L’Usine Nouvelle – Quels sont les objectifs du "fonds de transition" sur les emballages que vous appelez de vos vœux ?
Jean Hornain - Passer d’un emballage non-recyclable à un emballage recyclable, par exemple d’une barquette de charcuterie en PVC au PET, nécessite de reconfigurer les outils de production. Même problématique pour le réemploi (transport du verre, laveuses…) Notre objectif est de tendre vers un maximum d’emballages recyclables ou réemployables. Mettons de l’argent public qui va aider les entreprises, en plus de ce que nous faisons chez Citeo. Nous n’avons pas de chiffrage précis, mais nous aiguillons sur les pistes de relance de l’économie sous un angle environnemental.
En matière de R&D et de technologie, nous avons la chance d’avoir des centres techniques industriels, que l’on peut aider pour faire de la France le champion des matériaux. Sur les matières fibreuses, le Centre technique du papier en France développe des substitutions à des résines plastiques en développant des propriétés barrières (résistance à l’eau, à l’air, au gras…) avec de la cellulose, une matière bien recyclée. Le recyclage mécanique ne permettant pas d’éliminer toutes les impuretés, il faut aussi soutenir les projets de recyclage chimique et les aider à passer au stade industriel.
Les prix bas du pétrole ne risquent-ils pas de freiner la compétitivité des matières premières recyclées ?

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9 Avril 2026
Palladium - prix d'achat€/kg
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Février 2026
Cours des matières premières importées - Pétrole brut Brent (Londres) en dollars$ USD/baril
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Février 2026
Cours des matières premières importées - Pétrole brut Brent (Londres) en euros€/baril
Dans le plan de relance, il faut aussi essayer de soutenir la demande en matières recyclées. On peut estimer que le prix du pétrole restera durablement bas. Le PET clair a toujours une très forte demande, malgré un prix élevé par rapport au vierge, puisque beaucoup d’entreprises se sont engagées à intégrer du rPET [polyéthylène téréphtalate recyclé] dans leurs bouteilles. Le PE [polyéthylène], le PP [polypropylène] et le PS [polystyrène], eux, n’ont pas toujours de solution apte au contact alimentaire. Ce sont des matériaux qui peuvent être utilisés en gouttières, en tableaux de bord automobiles… Quand vous faites construire un lycée, vous pouvez inscrire le fait que les matériaux d’utilisation contiennent un minimum de matériaux recyclés. Il faudra une incitation du secteur public et du secteur privé.
Pour augmenter les taux de collecte, peut-on aller plus loin sur l’apport volontaire ?
C’est dans les zones urbaines que l’on consomme le plus et que l’on trie le moins. Nous avons besoin de développer la collecte, notamment dans les lieux publics. Dans le cadre de l’activité actuelle de Citeo, nous développons par exemple à Paris et à Marseille des stations de tri "Trilib". Il faut davantage de points de contact entre les habitants de la ville et les bacs de tri. Sur votre passage, il faut que vous ayez des occasions de tri, même en consommation nomade. Il y a aussi des modèles insuffisamment développés, comme la tarification incitative (5 millions de Français sont concernés) : vous payez votre bac d’ordures ménagères en fonction de vos émissions de déchets. Dans ce cas, le bac de tri se remplit, à l'inverse, de 20 % à 50 % de volumes supplémentaires [non facturés, Ndlr]. Les établissements privés qui reçoivent du public auront pour leur part des obligations renforcées pour améliorer le geste de tri, dans le cadre de la loi Economie circulaire.
Quel est l’impact de l’arrêt d’UPM Chapelle Darblay sur la filière papier-carton ?
Avec l’arrêt de Chapelle-Darblay, on aura des capacités de recyclage moindres en France. Même s’il y a une baisse structurelle des papiers graphiques, cette fermeture va poser des problèmes à court terme. Dans le cadre d’un plan de relance, nous pourrions soutenir la conversion d’usines papetières vers la production de fibres recyclées, qui servent notamment au carton d’emballage, dont les volumes augmentent. Se pose également la question d’accompagner les imprimeurs dans la décroissance du marché : il faudrait qu’ils aient des rotatives plus petites, plus modernes, adaptées à l’évolution de la baisse des tirages et des formats. On allie une dimension environnementale et une dimension économique.
La reprise s’enclenche sur le territoire
Au sortir de la période de confinement, sur les 177 centres de tri français, seuls deux sont encore fermés, indique Citeo. Un point bas a été atteint début avril, avec 60 % des centres de tri en fonctionnement. "Les opérateurs rencontraient souvent des problèmes liés à la garde d’enfants, même si on a réussi à s’adapter relativement rapidement", indique Jean Hornain.
La collecte des ordures ménagères était reconnue comme une activité essentielle durant le confinement, à la différence de la collecte des emballages et des papiers. "Il y a eu une belle réaction pour maintenir la collecte, non seulement au niveau environnemental, mais aussi pour fournir de la matière à recycler. Les metteurs en marché ont dû adapter leur production à toute vitesse, soit par contrecoup (chute du marché de la bière, par exemple), soit pour nourrir la France (agroalimentaire, distribution). Sans carton, on ne peut pas transporter nos aliments", rappelle le dirigeant, qui souhaiterait voir élargi ce périmètre des secteurs essentiels.



