Barrage filtrant à l’entrée du site, pneus entassés et fumées noires dans le ciel. Les salariés de Valdunes, dernier fabricant tricolore de roues ferroviaires, ont préparé un « comité d’accueil » à Roland Lescure, ministre de l’Industrie, en déplacement vendredi 2 juin sur le site de Trith-Saint-Léger (Nord). Des salariés du site de Leffrinckoucke, près de Dunkerque, ont également fait le déplacement. Le ministre est venu rappeler son soutien et l’engagement de l’État. « Il faut sauver les deux sites de Valdunes, annonce-t-il. L’actionnaire s’est engagé à assurer la continuité des activités jusqu’en fin d’année. »
Mais pour les salariés et la CGT, syndicat majoritaire, cette annonce arrive bien tard. « Depuis 2018, nous alertons sans cesse les pouvoirs publics, regrette Maxime Savaux, délégué syndical CGT à Valdunes. Le retrait de MA Steel était prévisible. » Le ton monte parmi les salariés regroupés à l’entrée du site. « Je suis pessimiste sur l’avenir de l’entreprise. Les marchés nous ont littéralement été volés. Lorsque nous avons été repris en 2008 par l’allemand GHH, ce dernier en a profité pour récupérer les commandes les plus profitables chez lui. Lorsque MA Steel intervient en 2013, il place l’usine sous perfusion sans améliorer la situation. C’était juste le temps de s’approprier nos savoir-faire et de se faire homologuer. On a été une porte ouverte sur l’Europe pour eux », estime Diego Crispatzu, responsable IT et salarié depuis 1993 chez Valdunes.
Pas de nationalisation en vue
Il y a vingt ans, les deux sites comptaient encore plus de 700 personnes. Aujourd’hui, les 345 salariés se disent déçus de la position du gouvernement. « Pourquoi ne pas nationaliser ?, demande Maxime Savaux. Ce serait un geste fort d’engagement. » Pour le ministre, l’accent est plutôt mis sur la recherche d’un repreneur.
Pour Philippe Verbeke, chargé de la sidérurgie au sein de la CGT Métallurgie, Valdunes est un cas d’école. « Valdunes, c’est un éclairage sur toute la filière. A l’heure de la souveraineté, va-t-on continuer à perfuser une industrie passée aux mains de multinationales ou décide-t-on plutôt de reprendre la main stratégiquement en prenant part au capital ? Ce serait un investissement réel et consolidé. » Fabien Roussel, député du Nord PCF, également présent, penche pour la nationalisation : « Même si je suis pour cette idée, il faut néanmoins une filière avec des débouchés et un marché », souligne-t-il. Tous convergent vers la nécessité de « mettre la pression sur Alstom et la SNCF » pour qu’ils passent commande auprès de Valdunes. « Ce sont des clients historiques qui se sont tournés vers d’autres fournisseurs, abonde Xavier Bertrand, président de la région. L’enjeu est là. » Et de préciser : « Si un repreneur injecte 20 millions d’euros, on suivra aussi. » Car aujourd’hui, l’entreprise a besoin de 40 millions d’euros pour se remettre à flot.
Les prochains mois seront cruciaux. Pour Philippe Verbeke, l’avenir du site dépend du type de repreneur. « Lorsque nous avions rencontré le ministre à Bercy le 11 mai, il nous a clairement dit qu’il se tournait vers la concurrence pour une reprise. Or, ce sont eux qui ont vidé le carnet de commandes de Valdunes. Pourquoi ne pas demander à Alstom ou à la SNCF non pas de passer des commandes mais de reprendre les deux sites ? »
Sauver les deux sites
Le site de Trith-Saint-Léger compte 245 salariés et assure l’usinage des pièces forgées à Leffrinckouke. « Il faut maintenant passer de la parole aux actes, affirme Philippe Lihouck, syndicaliste CGT à Leffrinckouke. On craint qu’un repreneur ne se manifeste que pour un site. Or, la forge à Leffrinckouke c’est le coeur et ici à Trith-Saint-Léger, c’est le poumon. L’un ne va pas sans l’autre. Dire : "on attend qu’un repreneur mette des billes pour suivre", ce n’est pas un geste fort. Le gouvernement aurait pu injecter directement. Cela aurait rassuré salariés et clients », estime-t-il. Les salariés espèrent qu’un repreneur se manifestera dans les prochains jours, « histoire de pouvoir partir en vacances l’esprit tranquille ».



