Pour le prochain gouvernement, la santé économique du pays dont il va hériter sera cruciale en vue de la préparation du prochain budget qui s’annonce difficile. En juin, la Banque de France anticipait une hausse du PIB de 0 à 0,1% au deuxième trimestre, après une augmentation de 0,2% au premier, et tablait sur une croissance de 0,8% en France en 2024. Mardi 9 juillet, l’Insee a livré des prévisions plus optimistes à l’occasion de la publication de sa note de conjoncture.
Celles-ci ne tiennent pas encore compte de l’impact des élections législatives qui ont fragmenté l’Assemblée nationale en trois blocs politiques principaux. «Les mesures que pourrait prendre un nouveau gouvernement ne sont pas intégrées, ni les effets d’une période d’attentisme prolongé dans le cas où l’orientation de la politique économique resterait durablement incertaine», prévient l’institut. La publication de sa note, prévue initialement mi-juin, a d’ailleurs été reportée à cause des élections. L’essentiel des données avait donc été collecté avant l’annonce de la dissolution.
Un rebond de l'activité manufacturière attendu
Selon l’Insee, la France devrait enregistrer une hausse de son PIB de 0,3% au deuxième trimestre, en dépit d’une activité manufacturière toujours en recul de 0,2% en raison d’un mois de mai marqué par des réductions d’activité dues au positionnement des jours fériés notamment. Celle-ci devrait cependant rebondir à +0,2% à chacun des deux derniers trimestres grâce à l’ouverture de nouvelles lignes d’assemblage de véhicules électriques et aux objectifs de livraison d’Airbus, même revus à la baisse, souligne l’organisme de statistiques.
Grâce aux Jeux olympiques qui vont se traduire par l’enregistrement des ventes de billets et des droits de diffusion télé, en plus d’un surcroît d’activité touristique, la croissance devrait d’ailleurs connaître une hausse de 0,5% au troisième trimestre avant un ralentissement sur les derniers mois de l’année pour atteindre +1,1% en moyenne annuelle en 2024, comme en 2023. «Cette apparente stabilité masque en réalité un mouvement d’accélération, la réouverture des centrales nucléaires ayant comptablement contribué à hauteur d’un demi-point à la croissance en 2023», précise même la note.

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Décembre 2025
Indice mensuel du coût horaire du travail révisé - Salaires et charges - Tous salariés - Industrie manufacturière (NAF rév. 2 section C)base 100 en décembre 2008
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9 Avril 2026
Yuan chinois (CNY) - quotidien¥ CNY/€
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2024
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Bruno Le Maire veut défendre la politique de l'offre
Cette prévision est en ligne avec l’objectif de 1% annoncé par le gouvernement en février dernier. «Notre politique économique donne des résultats positifs. La note de l’Insee confirme que la politique de l’offre est la meilleure possible pour la France car elle résiste à l’épreuve du réel», a déclaré à la presse Bruno Le Maire dans la foulée de sa publication. Dans une allusion au programme économique du Nouveau front populaire qui prévoit entre autres de remonter le Smic à 1600 euros, le ministre de l’Economie encore en poste a ajouté que «revenir sur cette politique de l’offre pour basculer sur une politique de la demande serait une faute économique irrémédiable».
«Nous devons empêcher tout retour en arrière par une majorité relative à l’Assemblée nationale. Nous devons bâtir une majorité de projets qui continuera à défendre cette politique de l’offre», a-t-il encore ajouté. «Cette note est entourée d’un aléa majeur avec la situation politique en France, avait auparavant insisté Dorian Roucher, le chef du département de la conjoncture de l’Insee. De fait, une politique plus expansionnistepourrait favoriser la croissance à court terme par exemple.»
Scrutée par les économistes, la consommation montre quelques signaux positifs. Grâce à une amélioration du pouvoir d’achat des ménages, celle-ci devrait accélérer de 0,5% au deuxième trimestre, après +0,1% au premier trimestre, même si la consommation d’énergie explique en partie cette augmentation.
Augmentation du salaire réel
Alors que l’inflation a reflué à 2,1% sur un an en juin, «le ralentissement des salaires en 2024 serait un peu moins marqué que celui des prix», estime l’Insee, d’où une augmentation du salaire mensuel de base corrigé de l’inflation de 0,6% sur l’année. Celle-ci est loin de permettre un rattrapage des deux années précédentes : ce salaire réel avait baissé de 1,9% en moyenne en 2022 et de 0,6% en 2023. L’Insee anticipe même que sur l’ensemble de l’année 2024, la consommation des ménages augmente un peu, à +1,3% contre +0,9% l’an passé. «Du côté des ménages, nous assistons habituellement à une bulle d’optimisme lors des épisodes électoraux. Mais la situation que nous vivons est relativement inédite», commente Dorian Roucher.
Après deux trimestres de fort recul, l’investissement des entreprises est attendu en légère hausse de 0,3% au deuxième trimestre, surtout grâce aux investissements en services. Mais la deuxième partie de l’année s’annonce atone et, au global, l’investissement des entreprises devrait baisser de 0,8% en 2024, après +3,1% en 2023. L’Insee note un tiraillement entre la légère amélioration des perspectives de la demande d’un côté et le contexte incertain, ainsi que les conditions de financement toujours difficiles de l’autre. «Les indicateurs financiers témoignent d’un effet d’incertitude susceptible de générer une forme d’attentisme. Mais cet effet est nettement plus faible que lors de la crise des dettes souveraines de 2011», observe Dorian Roucher. Attendues pour fin juillet, les résultats des enquêtes de conjoncture menées par l’Insee début juillet permettront d’y voir plus clair.
Reste un élément moins positif pour le gouvernement sortant. Selon l’Insee, le taux de chômage devrait atteindre 7,6% en fin d’année, contre 7,5% début 2024, s’éloignant un peu plus de la promesse d’Emmanuel Macron de l’abaisser à 5%.



