Le réveil industriel post-Covid de l’industrie aéronautique prend plus de temps qu’espéré. Et ce malgré une demande d’avions qui n’a jamais été aussi forte. Airbus est en effet contraint de revoir à la baisse ses ambitions, comme il l’a fait savoir dans un communiqué publié lundi 24 juin. L’avionneur européen prévoit de livrer environ 770 avions cette année, contre un objectif affiché en début d’année de 800 appareils. Il faut dire que le rythme des livraisons de l’A320neo a été revu à la baisse : la cadence de 75 A320 par mois qui devait être atteinte en 2026 est désormais escomptée pour 2027.
Ce coup de frein d’Airbus n’est qu’une demie surprise, tant les acteurs de l’aéronautique rappellent depuis la sortie de la crise provoquée par le Covid leurs difficultés à monter en puissance. C’est d’ailleurs la deuxième fois que le groupe décale l’objectif de livrer 75 A320neo par mois. Annoncé la première fois en 2021, il était alors question d’atteindre cette cadence dès 2025. Début 2023, Airbus avait décidé de se donner un an de plus pour atteindre ce rythme. C’est donc avec deux ans de retard sur le planning initial que l’avionneur espère désormais toucher au but. Il s’agira alors d’un niveau inédit, dans la mesure où le groupe livrait quelque 60 A320 par mois avant crise.
Des planeurs en sortie d'usines
Comment expliquer cette remontada plus lente que prévue ? «Dans l’aviation commerciale, Airbus est confronté à des problèmes de chaîne d'approvisionnement spécifiques persistants, principalement dans les moteurs, les aérostructures et les équipements de cabine», a fait savoir l’industriel. Inflation généralisée, pénurie de main d’œuvre, manque de matières premières… Sur fond de conflit en Ukraine, de tensions géopolitiques et de marché du travail secoué par le Covid, les fournisseurs tirent la langue.
C’est en particulier le cas des deux motoristes qui équipent l’Airbus A320neo, Pratt & Whitney (groupe RTX) et CFM International, la coentreprise de Safran et General Electric. Airbus se retrouve aujourd’hui avec des «planeurs» sur les bras, autrement dit des appareils sortis des lignes d’assemblage... sans moteurs.

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Au-delà des tensions conjoncturelles, Pratt & Whitney est aussi aux prises avec des problèmes industriels générant une usure prématurée de certaines pièces, ralentissant ses livraisons et impliquant une immobilisation au sol de centaines d’appareils déjà livrés. En outre, l'américain Spirit Aerosystems, qui livre des grandes pièces pour l'A320 mais aussi les A220 et les 350, contribue à ralentir le rythme de ces deux programmes. Les difficultés industrielles de cet acteur, connues de longue date, ont été mises en lumière à travers les problèmes rencontrés par Boeing, dont il est également l'un des principaux fournisseurs. D'où l'intérêt des deux grands donneurs d'ordre de mettre la main sur les activités les concernant directement.
Une demande historique d'avions
Ce tassement des montées en cadences était visible ces derniers mois. Airbus a livré en mai 53 avions, contre 61 en avril et 63 en mars. Un chiffre comprenant 41 A320, soit un niveau inférieur au rythme moyen de l’an dernier, s’élevant à 48 appareils de la famille A320. Depuis le début de l’année, Airbus a livré 256 appareils, soit une hausse très faible par rapport à l’an dernier avec alors 244 appareils livrés à la même époque (de janvier à mai). Des données consultables sur notre tableau de bord mensuel des livraisons et commandes d'Airbus et de Boeing. Ce ralentissement, également observé chez Boeing, va conduire à un manque de centaines d'avions sur le marché cette année.
L’avionneur européen mettra donc plus de temps pour revenir à son niveau de livraisons d’avant la pandémie. Pour rappel, Airbus avait livré 863 avions en 2019 et 800 en 2018. Les 770 livraisons visées constitueront malgré tout une hausse par rapport au niveau atteint en 2023, avec alors 735 avions livrés. Le groupe est pourtant assis sur un tas d’or : comme en témoigne son carnet de commandes comprenant plus de 8500 appareils, la forte hausse du trafic aérien aiguise plus que jamais les appétits des compagnies aériennes. La baisse de régime aura sans aucun doute un impact sur les résultats financiers du groupe, qui seront dévoilés le 30 juillet prochain. Il perdait plus de 10% en Bourse au lendemain de l'annonce.



