Après un été festif, l’économie française tombe en panne. Alors que la croissance en France devrait atterrir à 1,1% sur l’année 2024, l’Insee anticipe, dans sa note de conjoncture publiée ce mardi 17 décembre, une croissance nulle pour le quatrième trimestre 2024. La tendance devrait se confirmer début 2025, selon l’institut de statistique, avec un rebond poussif à 0,2% de croissance pour chacun des deux premiers trimestres.
La France n’est pas la seule au point mort. En Allemagne et en Italie, l’activité devrait connaître des rythmes de croissance similaires sur les deux premiers trimestres 2025. «Si la croissance à 0,4% cet été en zone euro a semblé solide, elle s’est révélée être en partie en trompe l’œil, soutenue par des facteurs ponctuels, comme la tenue des Jeux olympiques en France», constate Dorian Roucher, chef du département de la conjoncture à l’Insee.
Coup de frein sur les dépenses publiques
Spécificité française, le contexte politique chahuté devrait peser dans l’activité. Les dépenses publiques, qui ont soutenu l’activité au cours des premiers mois 2024, devraient tomber en berne avec la loi spéciale pour le budget. Ce texte d’urgence, adopté à l’Assemblée nationale lundi, impose aux ministères de limiter leurs dépenses au strict minimum, en attendant l’adoption d’une loi sur le budget 2025.
Autre moteur de la croissance en 2024 à tomber en panne : le commerce extérieur. Après une contribution record liée au recul des importations, le solde commercial de la France devrait «se normaliser», prévoit l’institut. Les exportateurs européens devraient pâtir d’une dégradation de la compétitivité-prix. «Les industriels sont pris entre deux feux : d’un côté, des coûts de production poussés par des prix de l’énergie plus élevés qu’ailleurs ; de l’autre, des industriels en Chine qui cassent leurs prix depuis un an et demi», résume Dorian Roucher. L’indice des prix a chuté de près de 15 points en Chine entre 2023 et 2024, alors que celui-ci est resté relativement stable en zone euro et aux Etats-Unis sur la même période, selon l’institut

- 0.3-40
Trim 3 2025
Salaire ouvriers - Ensemble DE à RU% sur dernier mois du trimestre précédent
- 1784.36+3.25
2024
Smic brut mensuel - moyenne annuelleen €/mois
- 145.1+0.21
Décembre 2025
Indice mensuel du coût horaire du travail révisé - Salaires et charges - Tous salariés - Industrie manufacturière (NAF rév. 2 section C)base 100 en décembre 2008
Fonte des investissements de plus de 4% dans l’industrie
Malgré des baisses de taux directeurs successives, la Banque centrale européenne ne parvient pas à venir à bout de la morosité des chefs d’entreprise. L’investissement devrait reculer de -1,6% sur l’année 2024. La tendance est particulièrement marquée dans l’industrie, dont l’investissement devrait fondre de plus de 6% sur 2024, puis de plus de 4% à mi-2025.
Cause de la frilosité des industriels : des conditions financières et une demande perçues comme défavorables. Cette perception est partagée par une part record de chefs d’entreprises, bloquée à son plus haut niveau depuis 2022, selon une enquête récurrente de l’Insee menée depuis vingt ans. «Seule la réglementation liée à la décarbonation semble pousser les chefs d’entreprises manufacturières à investir», résume Dorian Roucher.
Fragile consommation des ménages
Seule une frêle consommation privée devrait soutenir la croissance dans l’Hexagone en 2025. Les foyers pourraient profiter du recul de l’inflation. Tombée à 1,3% sur un an en novembre, celle-ci devrait encore reculer à 1% en juin 2025 selon l’institut. Les consommateurs pourraient également piocher dans leur épargne. Celle-ci a gonflé au cours de l’épisode inflationniste à 18% du revenu des ménages, contre 14% avant la crise sanitaire liée au Covid-19. «Nous observons toutefois un décalage persistant entre le recul de l'inflation et les comportements d'achat des ménages», tempère Dorian Roucher.
Les achats de véhicules pourraient, eux, être atrophiés encore quelques mois. «La demande automobile devrait être pénalisée au premier trimestre 2025 par l’entrée en vigueur de la norme européenne sur les émissions des véhicules et la hausse des prix liée au coup de frein sur les bonus écologiques sur les véhicules électriques», pointe Clément Bortoli, chef de la division Synthèse conjoncturel à l’Insee.



