Ce n’est pas une sortie du bois, mais une reconnaissance bienvenue. Et assez exceptionnelle pour une PME française ! Alors qu’elle avait déjà fait parlé d’elle, la solution de recyclage enzymatique mise au point par la société française Carbios a figuré, le 8 avril dernier, en Une de la prestigieuse revue scientifique Nature. Un coup de projecteur dont les effets se font déjà sentir : en moins d'une semaine, le cours de l'action de la PME auvergnate a plus que doublé pour dépasser les 16 euros à la réouverture de la bourse, mardi 14 avril.
Pic de visibilité
Cosigné par des scientifiques de Carbios et du Toulouse Biotechnology Institute (TBI), l’article, revu par les pairs, apporte un crédit scientifique à la technologie de Carbios. Et une visibilité supplémentaire à cette PME du biopôle Clermont-Limagne (Auvergne), qui avait déjà attiré l’attention de grands acteurs français de l’agroalimentaire.
"Nous avions déjà annoncé les performances de notre enzyme en juin 2018, mais sans dévoiler le processus nous permettant d'y parvenir, explique Martin Stephan, le directeur adjoint de Carbio. C'est seulement après avoir déposé un brevet que nous avons commencé à rédiger l'article en question car nous souhaitions d'abord assurer la protection de notre propriété intellectuelle." Outre la fierté des scientifiques impliqués et la mise en avant d'un enjeu important, cette publication en Une de Nature apporte aussi à l'entreprise "une visibilité énorme et une crédibilité vis-à-vis de futurs partenaires", se réjouit-il.
Dépolymériser 90% du PET en 10 heures
Concrètement, Carbios a mis au point une enzyme capable de "digérer" les déchets plastiques composés de polytéréphtalate d’éthylène (PET), pour mieux les recycler. Dérivé du pétrole, ce polymère - dont 70 millions de tonnes sont produites chaque année - se retrouve dans les bouteilles jetables, les barquettes d’emballage ou encore les fibres textiles.
Contrairement au recyclage thermomécanique, qui dégrade la qualité du plastique, l’enzyme de Carbios s’attaque à la structure même du polymère pour le réduire à ses composants : les monomères. Qui peuvent ensuite être recombinés pour former du plastique comme neuf, se rapprochant ainsi du rêve d’un recyclage infini. Autre avantage, l'enzyme de Carbios dépolymérise 90% du plastique au bout de 10 heures. Un record, selon les auteurs de l’article.
Un démonstrateur en 2021 pour une usine en 2025
Cette mise en lumière inattendue valide, plutôt qu'elle ne bouleverse, les plans de la pépite française. “Les performances obtenues confirment le potentiel industriel et commercial du procédé, qui sera testé dès 2021 dans notre démonstrateur au cœur de la vallée de la chimie lyonnaise” a ainsi déclaré le directeur scientifique de Carbios et principal auteur de l’article, Alain Marty.
Ce n'est qu'après 12 à 18 mois d'opérations, puis la mise au point d'une licence, que débutera l'industrialisation, explique Martin Stephan. Il pronostique que l'activité de "la première usine de taille industrielle pourrait commencer fin 2024 ou début 2025". Si le plastique semble connaître un retour en grâce à l’occasion de l'épidémie de Covid-19, le débat autour de son abandon pur et simple ou de son recyclage n'est pas encore tranché.



