En 2040 en France, le numérique pourrait émettre plus de gaz à effet de serre que le transport aérien

Le Sénat a publié le 24 juin une étude sur l’empreinte environnementale du numérique en France et une feuille de route pour la réduire. S’il ne fait rien, le secteur pourrait générer en 2040 non plus 2%... mais 6,7% des émissions de gaz à effet de serre, soit plus que le transport aérien.

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Ordinateur et tablette
D'après le rapport du Sénat présenté le 24 juin, les terminaux (ordinateurs, tablettes, smartphones, ...) représentent 81% de l'empreinte carbone du numérique en France.

Si tous les secteurs réduisent leurs émissions de carbone conformément aux engagements de l’Accord de Paris de 2015 sauf lui, le numérique pèsera lourd dans l’empreinte carbone de la France. Précisément, sa part dans les émissions de gaz à effet de serre pourrait passer de 2 à 6,7% en 2040, dépassant celle actuelle du transport aérien (4,7%). Une hausse inquiétante de 60% pointée par les travaux de la mission d’information sénatoriale sur l’empreinte environnementale du numérique, qui a dévoilé mercredi 24 juin un état des lieux et une feuille de route pour réduire la pollution numérique générée en France.

Si les chiffres sont, comme d'autres, discutables - dans ses travaux publiés le 23 juin, qui prennent en compte l’ensemble du cycle de vie des produits numériques, le réseau GreenIT estime que le numérique pèse déjà pour 5,2% des émissions de la France – ils ont l’intérêt de souligner une réalité bien avérée : nos pratiques numériques polluent, et cette empreinte environnementale devrait décupler si nous ne en préoccupons pas, alors que nos consommations digitales s’accélèrent fortement.

Limiter le renouvellement des terminaux

"Le numérique est un angle mort de nos politiques publiques environnementales, s’inquiète ainsi Jean-Michel Houllegatte, sénateur de la Manche et co-rapporteur de cette mission d’information. Jusqu’à présent, la question de son rôle dans l’empreinte carbone de la France n’avait jamais été posée. Or si nous voulons réduire nos impacts au global, il ne faut pas négliger le numérique."

Parce qu'il est temps de s’attaquer à l’empreinte environnementale du numérique, les sénateurs publient une feuille de route avec 25 propositions pour la contenir. Parmi les priorités : limiter le renouvellement des terminaux (smartphones, écrans, ordinateurs, objets connectés, ...), à l'origine de 81 % de l’empreinte carbone du numérique en France – une proportion élevée notamment due au fait que l’électricité française soit décarbonée. "Ce point est d’autant plus important que la durée de vie d’un smartphone est d'environ 23 mois", argue Jean-Michel Houllegatte.

Taxe carbone aux frontières européennes

Cette fabrication intervenant à l’étranger (Asie et Etats-Unis principalement), les sénateurs proposent l’instauration d’une taxe carbone aux frontières européennes, "pour internaliser le coût environnemental des terminaux importés". Afin de favoriser en parallèle la réparation et le réemploi des terminaux, ils préconisent l’application d’un taux de TVA réduit à 5,5% sur les objets reconditionnés.

Autre enjeu majeur : favoriser la prise de conscience des utilisateurs du numérique quant aux impacts de leurs pratiques. Etiquetage indiquant l'empreinte carbone de l'objet, campagne de sensibilisation aux éco-gestes digitaux, formation à la sobriété numérique pour tous et au numérique durable pour les élèves en écoles d’ingénieurs et d’informatique sont invoqués dans la feuille de route sénatoriale. Les entreprises pourraient, elles, inscrire l’impact environnemental de leurs outils et usages numériques dans leur bilan RSE.

Faire du numérique sobre un atout économique

Pour favoriser le développement d’un numérique plus sobre, les sénateurs le présentent aussi comme un avantage pour la France. Exemple avec les datacenters, qui représentent 14% de l’empreinte carbone du numérique du pays. "Nous pourrions exonérer les data centers à forte performance environnementale de la taxe intérieure sur la consommation finale d’électricité, et devenir ainsi un pays attractif pour leur implantation, détaille Jean-Michel Houllegatte. En les alimentant en énergies renouvelables, ils pourraient permettre de stocker l’électricité de ces installations intermittentes et donc permettre une gestion optimisée des réseaux locaux."

"La France a aussi une carte à jouer dans l’éco-conception des sites et services numériques, avec des pépites à développer", considère le co-rapporteur de la mission. Un sujet que pourrait doper l’Etat en rendant obligatoire l’éco-conception des sites publics, comme le suggèrent les sénateurs.

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