Les résultats sont sans appel. 23% des femmes interrogées disent avoir été victimes d'une agression sexuelle durant leur passage à Polytechnique. Onze personnes, dont dix femmes, affirment avoir subi une tentative de viol ou un viol pendant leur scolarité. Présentée lors du conseil d'administration du 10 mars, cette enquête interne se base sur les témoignages de 2100 élèves, tous cursus confondus, ayant intégré l'école entre 2018 et 2021.
"Nous avions des remontées, mais nous voulions les quantifier et les qualifier. Se baser sur une vision chiffrée pour générer une prise de conscience et faire évoluer les comportements et mentalités», confie Marie Bresson, déléguée à la diversité de l’X. Une enquête menée par CentraleSupelec en septembre 2021 a également poussé Polytechnique à s'emparer de ce sujet.
Cette enquête, co-rédigée avec des élèves et psychologues de l'école, met également en exergue certaines failles du plan d’action pour lutter contre les faits de harcèlement, discriminations et violences sexuelles au sein du cycle ingénieur, signé en mai 2017 par le directeur général de l’établissement. Marie Bresson affirme que l'école travaille pour renforcer ses cellules de soutien, de signalement et d'accompagnement, composées actuellement de cinq membres et auxquelles les élèves ont jusqu'à maintenant peu fait appel. «Nous réfléchissons à mettre en place des dispositifs externes, car l'interne peut dissuader.»
Les soirées pointées du doigt
Actuellement, si l'ensemble des élèves de l'X suivent une séance de sensibilisation sur le harcèlement, les discriminations et les violences sexuelles, seuls les étudiants impliqués dans l’organisation de soirées suivent des ateliers plus poussés sur certaines notions, notamment liées au consentement. Des sensibilisations par petits groupes, qui ont désormais vocation à être élargies à l’ensemble des étudiants du campus, en présence des référents et des psychologues de l’école. «Aujourd'hui il faut une formation avec du personnel compétent pour l'ensemble des étudiants, mai aussi former les psychologues spécifiquement sur ces problématiques», suggère Matthieu Lequesne, porte-parole de La Sphinx, association polytechnicienne centrée sur les questions sociales et environnementales.
Au-delà d’un manque de sensibilisation, l’enquête pointe le rôle des soirées étudiantes dans ces agressions : 76% des victimes d’agressions sexuelles et 70% des victimes de rapports sexuels forcés ou de tentatives de rapports sexuels forcés déclarent que l’alcool ou la consommation de substances illicites ont été des facteurs aggravants. La majorité des cas ayant eu lieu dans le cadre des activités associatives de l'école. «Nos réflexions avec les élèves portent sur plusieurs points, notamment la mise en place lors des soirées d’une salle à l’ambiance plus calme, sans alcool, avec moins de musique et donc plus ouverte à la discussion», détaille Marie Bresson.



