On sait comment le fabricant d’engrais norvégien Yara compte décarboner son usine d’ammoniac de Gonfreville-L’Orcher (Seine-Maritime), l’un des 50 les plus émetteurs de gaz à effet de serre de France. Le 18 mars, Lhyfe, le producteur français d’hydrogène 100% renouvelable a annoncé avoir décroché une subvention de 149 millions d’euros du gouvernement français pour construire un électrolyseur de 100 MW sur un site jouxtant l’usine dans le cadre du volet production du Piieec Hydrogène. Le coût total du projet, baptisé Green Horizon, représente un investissement total entre 200 et 300 millions d’euros, indique à L’Usine nouvelle Matthieu Guesné, le PDG de Lhyfe.
Prévu pour être mis en service en 2028, Green Horizon produira 35 tonnes d’hydrogène par jour, dont 20 alimenteront l’usine Yara, soit 10% de sa production actuelle d’hydrogène aujourd’hui obtenue par vaporéformage de gaz naturel. L'hydrogène bas carbone remplacera 15% du gaz naturel utilisé par l'usine Yara. Le reste de l’hydrogène vert alimentera des projets de transport et la communauté havraise. La décision finale d’investissement (FID) est prévue pour fin 2024 ou début 2025. Le temps de négocier les contrats d’approvisionnement en électricité renouvelable pour alimenter l’électrolyseur, et de choisir la technologie d’électrolyseur capable de passer l’échelle des 100 MW, ce que même les Chinois n’arrivent pas à faire.
Plus puissant électrolyseur d'Europe
Le fournisseur de Green Horizon «n’a pas été encore choisi», mais il sera «dans notre galaxie», explique Matthieu Guesné à L’Usine Nouvelle, qui dit maitriser «les technologies alcaline et PEM européennes et américaines». Lhyfe a effet mis en service quatre unités de production d’hydrogène vert en France, dont la première, à Bouin (Vendée), avec un électrolyseur du Norvégien Nel Hydrogen et les autres avec des électrolyseurs PEM de l’Américain Plug, avec lequel il a tissé un partenariat stratégique. Des projets modestes en puissance, mais qui permettent de «dérisquer» la technologie, prévient le PDG de Lhyfe à l’Usine Nouvelle. Ce ne serait qu’un début. «on va avancer par tranche».
À sa mise en service en 2028, «ce sera le plus puissant électrolyseur d’Europe», assure le PDG de Lhyfe. Le projet Green Horizon doit permettre à Lhyfe de «développer le savoir-faire» sur les très grosses unités de production d’hydrogène vert, et de «l’exporter notamment en Allemagne» où le français a un projet de 800 MW d’électrolyse pour l’industrie, mais qui arrivera après le projet de Normandie. Le projet Normand’hy d’AirLiquide à Port Jérôme de 200 MW, qui avait obtenu une subvention de 190 millions d’euros du gouvernement en 2022 et qui était attendu pour 2026, ne devant pas être prêt à temps.



