Les grands corps sont en suspens. “Je souhaite que nous mettions fin aux grands corps, nous avons besoin de services d'excellence et plus de protection à vie”, déclarait en avril 2019 le président Emmanuel Macron, en réponse à la défiance des élites exacerbée par la crise des Gilets Jaunes. Presque deux ans plus tard, il n’en est rien. L’ENA et le Corps des Mines, cursus qui façonnent la future élite de la fonction publique, sont toujours bien actifs mais ils décloisonnent, ... ou se serrent les coudes.
Ils ont lancé il y a quelques jours un projet commun. Une première. "C’est une des conséquences de discussions initiées suite au rapport Thiriez [rapport sur la réforme de la haute-fonction publique commandé par le gouvernement et remis en février 2020, NDLR], qui a mis en avant le souhait fort du gouvernement de croisement entre nos différentes formations”, révèle Catherine Lagneau, directrice déléguée des Mines de Paris.
Une première expérimentale
Débutée au printemps 2020, la réflexion sur une expérimentation commune s’est concrétisée il y a quelques semaines. Les ingénieurs-élèves de dernière année du Corps des Mines et les deuxième année de l'ENA ont un mois pour remettre un rapport écrit suite à une commande établie par les ministères.
Les sujets ont vocation à répondre à des questions de société : maîtrise des données personnelles, rachat de start-up technologiques par les entreprises étrangères, formation professionnelle adaptée aux nouveaux métiers. “Les élèves du Corps sont issus d’écoles d’ingénieurs, ont une fibre plus entrepreneuriale que ceux de l’ENA, majoritairement diplômés de Sciences Po ou d’écoles de commerce. Ce sont des profils différents et c’est intéressant qu’ils puissent travailler ensemble avant de se retrouver dans la vie administrative”, estime Clément Le Gouellec, co-responsable de la formation du Corps des Mines.
Un travail de terrain
Un groupe d’une quinzaine d’étudiants de l’ENA et du Corps des Mines travaille sur les relocalisations industrielles. Majoritairement à distance, ils se réunissent parfois physiquement pour faire avancer leur projet, même si les étudiants du Corps restent à Paris et ceux de l’ENA à Strasbourg (Bas-Rhin).
Ils sont accompagnés par des enseignants-chercheurs et chargés de cours pour la méthodologie de l’analyse à fournir. Le reste du projet se déroule sur le terrain, à la rencontre des acteurs de la relocalisation industrielle : PME, ETI, syndicats, mais aussi des collectivités comme les conseils régionaux, qui jouent un rôle majeur dans le développement économique. “L’objectif est de comprendre ce qui a poussé les entreprises à faire cette démarche pour tenter d'identifier des freins administratifs par exemple", précise Clément Le Gouellec.
Sa collègue Catherine Lagneau tient à relativiser. “Il ne faut pas croire que l’Etat a confié l'intégralité de sa stratégie sur des sujets stratégiques à des groupes d’étudiants. Ce sont des compléments pour les ministères, qui bénéficient de la force de frappe de recherches menées par 15 étudiants pendant un mois.” Les rapports devraient être remis à partir du 1er avril.



