% de notre chiffre d’affaires. Ensuite, tout dépendra de la crise. Difficile de faire des prédictions. Même pour notre exercice budgétaire, nous avons deux ou trois scénarios différents ! Mais nous n’attendons pas un retour aux niveaux d’avant crise avant 2022 ou 2023.



