Etude

L'économie européenne repart timidement au premier semestre, la France reste à la traîne

Contrairement à ses voisins européens, la France n’a pas profité de la ruée des acheteurs américains sur les importations. Pour 2025, la croissance ne devrait pas dépasser 0,6% selon la dernière note de l’Insee.

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Bretinov, spécialiste dans la conception et la fabrication de machines pour l’agroalimentaire à Pont-Aven
Les investissements des entreprises devraient reculer en France de 0,8% en 2025

Doucement, la France glisse vers le fond de la classe européenne en matière de croissance économique. En 2025, la hausse du PIB devrait se limiter à 0,6% selon l’Insee, un peu en dessous de la prévision du gouvernement de 0,7 % de croissance. Surtout, l’économie tricolore s’enfonce alors que celle de ses voisins européens retrouve un peu plus de tonus. Au premier trimestre, les menaces de hausse des tarifs douaniers agitées par Donald Trump ont fait bondir le commerce mondial, les acheteurs américains préférant anticiper leurs importations.

L’Allemagne et l’Italie en ont profité à plein ces derniers mois. Mais pas la France. Au premier trimestre, ses exportations ont reculé de 1,8 %. Le regain d’activité lié à la ruée des importateurs américains sur les produits européens devrait rapidement se dissiper. Mais la France devrait rester à contre-courant de ses voisins européens. Après deux années de croissance perdue, l’économie allemande tourne encore à petit régime, avec une hausse du PIB de 0,3% cette année. Mais le climat des affaires des chefs d’entreprises commence à y remonter timidement. Et en glissement annuel, la croissance allemande devrait quasiment faire jeu égal avec celle de la France à fin 2025 avec +0,7 % contre +0,8 % par rapport à fin 2024, selon les prévisions de l’institut de conjoncture.

Nouvelle baisse de l'investissement des entreprises

«Dans toute la zone euro, et particulièrement en Allemagne, les entreprises sont moins pessimistes. La France est à rebours», résume Dorian Roucher, le chef du département conjoncture de l’Insee. Dans l’Hexagone, celui-ci reste de fait orienté à la baisse. L’activité de l’industrie manufacturière devrait stagner en 2025, anticipe l’Insee.

Car rien ne semble pouvoir tirer l’activité à court terme. L’investissement des entreprises ? Il devrait continuer à piquer du nez, selon l’Insee. En forte baisse depuis plusieurs mois, les achats de biens d’équipement se stabilisent d’après ses enquêtes de climat des affaires. Mais les dépenses d’informatique chutent. Sur l’année, la baisse de l’investissement des entreprises non financières ne devrait plus être que de 0,8%, après 2,4% en 2024. Dans le même temps, celui-ci devrait rebondir en Allemagne (de 0,8%) et en Italie.

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Les entreprises françaises, plus endettées que leurs homologues européennes, ont souffert de la remontée des taux, qui renchérit le coût de leurs nouveaux crédits. Même si leurs marges restent stables, la hausse de leurs charges financières grève leur situation financière. En y ajoutant la surtaxe exceptionnelle d’impôt sur les sociétés, due par les grandes entreprises fin 2024, «l’épargne des entreprises est au plus bas depuis dix ans», pointe Dorian Roucher.

Epargne record

Le moteur de la consommation n’est guère en meilleure forme. «Le manque de confiance bride l’activité», glisse l’Insee. La consommation devrait progresser en 2025 au même rythme que les gains de pouvoir d’achat, en hausse de 0,7%. En revanche, les ménages continuent d’augmenter leur épargne, une situation là aussi à rebours du reste de l’Europe. A 18,2%, le taux d’épargne des Français – tiré par celui des retraités - devrait culminer à son plus haut niveau depuis 45 ans.

Pour favoriser le retour de cette confiance et doper la demande intérieure, la voie s’annonce étroite. La consolidation budgétaire, qui commence à peine, va continuer à peser. Et le retournement du marché du travail rend plus frileux les ménages. En 2025, l’économie devrait détruire 112000 emplois – dont 15000 emplois industriels – après en avoir supprimé 99000 emplois au dernier trimestre 2024. La baisse du nombre d’apprentis consécutive à la réforme des aides à l’apprentissage en explique les deux tiers. Mais le taux de chômage devrait ainsi remonter à 7,7 % fin 2025.

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