Lettres ouvertes, interpellation du gouvernement... Plusieurs politiques – une cinquantaine d’élus locaux dans un premier courrier le 25 mai, puis 23 députés LREM dans un second le lendemain - se sont mobilisés pour tenter de sauver la papeterie UPM Chapelle Darblay à Grand-Couronne (Seine-Maritime), qui risque de fermer définitivement cet été.
L’usine, d’une capacité de production de 240 000 tonnes, est dotée d’une machine à papier (contre deux pour l’autre usine française de papier journal, Norske Skog Golbey (Vosges), d’une capacité de 600 000 tonnes et qui vise plutôt les quotidiens) et d’une unité de recyclage des brochures (imprimés issus du tri sélectif) cruciale pour le secteur français du recyclage des papiers cartons.
Plus de 200 acquéreurs potentiels sollicités
Malgré la sollicitation, par la direction d’UPM, de 230 repreneurs potentiels - parmi lesquels le belge VPK, spécialisé dans l’emballage, qui s’est finalement rétracté - aucune discussion n’a abouti depuis que le groupe finlandais a annoncé la mise en vente du site de Grand-Couronne, en septembre 2019. Le processus de concertation en vue de la fermeture de Chapelle Darblay, spécialisé dans la production de papier journal (notamment pour les magazines), doit s’achever le 15 juin.

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Près de 230 emplois directs menacés
Rien n’empêche un repreneur de se manifester, avant ou après cette échéance. Ce sera alors, probablement, pour racheter des actifs sans obligation de reprise du passif social. Cette fermeture menace 220 postes à Grand-Couronne, plus une dizaine de postes commerciaux situés en région parisienne. Selon la Filpac-CGT, quelque 1000 emplois indirects dépendent aussi de l’activité du site.
Un lent supplice
Acquise par le papetier finlandais Kymmene en 1990, avant que celui-ci ne fusionne avec plusieurs entités pour devenir UPM en 1996, l’usine ouverte en 1927 avait fait l’objet de plusieurs investissements, parmi lesquels la mise en place de la production à partir de fibres 100 % recyclées (en 1999) et la mise en service d’une chaudière biomasse (2007) capable de chauffer 20 000 habitants, avant de voir ses capacités se réduire. En 2015, une machine à papier avait été arrêtée, représentant une baisse de capacité de production de papier journal de 130 000 tonnes, et 196 emplois avaient été supprimés sur le site.
Une situation inextricable
UPM pâtit de la baisse structurelle de la vente de journaux et magazines, aggravée par la crise du Covid-19 et la faillite du distributeur Presstalis. "Depuis de nombreuses années, la consommation de papier journal baisse", explique Daniel Schwab, vice-président ressources humaines et projets spéciaux d’UPM. "Chapelle Darblay était l’usine la moins efficace économiquement, par rapport aux autres usines du groupe en Allemagne, en Autriche et Finlande. Si le marché était resté stable, on n’aurait pas mis l’usine en vente." Le groupe estime la baisse des volumes produits à 10 % en 2019 et de 5 % à 7 % par an au cours des cinq années précédentes.
Plusieurs repreneurs potentiels, dont un recycleur qui a soupesé l’opportunité, évoquent la possibilité de transformer le site pour recycler du carton, qui a le vent en poupe avec la hausse du commerce en ligne. C’est la stratégie de Papresa en Espagne. Quant à se contenter de faire de la pâte à papier recyclée, pour Daniel Schwab "c'est problématique. La sécher, la stocker et la transporter a un coût. Le recyclage du papier n'a de sens qu'à partir du moment où on a une production de papier-journal derrière."
Mais aucune négociation n’a abouti, alors que plusieurs constructions de sites de ce type se préparent en Europe. Parmi les freins évoqués, le coût du travail et le poids des syndicats du secteur en France.
Un atout maître pour le recyclage des vieux papiers
La fermeture de Chapelle Darblay risque de faire d’autres victimes, dans la filière du recyclage de papiers. Cette collecte, déjà en surplus, va perdre avec la fermeture d’UPM 380 000 tonnes de capacité de recyclage de papiers-cartons. C’est le volume que trient en moyenne 24 millions de personnes. Chapelle Darblay est notamment l’un des principaux acheteurs de brochures (papier des magazines et imprimés publicitaires) triées par les Français. Il ne restera pour ces sortes à désencrer que Norske Skog à Golbey (Vosges), et des solutions à l’export à un prix moins élevé. Notamment vers l’Espagne. Mais une partie de la collecte pourrait, une fois encore, se retrouver enfouie ou incinérée.
" Le marché du papier à recycler, sur lequel nous avions investi, est devenu beaucoup plus difficile depuis que la Chine n’achète plus. La part relative de Chapelle Darblay s’est renforcée, mais nous ne pouvons pas avoir la responsabilité du devenir de la filière en France ", estime Daniel Schwab.



