Entretien

«Les enjeux de souveraineté auxquels doivent s’attaquer les polytechniciens sont ceux de l’industrie», selon Laura Chaubard, directrice générale de l’École polytechnique

Le 5 octobre, l’ingénieure générale de l’armement Laura Chaubard a été nommée directrice générale de l’École polytechnique en Conseil des ministres. Elle devient la première femme à ce poste, alors que l’École Polytechnique fête en 2022 le cinquantième anniversaire de l’ouverture de son concours d’entrée aux femmes.

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Laure Chaubard directrice générale de Ecole Polytechnique X99
Laura Chaubard, X99, a été nommée directrice générale de l’École polytechnique. Elle est la première femme à occuper ce poste.

Laura Chaubard, X99 et ingénieure générale de l’armement, assure depuis le début du mois d’octobre la direction générale de l’École polytechnique. Au programme de ses prochaines années: plus de Polytechniciennes, le développement du campus situé sur le plateau de Saclay et le renforcement de l’alliance autour de l’Institut Polytechnique de Paris (École polytechnique, l’ENSTA Paris, l’ENSAE Paris, Télecom Paris et Télecom SudParis), dont elle vient d’intégrer le comité exécutif.

L'Usine Nouvelle. - Vous avez été membre de la direction générale de l’Armement sur les sujets de big data et d'intelligence artificielle et conseillère Innovation au cabinet de Florence Parly. Il y a quelques semaines encore, vous étiez directrice générale de l'Établissement public du parc et de la grande halle de La Villette. Que peut apporter cette dernière expérience à l’École polytechnique?

Laura Chaubard. - Mon passage à La Villette m’a sans doute permis d’acquérir des compétences de management opérationnel liées à une structure qui accueille du public. J’ai aussi pu goûter à l’autonomie d’un établissement par rapport à une administration centrale. Il y a bien sûr un côté très opérationnel, très concret au quotidien : La Villette est un parc ouvert jour et nuit, entre le 19e et la Seine-Saint-Denis, et Polytechnique est un grand site, ouvert lui aussi jour et nuit, accueillant 3 800 apprenants. Il y a bien un fil rouge entre mon poste précédent et la direction générale de Polytechnique.

Qu’est-ce qui vous a frappé en arrivant ici par rapport à vos années d’études à Polytechnique de 1999 à 2002?

Beaucoup de choses. Déjà, il y a aujourd’hui deux fois plus de filles dans la promo, et je m’en réjouis. Ensuite, le site a énormément changé. Nous avons aujourd’hui une petite ville, là où avant, ce n’était encore qu’un campus un peu perdu au milieu des champs. Ce développement est la preuve que les cursus se sont développés, que les laboratoires de recherche se sont étoffés. De plus, on y trouve certains partenaires de l’Institut Polytechnique de Paris, tels que l’ENSTA Paris, l’ENSAE Paris ou Telecom Paris. La population sur le site est donc beaucoup plus importante, et elle a besoin de se loger, de se nourrir, de faire du sport, de se divertir. C’est vraiment devenu un lieu de vie pour plusieurs milliers de personnes.

Vous êtes la première femme à être nommée directrice générale. Attirer des jeunes femmes dans la formation sera-t-il l’un de vos combats?

Polytechnique travaille à faire en sorte que le vivier de candidates au concours soit plus large.

C’est une préoccupation qui est portée par l’École de manière très active et sincère depuis des années. Aujourd’hui, il y a 20% des jeunes femmes qui candidatent à l’X et 20% de jeunes femmes dans le cycle ingénieur [17,33% selon notre palmarès 2022 des écoles d'ingénieurs, ndlr]. Nous savons donc que ce n’est pas le concours qui biaise le recrutement de femmes à l’X. Cela se joue en réalité très en amont, au niveau des collèges et des lycées notamment. Polytechnique travaille à faire en sorte que le vivier de candidates au concours soit plus large, avec notamment une action formidable, l’opération Monge.

Ce sont des élèves de Polytechnique qui se déplacent dans les lycées pour expliquer ce que sont les études scientifiques, pour faire tomber un certain nombre de clichés sur le fait que les écoles d’ingénieurs sont peu accessibles, et pour montrer que les carrières peuvent être extrêmement diversifiées, dans la santé, l’énergie, l’architecture, et même la culture! Ce sont ces messages que nous essayons de faire passer très tôt chez les jeunes femmes, pour qu’elles ne se mettent pas ou qu’on ne leur mette pas des freins inutiles. Cette initiative, qui a touché 21 000 lycéennes et lycéens, s’inscrit dans le cadre du programme de diversité sociale et de genre de l’École.

Peu de jeunes diplômés se tournent vers l’industrie. Y verra-t-on bientôt plus des Polytechniciens?

J’ai la conviction que les enjeux de souveraineté auxquels doivent s’attaquer les ingénieurs polytechniciens sont également dans l’industrie. À mon époque à l’École, il y avait une appétence des diplômés pour la finance et l’assurance. Aujourd’hui, d’après mes premiers échanges avec les élèves de l’X, l’industrie les intéresse aussi. Ils sont bien conscients que les enjeux, qu’ils soient climatiques, énergétiques, de défense ou de sécurité, se jouent aussi dans ce secteur. J’ai ressenti chez eux d’abord le besoin d’avoir un métier qui a du sens, et l’industrie me semble aujourd’hui être au cœur des défis que doivent relever le pays et l’Europe aujourd’hui.

Quels seront les projets structurants de l’X pour les années à venir?

Je vais m’attacher à mettre en œuvre le projet porté par Éric Labaye, notre président, qui le conduit depuis son arrivée en 2018. Il s’agit d’abord de conforter l’École polytechnique et l’ensemble plus vaste qu’est l’Institut Polytechnique de Paris, dans sa place d'acteur majeur de l’enseignement et de la recherche. Nous voulons structurer des centres interdisciplinaires communs entre les différents acteurs de Paris pour mutualiser nos forces de recherches. De plus, nous sommes actuellement sur une dynamique de croissance des cursus et des promotions. Il y a donc évidemment un enjeu fort sur le développement du campus: faire en sorte que les étudiants, de plus en plus nombreux, trouvent de quoi se loger, et vivent une vie étudiante épanouie. Cela se traduit par des enjeux immobiliers, qui sont très importants pour l’École.

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