Chronique

La semaine "en" quatre jours, version moins-disante de la semaine "de" quatre jours, a ses avantages

[Chronique RH] La proposition faite par Gabriel Attal d’une semaine raccourcie sans réduction du temps de travail a relancé le débat sur la semaine de quatre jours dans les entreprises et les administrations. La semaine "en" quatre jours, qui ne convainc pas tous les acteurs du monde du travail, est en revanche appréciée par les patrons.

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Station de  métro parisien RATP Ligne 9
Certains agents de la RATP expérimentent la semaine en quatre jours.

Quand il s’agit de communiquer sur la semaine de quatre jours, les entreprises LDLC et Elmy ne rechignent pas. Pour le spécialiste de la vente de matériel informatique et la marque d’approvisionnement en électricité verte, cette organisation du temps de travail est une réussite. Mais dans les deux entreprises, sa mise en place s’est accompagnée d’une réduction du temps de travail, jusqu’à atteindre la barre des 32 heures par semaine pour certains salariés. Défendue notamment par la CGT et une partie de la gauche, cette semaine de 32 heures en quatre jours s’est retrouvée quelque peu éclipsée par une autre proposition faite ces dernières semaines : celle d'une semaine "en" quatre jours.

Lors de son discours de politique générale à l’Assemblée nationale fin janvier, le Premier ministre Gabriel Attal a appelé à expérimenter «la semaine en quatre jours, sans réduction du temps de travail» dans les administrations. Puis la RATP a annoncé mercredi 21 janvier l’expérimentation d’une semaine en quatre jours, dans le cadre d’un accord d’entreprise sur la qualité de vie au travail.

L'idée d'une semaine de quatre jours pour les salariés également bénévoles

170 volontaires rattachés à la direction Services et espaces multimodaux qui travaillent dans les stations des lignes 5, 7 et 9 du métro parisien, et du RER B, sont engagés dans cette démarche visant à faire face à une augmentation des départs. Certains agents d’encadrement et les contrôleurs pourront ainsi bénéficier de trois jours de repos par semaine, moyennant une hausse de la durée de travail quotidienne d’une heure et quinze minutes. Ce jeudi 29 février, l’Assemblée nationale examinera une proposition de loi socialiste dont l’objectif est d’instaurer un droit à la semaine en quatre jours pour les salariés ayant des activités de bénévolat.

Sans diminution du temps de travail, la mise en place de la semaine en quatre jours a déjà montré ses limites dans certaines organisations. A l’Urssaf Picardie, la semaine en quatre jours est expérimentée depuis près d’un an. Il s’agit d’une formule parmi les six proposées aux 200 agents éligibles, afin qu’ils retiennent le fonctionnement qui leur convient le mieux. Quatre seulement ont choisi l'option de travailler 36 heures en quatre jours. «Nous sommes passés à côté d’un sujet, celui de la parentalité. Avec une journée de neuf heures sans compter les temps de trajet, vous ne pouvez plus emmener et chercher vos enfants à l’école», reconnaissait en mai 2023 Anne-Sophie Rousseau, la directrice adjointe de l’Urssaf Picardie, lors d’un colloque.

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Transformer l'organisation

L’intérêt de compresser un volume d’heures sur un nombre réduit de jours peut également être questionné quand on sait que 43% des cadres travaillent déjà au moins une fois par semaine le soir et le week-end, selon une étude de 2023 de l’Association pour l’emploi des cadres. Pour la section cadres de la CGT, seule une véritable réduction du temps de travail avec des embauches supplémentaires serait de nature à alléger la surcharge de travail.

«Plus que la ‘simple’ question du ‘de’ ou du ‘en’ […], une transition d’organisation du travail doit être pensée tant au niveau stratégique que humain» dans les entreprises souhaitant instaurer la semaine de quatre jours, analyse Johann Sigrist, du cabinet EY Fabernovel, dans une note récente. Pour le consultant, il s’agit de bien vérifier que l’équilibre vie pro-vie perso recherché à travers la semaine de quatre jours soit réellement bénéfique, «en abordant les questions que soulève ce rythme différent, entre possible allongement des plages horaires journalières, droit à la déconnexion, et augmentation du stress associé au quotidien». Et en tenant compte de la situation propre de chaque entreprise.

Les patrons davantage convaincus

En dépit de ses limites, la semaine "en" quatre jours semble avoir davantage la faveur des patrons, ce qui pourrait faire avancer sa cause. Selon le baromètre du cabinet Syndex de janvier 2024 sur l’état du dialogue social en France, réalisé auprès de 1300 salariés et 400 dirigeants, trois quarts des salariés sont favorables à la semaine de 32 heures en quatre jours à salaire constant, contre 42% des patrons ou DRH. Ces derniers sont en revanche majoritairement (51%) pour une semaine de quatre jours impliquant une même charge de travail à salaire constant. Et les salariés restent partants, à 72%.

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