Malgré la pression de certains industriels, une mesure devrait bien être dans la mouture finale du nouveau budget de la Sécurité sociale : la hausse de la taxe soda. Entrée en vigueur en 2012, cette dernière impose les boissons non alcoolisées en fonction de leur teneur en sucre. Quinze échelons existent actuellement. Ils correspondent aux kilos de sucre ajoutés par hectolitre de boisson. Sauf qu'à la fin de 2024, des députés ont proposé de revoir la notation : place désormais à trois échelons. Respectivement, inférieur à 5, compris entre 5 et 8, supérieur à 8.
800 millions d'euros de recettes ?
Cette taxe a rapporté près de 400 millions d’euros en 2020, d’après Bercy. Objectif en 2025 ? Le double. Concrètement, pour une bouteille de Coca-Cola d’un litre, contenant 106 grammes de sucre, la taxe passerait d’environ 17 à 35 centimes d’euros. Les industriels évoquent des hausses de prix à venir de l’ordre de 10%. Après deux ans et demi d’inflation, où les hausses de prix ont réduit la taille des paniers, quel sera l'effet de cette hausse sur les achats de sodas et donc le niveau de recettes attendu ? N'est-il pas ambitieux d'espérer voir les recettes doubler ? À moins que le fisc ne découvre lui aussi les vertus du «pricing power» (pouvoir prix en VF) : la taxe soda cible d’abord des marques fortes, qui trônent en tête des achats des Français au supermarché.
Comme semble le regretter le député Cyrille Isaac-Sibille (Les Démocrates), la mouture finale relève plus de la fiscalité comportementale que de la fiscalité incitative. Dans le texte qu’il défendait, il souhaitait que les industriels qui décident de baisser le taux de sucre sous les 5 kilos par hectolitre voient leur niveau de taxe baisser. Le Parlement, dans sa quête d’économies, ne l’a pas entendu et a tiré l'ensemble des barèmes vers le haut.
11 000 emplois industriels mis dans la balance
Les industriels, par l’intermédiaire de leur porte-voix, le Syndicat des boissons sans alcool, ont bon jeu de mettre en avant les 11000 emplois et 38 usines de la filière en France. Ils soulignent ainsi le poids de cette décision de taxation à la classe politique. À l’image de l’aéronautique, où le succès retentissant d’Airbus s’articule mal avec les desseins d’être un pays champion de la lutte contre le changement climatique, la sauvegarde des emplois industriels se heurte aux objectifs de santé publique.
À ce propos, le chiffre selon lequel les sodas ne contribueraient que pour 4% des apports en sucre quotidien des Français mérite d’être débattu. Comme toute moyenne, elle cache les disparités et les excès : il est bon de rappeler que tout le monde ne boit pas de soda. Par ailleurs, les autorités sanitaires sont formelles, l’apport des sucres dits libres, c’est-à-dire les sucres ajoutés ou ceux séparés de la matrice de l’aliment, est à consommer avec très grande modération – voire pas du tout.



