La lutte des salariés de Valdunes continue, jusque dans les plus hautes sphères. Le 9 octobre, une délégation de la CGT était reçue par le cabinet d’Elisabeth Borne. Leur objectif : demander l’organisation d’une réunion avec la SNCF, Alstom et la région Hauts-de-France dans le but de créer un consortium du ferroviaire. «Si Valdunes disparaît demain, on n’aura plus d’industrie ferroviaire en France», a déclaré Maxime Savaux, délégué syndical CGT à Valdunes. Selon le syndicat, une telle rencontre aura bien lieu. Seul reste à fixer une date, entre le 15 et le 31 octobre.
Des propositions peu convaincantes pour la CGT
Depuis que MA Steel, l’ancien actionnaire du fabricant de roues et d’essieux de train, a annoncé l’arrêt du financement de l’entreprise, plusieurs offres de reprises par des entreprises étrangères comme l’italien Lucchini et le tchèque Bonatrans se sont succédé. Ces entreprises voulaient toutes reprendre uniquement le site d’usinage de Trith-Saint-Léger (Nord) près de Valenciennes, sans reprendre la fonderie de Leffrinckoucke (Nord), à côté de Dunkerque. Seul l’allemand Navigator Group voulait reprendre les deux sites, mais son profil de holding d’investissements ne rassure pas les salariés, qui souhaitent être repris par un «véritable acteur industriel».
Faute de propositions de reprise jugées acceptables par la CGT, le syndicat a décidé de faire la sienne, qui sera étudiée lors de la rencontre avec la SNCF et Alstom. «Nous sommes partis du carnet de commandes actuel de Valdunes et nous y avons intégré des potentialités de commande, explique Maë Geymond, conseillère économique de la CGT qui a participé à l’ébauche de la proposition, à L’Usine Nouvelle. Ces commandes seraient prises par la SNCF, car nous savons via les réseaux CGT qu’elle va avoir de grandes échéances en matière de renouvellement du matériel roulant et donc un besoin.»
Des investissements importants nécessaires
Pour l’économiste, les problèmes financiers de Valdunes sont dus à un sous-investissement chronique. «Ce n’est pas un problème de marché, c’est un problème d’efficacité», explique-t-elle. Selon la CGT, le matériel vieillissant de Valdunes nécessite d’ajouter des étapes supplémentaires lors de la production, qui font perdre l’entreprise en productivité. «Actuellement, Valdunes vend à perte. Si les sites sont remis à niveau, l’entreprise pourrait être plus productive et avoir une meilleure capacité à tenir ce prix», affirme-t-elle.

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Pour le syndicat, ces investissements s’élèveraient à un total de 60 millions d’euros et pourraient être réalisés sur une période de trois ans. «Dans le détail, ils représenteraient 21 millions d’euros à Valenciennes, 22 millions d’euros à Dunkerque, auxquels pourraient s'ajouter 16 millions d’euros d'investissements complémentaires, pour installer une nouvelle presse de 9 000 tonnes à Dunkerque ou pour remplacer le four et investir en capacité d'usinages», précise l’étude, qui a été faite en collaboration avec le cabinet Apex, spécialiste de l’expertise comptable pour les CSE.
Ces investissements permettraient à l’entreprise d’atteindre un «rythme de croisière» de production de 100 000 roues et 10 000 axes et essieux par an à partir de 2027, pour un chiffre d’affaires estimé à 145 millions d’euros, alors que celui de 2020, était de 63 millions d’euros.
Mais bien avant de telles perspectives, les prochains mois de Valdunes risquent d’être rudes. Censée être maintenue jusqu'à décembre, l’activité sur les deux sites de Valdunes pourrait s'arrêter plus tôt que prévu. «En décembre, si nous n’avons pas d’approvisionnement en acier, nous serons au chômage, raconte Maxime Savaux. Nous avons réussi à recommander 1 500 tonnes, mais cela ne suffira que pour une partie des commandes de novembre.» Une véritable course contre la montre pour sauver le dernier fabricant français de roues ferroviaires.



