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[L'instant tech] Une méthode pour stocker des milliards de données dans de l'encre colorée

Des chercheurs de l'université de Harvard ont réussi à stocker des informations dans des colorants fluorescents, grâce à un simple code binaire. Une innovation majeure, qui pourrait s'avérer bien plus durable et écologique que nos traditionnelles méthodes électroniques et magnétiques.

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encre fluorescente données
L'encre fluorescente utilisée a permis de stocker 14 075 octets de données sur une lame de 7,2 x 7,2 mm.

Si quelqu'un cherchait à stocker l'ensemble des données numériques de la planète, il lui faudrait réquisitionner pas moins de mille milliards d'iPhone 5. Selon le cabinet Statista, leur volume total a en effet atteint 64 zettaoctets en 2020, contre seulement 2 zettaoctets en 2010 et peut-être plus de 2 000 en 2035 ! L'accentuation de la digitalisation de nos sociétés va hélas de pair avec l'explosion de la facture énergétique de nos datacenters. Ils consommeraient aujourd'hui à peu près 1% de l'électricité mondiale et seraient responsables de 0,3% des émissions de CO2 à l'échelle mondiale.

Une précision de 99,6%

Afin de réduire l'impact environnemental du numérique, des chercheurs de l'université de Harvard ont développé une méthode de stockage complètement différente. Celle-ci consiste à utiliser une imprimante à jet d'encre pour déposer de minuscules gouttes contenant jusqu'à sept colorants fluorescents sur une surface en résine époxy, à laquelle elles se lient chimiquement. Un microscope fluorescent suffira ensuite à détecter l'absence ou la présence de telle ou telle couleur dans le message, qui sera ensuite converti sous forme de code binaire (avec des 0 et des 1), puis décrypté pour retrouver l'information originale (texte, photo etc).

Publiée mi-octobre dans ACS Central Science, leur étude indique qu'ils sont parvenus de cette manière à coder un célèbre article du physicien Michael Faraday ainsi que son portrait. Les 14 075 octets de données ont été stockées sur une parcelle de lame de microscope mesurant seulement 7,2 millimètres de long et de large, avec une précision de 99,6%. La vitesse du processus a atteint 128 bits/s (16 octets/s) lors de la phase d'écriture et 469 bits/s (58,6 octets/s) lors de la lecture, et le message pu être lu 1 000 fois avant que l'intensité de la fluorescence ne faiblisse.

Encre donnéesAmerican Chemical Society
Encre données Encre données

La concurrence dans l'ADN

Le principal avantage de cette technique est qu'elle ne nécessite aucune énergie pour conserver les données une fois les gouttes de colorants projetées sur la résine. Elle se révèle aussi relativement bon marché, résistante à l'eau et surtout inviolable, un atout de taille à l'heure où le nombre de cyberattaques ne cesse d'augmenter. Enfin, les informations stockées avec cette méthode peuvent techniquement être conservées intactes durant des milliers d'années, quand la durée de vie d'un disque dur ou d'un CD dépasse rarement les 20 ans.

Le stockage de données dans l'encre devra cependant rivaliser avec d'autres procédés censés rendre obsolètes les datacenters actuels. En 2019, une autre équipe de l'université de Harvard était parvenue à conserver des informations sur de petites molécules organiques, les oligopeptides. L'ADN est également une piste prometteuse, d'autant que sa densité informationnelle est dix millions de fois supérieure à celle d’un serveur classique. La méthode s'avère plus coûteuse et plus complexe, mais la récente levée de 142 millions d'euros de DNA Script, une pépite française spécialiste du sujet, montre toute l'ambition du secteur.

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