Pour intégrer le Corps des Mines l'an dernier, Arthur, élève ingénieurs des Mines Paris,a candidaté, puis vu son dossier passé au crible. Le déroulé fut le même une quinzaine d’années plus tôt pour François Rousseau, aujourd’hui directeur de l’école des Mines Nancy, qui sortait alors de l’Ecole normale supérieure. Un processus immuable pour les écoles qui alimentent le Corps des Mines. Seule exception : l’Ecole Polytechnique. Dans chaque promotion, les élèves du top 10 du classement de sortie sont assurés d’une place au sein de la formation d’élite des ingénieurs à la française. Libres à eux d’accepter ou de refuser. Mais depuis des années, ce mode de recrutement fait débat, tant du point de vue des étudiants que des diplômés.
Des rapports favorables à sa suppression
Missionné en 2015 par le premier Ministre de l'époque Manuel Valls pour réfléchir aux modèles des grandes écoles, l'homme d'affaires Bernard Attali recommande alors la suppression du classement de sortie de l'X, qui place en pole position 70 étudiants pour rejoindre les différents Corps d'État, dont le Corps des Mines. Il préconise un recrutement sur dossier, avec entretien de motivation.
“Le classement de l’école Polytechnique dépend beaucoup du niveau en mathématiques des élèves”, estime Bernard Laponche, physicien nucléaire et polytechnicien. Or, être bon en maths à 20 ans, ne veut pas dire que je serai un bon dirigeant d’entreprise ou d'administration." Plus récemment, le rapport du haut-fonctionnaire Frédéric Thiriez, missionné en 2020 par le gouvernement pour auditer les Grands Corps d'État, s’est montré favorable à la suppression du classement de sortie. La question agite jusqu’au sein de l’école Polytechnique.
L'Usine Nouvelle a pu consulter un numéro du magazine InfoKes daté d'août 2019, rédigé par un groupe d'étudiants de la "Kes", nom du bureau des élèves de l'X. Son thème : le classement de sortie. Les rédacteurs constatent notamment que ce mode de sélection entraîne un manque de diversité dans les profils qui intègrent les grands Corps d'Etat. “Intéressons-nous aux origines des élèves ayant choisi n’importe quelle Armée ou Corps de l’État. Ils sont 653 entre la promotion X2006 et X2014. Parmi eux, on trouve seulement 9 élèves universitaires français. Le classement fait donc une place de choix aux élèves issus de prépa”, note le texte. Un chiffre à pondérer par le recrutement de l’X, qui laisse peu de place aux candidats issus de filières universitaires : 32 sur 431 pour le concours 2021.
"Quelles sont les alternatives ?"
Les étudiants rédacteurs proposent ensuite un mode de recrutement alternatif : un dépôt de candidature avec un CV et lettre de motivation, puis une épreuve écrite et une épreuve orale. “Cette solution permet de recruter en fonction du profil et des motivations des candidats, de leurs capacités d’analyse et de synthèse, plutôt que seulement en fonction des résultats académiques”, argumente les étudiants.
Interrogé dans le même document, Godefroy Beauvallet, DRH du Corps des Mines, estime que le classement de sortie “permet à l'Etat de passer un pacte avec les “meilleurs” dans chaque génération de jeunes, et leur proposer des postes de haute responsabilité très tôt dans leurs carrières.” Il défend un classement en place depuis 200 ans qui garantit une objectivité dans la sélection et met en avant la méritocratie.
“Quelles sont les alternatives ?, s’interroge un responsable du Corps des Mines. Certains critiquent ce classement de sortie car il ne prendrait pas en compte la motivation, mais les étudiants ont le choix de nous rejoindre ou non. Il traduit en revanche la capacité de travail et la rigueur. Dix ans plus tard, on ne constate pas que les ingénieurs-élèves recrutés de l’X sur classement ont fait un moins bon parcours que ceux que nous recrutons sur concours. Les entretiens de motivation, cela peut aussi favoriser ceux qui ont reçu les codes de la société en héritage.”
Pour répondre notamment aux critiques selon lesquelles les diplômés de l’X les mieux classés - et donc ceux qui rejoignent généralement Les Corps - ne seraient que des virtuoses des sciences, les modalités du classement ont récemment évolué. En juin 2017, le conseil d'administration de l'X a approuvé une demande de la Direction générale de l'armement (DGA) - rattachée au ministère de tutelle de l'école. Son objet : la création d'une épreuve de "soft-skills" comptant pour 15 des 200 points permettant d'établir le classement de sortie.
Depuis la promotion X2017, les étudiants sont donc évalués sur leur stage de 2e année, une épreuve écrite de restitution d'enjeux stratégiques impliquant acteurs politiques, économiques et sociaux. Les élèves doivent également montrer leur capacité "à adopter une posture pédagogique adaptée" en animant une séance d'échauffement d'un cours de sport avec ces camarades de promotion. Intégrer le corps des Mines n’a jamais été aussi sportif.



