Le franco-allemand The Exploration Company imagine le futur cargo spatial

La start-up franco-allemande The Exploration Company, qui conçoit une capsule pour ravitailler les futures stations spatiales et les prochaines missions lunaires, a été récompensée du prix de l'innovation industrielle de l'année dans le cadre des trophées des industriels 2024 de L'Usine Nouvelle.

Réservé aux abonnés
Image d'illustration de l'article
Installation de la capsule Nyx sur Ariane 6 au Centre spatial guyanais. Ce démonstrateur doit permettre à The Exploration Company d'obtenir de premières données sur la rentrée atmosphérique et de calibrer ses modèles mathématiques.

A Munich et Bordeaux, les salariés de The Exploration Company ont la tête dans les étoiles. Ils dessinent et testent les moteurs de la capsule Nyx, un vaisseau spatial qui sera capable de transporter du fret pour ravitailler les stations spatiales qui succéderont à l’ISS ou rendre possible les futures missions lunaires. Et pourquoi pas, à terme, transporter des astronautes. Un marché qui pourrait représenter 50 milliards de dollars d’ici à dix ans.

Deux clients font déjà confiance à la start-up créée en 2021, qui compte aujourd’hui 135 collaborateurs. L’Agence spatiale européenne, qui a sélectionné en mai dernier sa capsule pour assurer des missions de ravitaillement de l’ISS à partir de 2028. Et le groupe américain Axiom, qui mise sur elle pour alimenter en cargo sa future station spatiale privée.

Paré au décollage

  • Une capsule capable de transporter jusqu’à 4 tonnes de fret spatial
  • Un marché de 50 milliards de dollars d’ici à dix ans
  • 135 collaborateurs répartis entre Bordeaux, Munich, Turin et Houston

(Source : The Exploration Company)

Le défi technologique est énorme. «Douze pays savent faire des fusées et seulement trois des capsules spatiales, rappelle Hélène Huby, la dirigeante et cofondatrice de la société. C’est la première fois que l’on développe une capsule spatiale à partir de fonds privés.» La start-up ne dispose pas des milliards de dollars de la Nasa dont ont bénéficié Boeing et SpaceX pour leur vaisseau. Son objectif est ambitieux : aller plus vite et coûter moins cher que les acteurs établis. Soit réduire la durée de développement de dix à six ans et son montant de 1 milliard à 300 millions d’euros. Comment ? En combinant les méthodes agiles des start-up du new space et l’expertise de managers dont certains ont participé aux principaux programmes spatiaux européens comme Ariane, le transporteur spatial européen ATV, le module de service européen (ESM) Orion, sélectionné par la Nasa pour son programme de retour sur la Lune…

Une capsule réutilisable, à base d'ergols verts

Le rêve de la start-up a véritablement décollé le 9 juillet dernier. Une version réduite de la capsule Nyx a embarqué lors du vol inaugural d’Ariane 6, pour tester ses capacités. «Nous avons beaucoup appris de la licence de ré-entrée que l’on a obtenue auprès du Cnes. Il fallait démontrer que notre capsule ne représenterait pas un danger pour la sécurité quand elle rentrerait dans l’atmosphère», explique la dirigeante, ancienne responsable innovation chez Airbus au sein de la division espace et défense. Las, comme Ariane 6 n’a pu finaliser sa mission, les capacités de ré-entrée de Nyx n’ont pas pu être testées en réel.

La capsule mettra en œuvre plusieurs innovations. «En plus d’être réutilisable, ce sera la première capsule qui fonctionnera à base d’ergols verts non toxiques», se félicite Hélène Huby. Par ailleurs, elle bénéficiera d’un système de guidage et de d’amarrage automatique ainsi que d’un nouveau bouclier thermique qui lui permettra de survivre aux températures extrêmes subies au retour dans l’atmosphère terrestre.

Pour attirer les meilleurs talents et obtenir des financements supplémentaires, The Exploration Company a ouvert des bureaux à Houston, aux États-Unis, et à Turin, en Italie. «Ceux qui nous rejoignent sont séduits par le projet et viennent pour écrire une nouvelle page de l’ère spatiale. » En 2025, la société compte faire voler une deuxième version de sa capsule, capable d’emporter une charge de 300 kg. Cette capacité sera portée à 4 tonnes en 2028.

Newsletter La Quotidienne
Nos journalistes sélectionnent pour vous les articles essentiels de votre secteur.