Tribune

[Avis d'expert] Oui, les datacenters peuvent être écologiques

La France regarde les centres de données avec méfiance. Pourtant, ces usines du numérique deviennent durables et leur rôle critique dans une économie qui se digitalise. Mieux, le secteur ne cesse d’innover, souligne Damien Giroud, le directeur des ventes France de l'entité Secure power de Schneider Electric.

Damien Giroud Schneider Electric
Très critiqués pour la pollution qu'ils génèrent, mais indispensables dans tous les domaines, les datacenters bénéficient d'innovations qui diminuent leur impact sur l'environnement, explique Damien Giroud, directeur des ventes France de l'entité Secure power de Schneider Electric.

Avec la crise sanitaire, nos vies se virtualisent de plus en plus. La téléconsultation médicale, qui a connu un décollage impressionnant avec, dès mars 2020, plus de 1 million d’actes enregistrés en une semaine [source Docndoc, décembre 2020] contre quelques milliers avant la crise, est un exemple parmi d’autres qui démontre que nous basculons dans une nouvelle ère, celle de l’Homo Digitalis. Nous dépendons chaque jour un peu plus des infrastructures digitales avec, au cœur de ce dispositif, les centres de données.

Et le mouvement ne fait que commencer. Sur les 4 millions de TPE-PME en France, à peine 50 % utilisent les réseaux sociaux et moins de 15% des outils de vente en ligne [source Ipsos, juin 2020]. Le potentiel de digitalisation reste donc énorme et les besoins d’infrastructures qui en découlent augmentent et se spécialisent. Des datacenters régionaux viennent compléter les nationaux pour supporter les usages au plus près des utilisateurs.

Derrière le numérique, de vraies « usines »

Derrière chaque usage numérique, il y a des milliers de serveurs, des ventilateurs, des disques durs, du réseau, des transformateurs, des onduleurs, des câbles, des bâtiments ultra-sécurisés, des systèmes anti-incendie, des climatisations. Qu’un sinistre arrive et l’on prend conscience de cette dimension d’« infrastructures », comme pour l’eau, l’électricité et les transports.

Qu’un centre de données d’un fleuron français du secteur brûle et ce sont des milliers d’entreprises qui réalisent que leurs sites et leurs comptabilités dans le cloud étaient physiquement « quelque part ».

Qu’un centre de données d’un fleuron français du secteur brûle et ce sont des milliers d’entreprises qui réalisent que leurs sites et leurs comptabilités dans le cloud étaient physiquement « quelque part ». Que le site Ma classe à la maison plante et les parents entrevoient de manière concrète la problématique d’un bon dimensionnement des usines qui « fabriquent » les cours. Mais ces « usines du numérique » connaissent un certain désamour dans notre pays.

Des datacenters de plus en plus verts et performants

Pourquoi ? Parce ces usines pollueraient. Pourtant, en 2019, le numérique ne représentait que 3,7 % des émissions de gaz à effet de serre et les datacenters que 25 % de ces émissions. Avec l’explosion des données (IoT, 5G, big data, accélération de la digitalisation prévue par Bpifrance), on pourrait croire que la pollution liée au numérique va, mécaniquement, s'accentuer. Mais les progrès énormes réalisés démentent cette prédiction.

Il y a quinze ans, lorsque des serveurs avaient besoin de 1 kilowatt (KW) pour fonctionner, les infrastructures énergétiques consommaient un autre kilowatt. Soit un Power usage effectiveness (PUE) de 2. Depuis, nous avons vu des PUE de 1,2 (Eolas, à Grenoble, avec l’utilisation de la nappe phréatique pour le refroidissement). Voire de 1,15 (Nexeren, à Civrieux, avec des solutions de free cooling indirect à l’air).

Autre exemple d’innovation, Interxion fait du free cooling depuis 2010 et s’est même lancé en 2016 dans le free cooling à l’eau tiède à Marseille. Ces efforts ont réduit drastiquement la part des infrastructures énergétiques, qui ne pèsent plus que 0,3 à 0,15 KW pour 1 KW IT consommé.

Toujours plus d’innovations dans le datacenter

Cela ne signifie pas qu’il n’y a plus rien à faire pour être encore plus durable. Au contraire ! Le secteur ne cesse d’innover. Des pistes se trouvent désormais dans la productivité (plus de données traitées avec moins d’énergie) et dans le respect de labels environnementaux.

Ces labels visent à réduire l’emploi de matières rares, à bannir les substances dangereuses (RoHS, etc.), à sourcer des énergies renouvelables, à plus de circularité (jusqu’à 80 % des composants recyclables contre 18 % en moyenne pour un smartphone) ou à utiliser des matériaux de construction à empreinte carbone plus faible que les matériaux traditionnels (comme des ossatures bois qui capturent du CO2).

Ces innovations concernent tous les domaines du datacenter :

  • le refroidissement (remplacement des gaz comme le R410A par des gaz HFO à potentiel de réchauffement 2 000 fois inférieur) ;
  • l’alimentation électrique (transformateur qui utilise de l’huile végétale à haut rendement énergétique). De nouvelles technologies permettent de réduire significativement l’empreinte carbone d’un onduleur dans sa phase de fonctionnement (en moyenne 50 tonnes par an par tranche de 100 KW économisés) ;
  • le monitoring (IA et big data pour faire de la maintenance prédictive et adapter la consommation des serveurs aux charges IT) ;
  • ou encore la construction (conception avec des produits à durée de vie plus longue comme les batteries longue life).

Durabilité rime aussi avec souveraineté

Si nous utilisons le numérique – et nous le faisons –, autant que ces « usines » soient situées en France.

Malgré tout, la tentation reste de limiter la construction de datacenters. Or si nous utilisons le numérique – et nous le faisons –, autant que ces « usines » soient situées en France. Une étude d’Engie montre que l’exploitation d’un datacenter en France génère quatre fois moins de CO2 qu’en Allemagne (11 t CO2/KW/an contre 44 t CO2/KW/an).

L’essentiel des rejets de CO2 étant lié à la phase d’exploitation, le choix d’implantation de ces « hôtels de la donnée » est crucial. Avec son énergie décarbonée, son climat qui permet le free cooling de Lille à Nice et la qualité de ses ingénieurs, la France est le pays idéal pour concilier centre de données et développement durable. Il serait dommage de ne pas concrétiser ce potentiel.

D’autant plus qu’il est illusoire de vouloir contrôler ses données – la « souveraineté numérique » chère à Gaia-X et à Bruno Le Maire – sans contrôler son infrastructure. Pour toutes ces raisons, la France ne peut se permettre de passer à côté de cette économie dont elle a toutes les clés. Ce serait un vrai gâchis industriel. Celui de trop dans le numérique ?

Damien Giroud, directeur des ventes France de l'entité Secure power de Schneider Electric

Les avis d'experts sont publiés sous l'entière responsabilité de leurs auteurs et n'engagent en rien la rédaction de L'Usine Nouvelle.

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